‹ Impressions d'un passant [microforme]Chapitre 5 sur 35 · DOME CREER · texte numérisé non relu

DOME CREER

a IMPRESSIONS D'UN PASSANT

rable de l'intérieur de l'ile. 11 faut une heure de chemin de fer pour y arriver. Nous y sommes fort bien reçus par le curé, M. Daudier, un Français qui réside en cet endroit depuis plus de vingt ans, Nous voyons dans son vaste presbytère des cloisons en acajou: * par ches nous, on emploie ce beau bois à d’autres usages,

Notre seul regret est d’être venu si tard à Arima: car nous aurions pu y passer plusieurs jours d’une manière très agréable, et très profitable aussi au point de vue entomologique.

A 5 heures du soir, nous étions de retour À Port d’Espagne.

Dimanche, 29 avril. —Comme il y a quinze jours, j'ai célébré la messe, ce matin, au couvent des Sœurs de Saint-Joseph.

Ce soir, il y avait un nombre immense de mouches à feu. Nous en prenons quelques-unes, Mais je crains toujours, surtout le soir, de m’aventurer dans les herbes, à cause des serpents, des mille-pieds et des scorpions, Quant à M. Provancher, il est devenu très hardi, et il ne pense seulement plus à ces rencontres dangereuses.

Dans l’après-midi, nous avons fait visite au Dr Lota, qui nous a reçus très aimablement. Il est né en Corse, et a vécu longtemps à la Martinique, qu'il a dû quitter à la suite de troubles politiques. C’est un bon chrétien.

Lundi, 30 avril.—Notre steamer Ayrshire doit être enfin arrivé. Aussi, ce matin, nous nous hâtons d'aller au bureau de la Quebec Steamship Co. A la porte, nous voyons un avis qui annonce que l’Ayrshire doit partir ce soir; et notre joie est grande. Nousentrons, et voici que l'agent nous annonce que ce steamer ne peut recevoir aucun passager, qu'il n’est pas du tout aménagé pour cela, et que nous devrons attendre le Bermuda. Or, le Bermuda, qui est parti de New-York le 26 avril, ne sera ici que dans dix jours...

Nous voici donc dans une jolie situation. Encore dix jours à mourir presque avec ces 85° Farenheit, et peut-être à nous ennuyer : car nous avons vu tout ce qu’il y a ici d’intéressant.

Nous n’avons pas encore de nouvelles du courrier qui a dû

venir par l’Ayrshire. Figurez-vous bien que nous ne savons rien

de ce qui s’est passé er, Canada depuis notre départ de Québec. Done, résignons-nous à passer encore dix jours sous les tro-

piques.

À N.-D. de la Ventille.—Manavaz.—Les absurdités du cacao.—Des écoliers du Trinidad.—Un émoi dans le couvent des Dominicains.— Visiteurs de Curaçao.—8Sur le steamer ‘ Bermuda ”’,—Second séjour dane l'île d'Antigua. —Lle Monsgnnar.—Ile Navis.—Dernière nuit à bord.

Port d'Espagne, Trinidad,

Mardi, 1er mai.—Ce matin, nous avons célébré la messe à 5 heures. Puis, à 6 heures, nous partions avec le Père Siméon pour un pèlerinage à la chapelle de N.-D. de la Ventille, bâtie sur un cap voisin de la ville, d’où cette chapelle domine la ville, le port et les plaines d’alentour. Nous partions d’aussi bonne heure pour profiter de la fraîcheur du matin, fraicheur qui était d’une.., chaleur remarquable, et ne m’empécha pas de verser d’abondantes sueurs, l’ascension de cette hauteur ou de ce morne, comme on dit ici, étant assez fatigante. Arrivés à la chapelle, nous trouvons le Père Hilaire qui faisait une instruction à l'assistance. Après avoir prié à notre dévotion, nous passons la matinée à courir les insectes, et descendons peu avant midi, par un soleil brûlant. M. Provancher, qui ne sue jamais, trouva cette fois qu'il faisait très chaud et revint tout en transpiration. Inutile de dire dans quel état j'étais moimême,

En descendant de la montagne, nous visitons un vieux fort espagnol, dont les murailles sont très bien conservées. Cette forteresse est dans une belle position et commande tout le port. Tout auprès sont trois beaux canons de campagne placés sous des abris. Tout auprès aussi, mais d’un autre côté, nous voyons une ouverture . dans les rochers, large de quelques pieds, et dont la profondeur est

inconnue, paraît-il. Nous y jetons quelques pierres, et les entendons descendre pendant quelques secondes dans ce gouffre béant.

Mercredi, 2 mai.— Aujourd’hui, le Père Hilaire nous a conduits * à Maraval, belle petite paroisse située à quatre milles de Port d'Espagne. En nous y rendant, nous visitons les réservoirs qui alimentent l’aquedue de la ville. Autour de ces réservoirs, on & planté beaucoup de plantes ornementales, qui rendent l'endroit semblable à un beau jardin.

L'église de Maraval est bâtie au fond d’un vallon entouré de hautes montagnes. Il y fait une chaleur et une humidité considérables. Aussi, nulle part nous n'avons vu une telle vigueur de végétation. Les orangers, entre autres, sont d’une stature très grande, et les fruits sont aussi de bonne taille. Ici, on cultive beaucoup le cacao; il est très curieux de voir les fleurs et les fruits de cet arbre pendus au tronc, à travers l'écorce et souvent tout près de terre. Aussi, pour les protéger contre le soleil, on cultive ces végétaux à l'ombre de très gros arbres. Le fruit du cacao est oblong; il'a cinq ou six pouces de long sur trois à quatre de diamètre. Un arpent de terre planté de ces arbres peut donner jusqu’à 900 francs par an, nous dit-on.

Le curé de Maraval, M. Alvarez, est un Espagnol du Vénézuéla. Il fut, un des premiers, expulsé de son pays, en 1873. Il était professeur de théologie morale, C'est un homme très maigre, très humble, très capable, très saint et très hospitalier.

Ce soir, je suis fort indisposé: une fièvre brûlante me dévore. Dans ce climat, on attache quelque importance à un état pathologique de cette sorte.

Jeudi, 3 mai.—J'ai passé une nuit très mauvaise, et aujourd’hui, la fièvre est encore assez intense.

Dimanche, je me suis rencontré avec deux élèves du Collegio Bolivar, un lycée de Port d'Espagne. Comme ils ne parlaient qu’espagnol, la conversation a été languissante, L'un de ces

enfants, m’a-t-on dit, était élève d’un petit séminaire du Vénézuéla que le gouvernement perséeuteur a fait fermer. Le costume du collège Bolivar est très joli: redingote, pantalon et casquette en drap bleu, quelques nervures blanches et boutons d'argent. Le ditnanche précédent, j'avais causé avec des élèves du collège tenu ici par les Pères du Saint-Esprit.

Samedi, 5 mai.—Hier, le Frère Benoît m’a administré deux fameuses doses de quinine, pour combattre ma fièvre; j'ai pris cette quinine, et le vermouth qui faisait suite, avec un courage admirable. Le résultat le plus prochain de cette médecine a été de me rendre sourd: hier soir surtout, je ne pouvais suivre la conversation qu'avec difficulté.

Ce matin, j'ai trouvé tout le monde en émoi. On avait entendu des cris Jlamentables pendant la nuit, et l’on ne savait de quelle cellule ils provenaient. Même, un Frère s'était levé et avait parcouru les galeries situées le long des cellules, mais n’avait pu découvrir quel était celui qui s'était exclamé d’une façon si bruyante. Au récit de ces émotions, je me rappelai que j'avais eu un cauchemar, pendant la nuit: j'avais une main sur le bord de mon lit, et il me semblait qu’un monstre quelconque essayait de la saisir avec sa large gueule. Dans ma frayeur, j'avais crié, au point de m'éveiller moi-même. Or, comme les cellules n’ont pas de fenêtres, mais seulement des persiennes, mes vociférations furent entendues partout. Je regrette bien d’avoir ainsi manqué au grand silence et troublé le repos de toute la communauté.

Cette après-midi, je suis parfaitement remis. Mais comme nous

en avons encore pour cinq ou six jours à demeurer à Trinidad, ,

j'ai bien le temps d’avoir encore un troisième accès de fièvre.

M. Provancher paye aussi son tribut au climat tropical. Ila des éruptions cutanées qui le font beaucoup souffrir.

Je reviens sur notre excursion à Maraval, pour dire que le curé du lieu possède une volière très considérable en plein air, le long du presbytère: là sont réunis un grand nombre d'oiseaux de Tri-

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nidad, et aussi quelques-uns du Vénésuéla. La plupart de ces oiseaux sont très jolis: il y en a des rouges, des bleus, des verts, etc. Cette collection nous a vivement intéressés. Sue

Jeudi, 10 mai.—C'est aujourd’hui la fête de l’Ascension ; mais

ici ce n’est pas fête d’obligation, comme chez nous.

Avant-hier, nous avons passé l'après-midi à San-Juan, en compagnie du R. P. Hilaire. On s’y rend en chemin de fer, ce qui est l'affaire d’une douzaine de minutes. Excursion très agréable.

Le Bermuda doit arriver demain. Le plus tôt sera le mieux.

éole, à l'église du Sacré-Cœur, C'est la coutume, ici, de célébrer les mariages dans l’après-midi. L'église du Sacré-Cœur, desservie par le R. P. Thomas, un Anglais, est fort belle, et elle était bien décorée pour la circonstance. Il y eut d’abord le chant du Veni Creator; puis le P. Thomas adressa une allocution en arglais à l'assistance : qui était assez nombreuse. Ensuite eut lieu le mariage lui-même : le Rév. M. Maingot, curé de San Fernando, assisté par le P. Thomas et par un Père du Saint-Esprit, prononça le conjungo vos; le marié était son cousin. La cérémonie se termina par le chant de l’Ave Maris Stella, et par un autre beau morceau de chant.—Tous les mariages ne sont pas aussi solennels; il s’en faut bien, puisqu’un bon nombre de noirs se mettent en communauté conjugale sans se présenter devant le prêtre.

Après la collation, nous allons faire notre visite d'adieu à Mgr l’archevêque, en ‘cas de départ prochain et peut-être précipité. Le bon archevêque nous reçoit avec sa bonté ordinaire, et nous recommande encore de lui envoyer des prêtres canadiens.

En revenant, nous allons entendre une musique militaire qui joue sur le Marine Square, lequel s'étend depuis la cathédrale jusqu’au port. Les musiciens, au nombre d’une quinsaine, sont Presque tous des noirs. Cette fanfare nous paraît avoir une bonne exécution.

Vendredi, 11 mai.—Grande visite au couvent: Mgr l’évêque de Curaçao, avec le curé de sa cathédrale, le fils du gouverneur de Curaçao, et trois Frères de je ne sais quelle congrégation, sont descendus aujourd’hui de leur steamer, parti le 12 avril d’Amsterdam. Ils ont pris le diner au couvent. Cet évêque, qui a été consacré en décembre dernier, je crois, est dominicain. Tous ces visiteurs se sont rembarqués vers 4 heures, ce soir. Tous Hollandais, ils parlent assez bien français.

Notre steamer Bermuda est enfin arrivé, et partira demain

soir.

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Samedi, 12 mai.—Nous avons embarqué à 3 heures, cette après-midi, par une pluie battante : comme il fallai. faire au moins un mille et demi pour atteindre le steamer, cette pluie n’était pas très réjouissante, A 5 heures, le Bermuda se met en marche, Nous sommes donc en route pour le Canada ! 5

Nous avons à bord une troupe d'artistes chanteurs, prestidigi: tateurs, etc. Ces gens débarqueront à la Barbade.

Dimanche, 13 mai —Arrivée à la Barbade le soir; nous en repartons après un court arrêt.

J'ai passé toute la journée au lit, sans rien manger, sans dire de bréviaire. La mer étant assez houleuse, j'ai été malade plus qu'il ne faut.

arrêtons, ce matin, à Castries, île Sainte- Lucie, le temps de prendre le courrier postal, Nous sommes heureux de voir s’embarquer le R. P. Sir-dey, de la Miséricorde, de Paris, que nous avions déjà rencontré à la Guadeloupe. Ce Père s’en va à New-York, Pour retourner en France, et nous aurons en lui un aimable compagnon de voyage.

À midi, nous stoppons à Saint-Pierre de la Martinique, pour

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