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coup sûr, l’une des plus fortes originalités de la doctrine mormonne, c’est le baptême pour les morts ! Cela ne veut pas dire, sans doute, que l’on baptise les défunts, mais bien que les vivants se font administrer ce sacrement en leur nom et pour les purifier de leurs fautes. D'après ce système commode, il n’y aurait qu’à trouver des gens de bonne volonté pour vider complètement l'enfer,
Le mariage, suivant la foi des Mormons, est chose honorable, “qu’il soit monogame ou polygame.” Mais cette forme de ?* polygamie a été, comme on sait, la plus en vogue ches eux, et c'est là ce qui explique la répulsion dont ces sectaires ont été de tout temps l’objet aux Etats-Unis, où l’on a même pris des mesures légales pour éteindre cette pratique. Tout le succès que l’on a obtenu jusqu’à présent, ç'a été, semble-t-il, d'empêcher la polygamie mormonne de s'afficher aussi publiquement que dans le passé.
Afin de soutenir leur Eglise, les fidèles sont tenus, pour commencer, de lui abandonner la dixième partie de ce qu’ils possèdent; après cela, ils doivent au cours de leur vie lui verser la dixième partie de tous leurs revenus.
L'Eglise mormonne professe que l’ère des révélations divines, des prophéties et autres manifestations miraculeuses n’est aucunement fermée, mais qu’on peut compter en tout temps et en tout lieu sur ces preuves de la puissance de Dieu.
Quant à la partie administrative de l'Eglise, l’organisation en est assez compliquée. Elle se partage en tant de divisions et de subdivisions, qu’il doit être difficile pour les individus de ne pas se voir appelé à faire partie de quelque conseil ou bureau.
Tout en haut de la hiérarchie, ‘! ÿ a le Premier Président du Haut Sacerdoce, qui remplit le rôle & voyant, de prophète, et gouverne toute l’Eglise avec l’assistance de deux conseillers.
Ensuite, vient le conseil des Douze Apôtres, en qui repose l’autorité suprême depuis la mort du Premier Président jusqu’à l'installation de son successeur,
Les “ Seventies ”” comprennent soixante-dix conseillers ; les Grands Prêtres forment aussi des conseils particuliers ; les Anciens
respectivement de qumembres, "Eglise composent des ‘ Stakes ordinaire, dans l’Utah, aux divisions je m'abstiens forcément de désigner par un nom ‘impossibilité où je me vois d'en trouver un qui Paraisse raisonnable.
Le simple aperçu que voilà, sur le côté doctrinal et le corps hiérarchique du ormonisme,. est suffisant pour donner quelque
idée de la secte des “ Saints =
vagation de l'esprit de l’homme.
avaient abouti déjà,
écessaires pour la orale ! Sous l’ère cessé de s’écarter du de voies fausses, et se
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lumière venue du ciel et se laisse aller à tout ce que son imagination déréglée peut trouver en fait de systèmes divers et contradic-
La conclusion de ce coup d’œil sur l’historre du genre humain, c’est que l’homme n’a pas sujet de se vanter beaucoup de la façon dont il se comporte sur ce globe terrestre où s’écoule son existence temporelle...
Cependant, de ce que le genre humain est d’un “ comporte- : ment ”” si déraisonnable, de ce que les hommes, en leur ensemble, ont accumulé tant de sottises à travers les siècles, il ne s'ensuit pas qu’il n’y a plus qu’à se livrer désormais au chagrin le plus amer. 11 faut, au contraire, se consoler par la pensée qu'il y a toujours bien, sur cette terre, deux cent cinquante millions de personnes sensées, les catholiques, — et, en attendant mieux par la grâce de Dieu, achever la visite de Salt Lake City.
Car, à part les monuments religieux des Mormons, il y a aussi dans cette ville des édifices profanes, encore dignes de quelque intérêt.
Mais il restait si peu de temps à notre disposition, qu’il nous fallut nous borner à visiter l’édifice dénommé ‘“ City and County Building.’ Comme son nom l'indique, c’est une sorte d’hôtel de ville, où se transigent les affaires de la ville et du district. La construction en est très élégante ; elle a coûté un million de piastres. L'intérieur, qui ne contient que des bureaux, ne retient pas longtemps le visiteur. Il est pourtant très soigné, ainsi qu’on en jugera par le fait que la boiserie du premier étage est recouverte d’onyx.
On peut encore citer le ‘“ Salt Palace”, rotonde très belle à voir en gravure, et les édifices de l’Université d'Etat, qu’il nous fallut, faute de temps, laisser de côté. Enfin, il y a dans la ville quatre grandes écoles publiques, dont la construction a coûté près de trois millions, et dont la beauté ferait la joie de quelques Canadiens trop portés à croire que la valeur de l’éducation est en raison directe de la perfection du style architectural et du mobilier de la maison d’école.
ation Notre dernière visite, à Salt Lake City, fut pour le Fort ee Douglas, poste militaire établi sur une hauteur voisine de la ville,
au pied des monts Wasatch, e le région avoisinante. On y voit façon tence orte- :
mble, t pas mer.
jours )nnes e de aussi elque XI nous Départ de Sar Laxe Crrr. —A travers le Colorado.—Dewver. —Un déjeuner unty qui ne donne pas d'indigestion.— Victoire des Anglo-Saxons sur les races el de latines.—Une locomotive qui tombe malade. —Visite écourtée de Kansas Crrr.—Tribulations sur tribulations. —Narration d’un incendie possible, La = Une journée délicieuse.— Première vue du Missisaipi.— Arrivée à stres. SanT-Louis.
À A trois heures de relevée, le 28 septembre, nous quittions Salt ss rake City, par un train du Denver & Rio Grande & Westem Ras. . road, auquel les indicateurs ajoutert les modestes qualifications de es ‘Great Salt Lake Rou ville près ES uillage, jauni par l'automne ; dans ce ré Paysage un peu triste les têtes rougies des érables jettent souvent
leurs tons plus gais.
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Durant la nuit suivante, le ciel est pur et la lune brillante revêt de nuances variées les sommets des montagnes que nous traversons rapidement. Je jouis de ces spectacles au hasard du sommeil, ou plutôt du réveil : c’est-à-dire que, de temps à autre, quand le sifflet de la locomotive ou le brusque arrêt du train à quelque station me tirait de l’inconscience, j'avais l’indiscrétion de soulever l’épais rideau qui fermait la fenêtre de mon compartiment du “ sleeping ” (comme on dit... en France), pour jeter un coup: d’œil sur les choses du dehors. C’est sinsi que je pus apercevoir, je ne sais à quel moment de la nuit, que nous passions dans une plaine couverte de neige.
Au cours de la soirée nous avions traversé les deux branches du fleuve Colorado, et vers minuit nous entrions, sans tambour ni trompette, dans l’Etat du même nom.
Toute la journée du lendemain, 29 septembre, nous la passâmes à parcourir presque tout le Colorado, dans sa partie centrale : région parsemée de plaines et de montagnes, et renommée par ses paysages d’un pittoresque intense. Pour user du style des journaux “jaunes”, on voit là “the most gorgeous mountain scenery in the known world.” L’éloge est si gros que cela paraît impossible à bien rendre en français ; toutefois, je le regarde comme assez juste. Renonçant, et pour cause, à tout essai de description de ces merveilles de la nature, je me contente de mentionner, à titre d’endroit particulièrement extraordinaire, le Royal Gorge : pour en avoir quelque idée, que l’on se représente un étroit défilé cireulant à travers des montagnes du genre des caps Eternité et Trinité de notre riv re Saguenay. La voie ferrée passe tout au fond de cette gorge, en côtoyant la rive d’une petite rivière.
En remontant vers le nord, sur le versant oriental des montagnes du Colorado, on passe auprès de Colorado Springs, vers les deux heures de l'après-midi. Malgré la pluie et le brouillard, nous pouvons apercevoir les grands hôtels de ce lieu renommé et cher aux touristes.
Cependant, la ligne du chemin de fer est redevenue droite : le
A TRAVERS L'AMÉRIQUE py NORD 275
» à ce qu’il semble, idemment des Ouvrages exécûtés avec perfection.
À mesure qu’on approche de Denver, les campagnes nous montrent de belles cultures. Souvent les foins et les céréales sont encore dans les champs, ramassés en mo
yettes. Le feuillage des bosquets, dans ces plaines, n’a pas beaucoup souffert des morsures de l'automne, qui n’a peut-être Pas en ce pays les dents aussi
longues que celui du Canada. Les jardins sont encore remplis de les fleurs.
ces derniers jours. Salt Lake City est déjà à une 4 4,225 pieds, ce qui en vaut la peine.
de suivre est établie à des hauteurs de Pieds au-dessus de la mer,
Or la voie que nous venons six, sept et même dix mille
Nous avons Pourtant fait notre une idée de cette ville,
À peine avions-nous mis pied à terre, à la gare, que nous nolisions, pour faire le tour de la ville, une voiture de la “ Transfer Company ” du lieu. Une belle institution, ces Compagnies de
possible pour avoir au moins
(Apte Da de vin éd: dti At hi RE Dis
transport des grandes villes des Etats-Unis, qui mettent des voitures très convenables au service des gares et des hôtels, et à prix très modestes.
Une course d’une Ms nous donna une certaine connaissance de la ville. Les rues sont tirées au cordeau, larges, pavées en asphalte, et très vivantes. Le commerce et l’industrie y occupent des blocs considérables et de bel aspect. Le capitole et l’hôtel de ville sont des édifices remarquables, au moins à l’extérieur : car il ne pouvait être question, en un temps si court, d'entrer nulle part. Enfin, malgré la pluie battante qui townbait, et la nuit qui prenait, nous avons pu voir un peu cette ville de Denver et garder de notre visite une impression satisfaisante.
A 9 heures du soir, nous étions de nouveau installés à bord du train qui devait nous rapprocher encore un peu plus du ‘ sweet home.” Nous voyageous maintenant par le Chicago, Rock Island & Pacific Railway. On n’imaginerait pas quelle satisfaction il y à à se promener sur des lignes de chemin de fer qui ont des noms d’une pareille envergure ! Et ce plaisir va durer eu delà de vingt heures, puisque nous avons à faire une course de 635 milles, de Denver à Kansas City.
Durant la nuit, on passe subitement du ‘ Mountain Time ” au “ Central Time ”’ : cela signifie qu’il faut tout d’un coup avancer sa montre d’une heure entière. Des voyageurs distraits et qui ne s’occuperaient pas de détails de ce genre seraient exposés, par exemple, à ne se lever qu’à 8 heures, le matin suivant, lorsqu'ils croiraient sortir du lit à 7 heures : cela pourrait avoir, en des circonstances spéciales, des conséquences dommageables.
Donc, ce matin du vendredi 30 septembre, on constate qu'il s’est passé une heure qu’il semble qu’on n’a pas vécue. On fait paresseusement sa toilette, puis l’on récite pieusement les prières accoutumées. À 8 heures, on va trouver le bon nègre qui est de service, pour lui dire :
— On peut aller déjeuner, à cette heure-ci, n'est-ce pas ?
— Non, monsieur !
train ne devait donc accrocher
son Wagon-restaurant qu’à Phillipsburg, dans le Kansas, à 7 heures du matin. Mais, avec ce retard intempestif, nous ne serons pas à cette station avant 11 heures de l’avant-midi.
Ce jour-là, il fallut donc rayer du programme le repas du matin. Ce fut le seul “ accident de chemin de fer ” dont nous fûmes victimes, durant l'immense Parcours que nous avons effectué d’un océan à l’autre. Il faut reconnaître que, en une anaée où les catastrophes furent Presque quotidiennes, beaucoup de voyageurs ont été muias protégés que nous.
À 11 heures, enfin, le train stoppait à Phillipsburg, et nous apercevions, sur une voie d’évitement, le “Di, ing Car ” qui devait mettre fin à la famine.
L'abbé Burque, qui supporte le jeûne d’un pied léger, était bien résolu d'attendre qu’il n’y eût plus de presse autour des tables pour aller lui aussi casser sa croûte. Pour moi, au contraire, il importait beaucoup en la circonstance que les choses allassent très rapidement,
“ Vous allez voir ! dis-je à mon ami. Depuis le temps que l’on chante sur tous les tons que les Canadiens-Français ne sont Pas pratiques... Je vais leur montrer, moi, à ces Yankees, ce que
sait faire un Canadien-Français. . . ”
Et dès l’entrée en gare je descendis — quatre à quatre — les trois Jegrés du marchepied du wagon, et montai à l'assaut du char-
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buffet pour y prendre une place tout de suite, avant même qu’on commençât à manœuvrer pour l’accrocher au train. Seulement — siècles futurs, le pourrez-vous croire ? — tous les sièges étaient déjà remplis quand je pénétrai à l’intérieur du char! Qu'il soit donc à jamais entendu que s’il y a un domaine où les races latines ne sauraient triompher des Anglo-Saxons, c’est bien celui où l’on joue du couteau et de la fourchette.
Ajoutes que, malgré l'esprit d'initiative dont j'avais donné un si mémorable ex:mple, il ne fallut faire une heure durant le pied de grue avant de m’asseoir à la table : 1° à cause de la lenteur du service ; 2° parce que j'avais dû céder mon tour à des petites dames presque défaillantes ; 3° parce que mon tour me fut volé plus d’une fois par des gentlemen d’une éducation peu raffinée.
Cependant, après un arrêt de quelques minutes à Phillipsburg, ie train repartit, et se mit en frais, lui, de dévorer l’espace. Il y fit preuve, je suppose, de trop de gloutonnerie et en attrapa une indigestion. Car, au beau milieu de l'après-midi, voilà notre. locomotive détraquée et incapable de faire un pas de plus, soit en avant, soit en arrière. Il fallut qu’un employé courût à la prochaine station du chemin de fer et télégraphiât je ne sais où pour requérir l'envoi immédiat d’une locomotive en bonne santé qui vint nous secourir. Tout cela prit deux bonnes heures, pendant lesquelles l’ennui des voyageurs atteignit des proportions considérables.
Vous croyez que c’est tout, et que ce chapitre de malheurs est fini? Eh bien, non, nous n’avions pas fini d’être victimes de la brutalité des choses.
Comme d’une part, on ne pouvait prévoir l’indisposition subite de la locomotive, et que, d’autre part, notre train devait se trouver vers les 6 heures du soir à la station nommée McFarland, dont le restaurant serait juste à point pour nous offrir le souper tout prêt, on n’avait pas manqué de décrocher le wagon-buffet dès qu'il n’y eût plus de clientèle pour en justifier la présence. La conséquence, ce fut qu’il fallut attendre jusqu’à 8 heures pour prendre, à McFarjand, le repas du soir.
Comme des contretemps de ce genre Peuvent arriver sur toutes les lignes de chemin de fer, méme les mieux organisées, je suis tenté de donner aux Voyageurs présents et futurs le conseil d’avoir toujours quelques provisions de bouche dans leur sac de v
» ce n’est jamais que Pour soi qu’elles servent à quelque chose, S'il en était autrement et si les hommes tiraient
humain tout entier serait adonné à toutes les vertus, et que la terre ne serait habitée que par des saints, Au milieu de toutes ces tribulations, auxquelles s’est encore ajoutée la pluie qui n’a presque pas cessé de la journée, nous avons aujourd’hui traversé l'Etat du Kansas, de l’ouest à l'est. Iln'ya pas d'arbres dans ces plaines que nous avons parcourues. On n’aperçoit Partout, à perte de vue, que des champs de blé d'inde, dont l’on a déjà récolté les épis. Et le spectacle de ces tiges à demi-desséchées, qui constituent pour le moment la seule végétation qu’il y ait à la surface du sol, n’a rien de réjouissant. 30 septembre fut donc Pour nous bien triste, bien ennuyeux et mêr* interminable dans sa désolation. Car on se trompe beau-
course d’une heure nous aurai de la ville,
Mais la bonne Providence continua de nous protéger, et, à 1 heure et 20 minutes, sains et saufs nous descendions solennellement du train, à la gare de Kansas City. 11 pleuvait comme au temps de Noé ; et à son exemple nous nous précipitâmes dans une sorte d’arche portée sur quatre roues et traînée par deux quadrupèdes apprivoisés, qui s’arrêtèrent, après un quart d'heure de marche, en face d’un vaste hôtel.
Lecteur bénévole, imagine, si tu le peux, la stupéfaction qui nous envahit, lorsque le garçon de bureau nous annonça qu’il n’y avait plus une seule chambre de libre dans l’hôtel...
— Suicidons-nous ! dis-je à l'abbé Burque, qui entend bien la plaisanterie.
— Non! fit-il. J'aime mieux vivre, pour voir comment tout cela va finir.
— En effet, répliquai-je, l'aventure en vaut la peine... Eh bien ! vivons, et continuons de lutter !
Qu’auriez-vous fait à notre place, à deux heures du matin, sur une terre étrangère, sans savoir où reposer votre tête ?
Il est vraisemblable que vous auriez fait comme nous, qui, sur les indications qu’on nous donna, partimes à la recherche d’un autre hôtel. Après avoir longé le nombre de blocs indiqué, et avoir tourné à gauche, puis à droite, comme il fallait, nous arrivâmes à destination.
Ici encore la presse était grande, puisqu’on dut nous loger au sixième étage. Va-t-on me dire si tout le monde s’est donné le mot pour être en même temps, aujourd’hui, à Kansas City et nous y causer tant d’embarras ! Doit-on y brûler quelque pauvre nègre dont l’on n’est pas bien sûr qu’il n’est pas le criminel que l’on recherche ? Enfin, qu’y a-t-il ici d’extraordinaire, ce ler octobre ? — Voilà le point d'interrogation dont je vais désormais, durant tout le cours de mon existence, traîner le poids écrasant.
Il y a des gens, et j'en suis, qui redoutent toujours, dans ces hôtels d'Amérique, de se voir tirer du sommeil par le crépitement des flammes déjà en train de lécher les poteaux de leur couchette.
De toute évidence, rien ne vaut, pour !-« naresseux, cette méthode de réveil parfait et de lever rapide, Mo. par ailleurs, cette crémation sur le vif se fait dans des conditions telles que la seule idée de cette perspective vous glace le sang dans les veines. — Qu'est-ce, dans ce coin, que cette machine-là ? m'écriai-je en pénétrant dans mon logis du sixième étage. Cette machine, c'était un câble enroulé près d’une fenêtre et destiné à servir d'appareil de sauve* bonne heure ! Le cas échéant, il se ‘échapper !... Et d'avance j’établis ‘événement. C’est tout simple ! ‘alarme vous éveillent brusdit aussitôt ce dont il s'agit, ree inconnue, vous vous prée corridor rempli d’une fumée flammes. .. Très bien !..… On
alors tant bien que mal sur l'appareil, et l’on se laisse aller dans le vide... Naturellement, toujours, une gerbe de feu sort de la première fenêtre que l’on rencontre en descendant... Naturellement, enfin, on lâche tout à ce contact de la flamme, et l’on s’abat sur le pavé de pierre... On se relève avec le crâne défoncé, les bras et les jambes rompus : mais, au moins, on s’est. sauvé de l'incendie.
Voilà le doux spectacle auquel on assiste en imagination . 4 moment où l’on se met au lit, cette r'üt-là, et il faut s'endormir en
pensant que tout cela est au moins possible, sinon probable. Mais en l'espèce, si nous fûmes ‘ dans le feu”, ce fut par la hâte extrême avec laquelle il fallut agir pour le sommeil et pour le déjeuner. Car, nous devions partir par le train de 8 heures du matin, pour arriver à Saint-Louis avant le dimanche, Nous n'avons donc vu Kansas City qu’en nous rendant, de nuit, de la gare à l'hôtel, et, le jour, de l'hôtel à la gare. Cela est insuffisant pour douner de cette ville une description beaucoup plus détaillée, et pour tracer ici le tableau de ses institutions. . . et de ses lois. Tout ce que j'en puis dire, c’est que l’on y voit des rucs bordées d’édifices dont les us sont très élevés et les autres moins élevés. Ces particularités sont peu saisissantes à entendre ; mais au moins elles sont authentiques.
Notre premier soin, en arrivant à la gare, est d’acheter un journal du matin, et dès le premier coup d'œil, nous y trouvons une dépêche d'Ottawa qui annonce que les chambres fédérales sont dissoutes et que les électeurs sont convoqués aux urnes électorales pour le 3 novembre. C'était là la première nouvelle du Canada que nous recevions depuis notre séjour dans l'Ouest américain, où les journaux ne paraissent guère savoir que nous existons. Il faut avouer aussi qu'il ne se passe pas, au Canada, beaucoup d'événements propres à émouvoir la presse étrangère, et il n’y a certainement pas lieu d’en être chagrin.
La gare de Kansas City est un édifice très vaste, et la foule que nous y voyons est très considérable. s
Nous prenons, pour nous rendre à Saint-Louis, le Chicago and Alton Raïlway, ‘ the only way”, ainsi qu’il est dit sur son indicateur, et ce qui signifie qu’il n’y a pas dans l’univers d’autre ligne de chemin de fer qui soit digne de ce nom. A la fin, on arrive à s’habituer à l’enflure de ces réclames américaines.
Qu'il soit vrai ou non que le Chicago and Alton Railway ait autant de perfection, je dois reconnaître que, ce ler octobre, nous avons passé une journée délicieuse sur sa voie, de Kansas City à Saint-Louis. Nous avions été si malheureux les jours précédents,
404 nous avons joui avec suavité de cette journée de bonheur sans mélange.
D'abord, il faisait beau suleil, et cela nous disposait tout de suite à prendre les choses par le bon côté, Et puis, nous voyagions dans un bijou de char qui était à la fois un “Smoking Car”, un “ Parlor Car”, un “ Observation Car ” et un “ Dining Car.” Nous
grâces à Dieu, des heures de joie, en achevant de traverser l'Et, du Kansas, et en Parcourant ensuite une bonne partie de celui du Missouri.
Maintes petites villes se trouvaient sur notre route, mais aucune ne parut avoir assez de cachet pour mériter qu'on la mentionne seulement, Les Campagnes étaient beaucoup plus intéressantes, Car nulle part encore, dans tout notre voyage, nous n'avions trouvé la végétation si bien conservée, à cette date avancée de la saison. Une grande partie des blés d'inde étaient encore debout. Lans les prairies, paissaient de grands troupeaux de cochons, les uns noirs, les autres roux : poussant À ses extrêmes limites l'audace littéraire, j'oserai dire que je voyais là d'immenses jardins, émaillés de fleurs mouvantes, aux tons criards...
En approchant de Saint-Louis, vers le soir, nous arrivons enfin sur la rive du Mississipi fameux, qu’un pont de vastes dimensions traverse auprès de la grande cité. On est sans doute content de voir de ses yeux ce fleuve si renommé ; mais combien l’on ressent peu d'enthousiasme, à l'aspect de ce cours d’eau boueux, grisâtre et peu large. Je veux bien croire qu’en traversant les Etats du Sud, le “ Père des fleuves ” se revêt je majesté, lorsqu'il acquiert l'ampleur qu’on se plaît à lui supposer. Mais enfin je ne puis le décrire autrement que je ne l’ai vu ; et tel que je l’ai vu, au centre du Missouri, il paraît misérable. Après cela, je reconnais volontiers que lorsque l’on a passé sa vie sur l’une ou l’autre rive du Saint- Laurent, on n’est peut-être pas dans les meilleurer. conditions pour formuler une appréciation impartiale du Mississipi.
Ce qui acheva de m'inspirer des sentiments plutôt tièdes sur
arr matos tétte nm iomiétiéibélineigintth tn tatin Suis
le compte du grand fleuve de l'Ouest américain, ce fut l'aspect des bateaux à vapeur, dont plusieurs aux vastes proportions, que nous aperçûmes le long des quais de Saint-Louis. Trapus, noircis par les influences des divers phénomènes météorologiques, enfin dépourvus de toute marque d'élégance, voilà quels ils nous apparurent ; et nous leur comparions, malgré nous, nos vapeurs de l’Est, aux formes gracieuses, à l’air de propreté, retenant presque toute la saison la blancheur de la toilette qu’on leur donne chaque hiver.
En résumé, nous n’arrivimes pas à la capitale du Missouri sous l'empire d’une admiration bien vive pour tout ce que nous voyions de part et d’autre.
Pour ce qui est de l’Etat du Missouri dont nous avions parcouru une bonne partie dans la journée, nous avons gardé de son aspect général une impression favorable. Il nous a paru, excepté dans sa partie centrale, plus accidenté, partant plus pittoresque, que le Kansas. |
Entre cinq et six heurcs du soir, nous arrivions done à Saint- Louis, et descendions dans une gare immense, sillonnée d’innombrables voies ferrées. Des flots de voyageurs affairés, arrivant ou partant, remplissent tous les espaces. Le bruit des locomotives et des wagons en mouvement ; les cris assourdissants qui retentissent de toutes parts, annonçant des départs de train, des noms d'hôtels, des titres de journaux du soir : tout ce tapage d'enfer affole tout d’abord le pauvre Québecquois, habitué au calme des choses, et qui tombe à l’improviste dans un lieu pareil...
Quoi qu’il en soit, voyant sur les affiches qu’il se tenait dans le moment une Exposition universelle à Saint-Louis, nous décidâmes de nous y rendre sur le champ...
Saiwr-Louis.—Des tramways accommodants —L'Inside Inn.—Un beau topage. —Et l'on se croyait au premier étage I-—-Le clou de l’Exposition.—La chambre No 4,715.— Une merveille d'organisation.—Comment demander à boire.—Le ‘“ Parlor ”.—Au point de vue religieux.—Votre temps est fini!-—-Un touriste qui fut bien attrapé.—Le repos du dimanche.--Une soirée charmante,
Pour être franc, je dois avouer que j’ai quelque peu tenté de me payer la tête du lecteur, en lui donnant à penser, à la fin du chapitre précédent, que nous ignorions, avant de mettre le pied à Saint-Louis, qu’une Exposition universelle y fût en pleine opération. Juste ciel !... Ce n’est ni en ce siècle, ni en un pays comme les Etats-Unis, ni à propos d’une Exposition universelle, qu’une chose pareille serait possible !
Nous savions donc si bien ce qu'il en était à cet égard, que Saint-Louis figurait à notre programme de voyage pour une semaine tout au moins. Nous le savions d’autant plus que notre logement y était retenu depuis six mois! Car ces Yankces-là, dès l’hiver précédent, avaient inondé l’Amérique du Nord sous une vague de “ circulaires ” finement dressées, et illustrées, naturellement, où l'on vous proposait déjà son ours, c’est-à-dire tel hôtel confortablement aménagé, pour le cas où vous vous proposeriez de visiter l’Exposition de Saint-Louis. Bien entendu, l’on avait eu soin de vous représenter d’avance que le genre humain tout entier allait affluer à Saint-Louis, et qu'il serait d’un esprit avisé de retenir tout de suite sa chambre d'hôtel. Comme on doit bien le penser, nous nous étions empressés, en naïfs Canadiens que nous étions, de nous jeter, la tête la première, dans ce panneau si habilement entr’ouvert sous nos yeux “ anticipativement ” effarés par la pensée de la catastrophe que ce serait — de nous voir obligés de coucher à la belle étoile, pendant notre séjour à Saint-Louis.
Non seulement, donc, nous avions retenu des chambres à l'hôtellerie dénommée /nside Inn ; nous avions même dès le mois de mai payé d'avance une partie des frais du séjour que nous y
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ferions ; et, suivant les instructions suprêmes que l’on nous avait enjoint de suivre, nous avions télégraphié, depuis déjà plusieurs jours, que nous arriverions le 1er octobre pour prendre possession: de nos chambres. Et si nous n’attendions pas qu’en débarquant du train nous trouverions là un équipage envoyé à notre rencontre, du moins nous jouissions de l'avantage d’avoir, en mettant pied à terre, l'esprit tranquille sur la question du logement, de prendre même l’air de gens qui sont au-dessus de leurs affaires.
Nous fimes connaissance tout de suite avec le service des tramways de Saint-Louis. Les voitures y sont très vastes et commodément aménagées. Ce qui m'intéressa le plus, ce fut d'y voir, au bout de chacune des banquettes transversales, un bouton électrique dont les voyageurs peuvent se servir pour informer le mécanicien de leur intention de descendre au prochain coin de rue, N'est-ce pas un détail administratif très digne d’admiration ? — Les petits vendeurs de journaux ont permission d’entrer dans ces tramways de Saint-Louis et d’y offrir aux gens les plus récentes éditions des gazettes de la ville. Ayant moi-même accepté l’une de ces feuilles, je fus très amusé de l’effarement qui se peignit sur la figure du petit vendeur, lorsque je refusai de prendre l’appoint de la pièce de monnaie que je lui avais donnée : de toute évidence, c'était la première fois de sa vie qu’il rencontrait un monsieur si généreux — ou si faible d'esprit — ou si étranger aux mœurs américaines.
Il faisait nuit lorsque le tramway nous déposa à l'entrée principale des terrains de l'Exposition. Moyennant le prix d’une demipiastre, nous pénétrâmes dans l'enceinte, d’où l’on voyait, au travers et au-dessus des arbres, briller cent dômes et façades tout einbrasés de feux électriques... Ce n’est pas toutefois que nous nous proposions beaucoup de visiter l'Exposition dès le premier 8oir de notre arrivée à Saint-Louis ; Mais c’est que notre hôtel se trouvait sur le terrain même de l'Exposition. Voilà encore une idée bien américaine, quil était déjà beau de concevoir, et que l’on & été jusqu’à réaliser pleinement ! Et l'attrait était grand pour
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