‹ Impressions d'un passant [microforme]Chapitre 7 sur 35 · DEEP MR AL RS ENIE · texte numérisé non relu

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libéral qui le fit construire. Et, de la sorte, on verra se rétablir | l'équilibre que je fais effort pour garder, dans ce travail, entre les deux partis qui font alternativement le bonheur de notre peuple. * .

Vous n’aves pas fini d'admirer la cataracte et son pont de bois, que vous voilà arrivé à l'estuaire d’un gros affluent de la Mistassini, qui se nomme “ Mistassibi.”’ Et juste à l'angle septentrional formé par la réunion des deux rivières, repose paisiblement une jetée toute

neuve qui proclame en son muet langage la munificence du gouver- Le

nement d'Ottawa. Cette jetée, c’est le débarcadère de Mistassini.

Car, c’est facile à deviner, nous sommes enfin arrivés à Mistassini, le terme de notre voyage: Nous l'avons bien gagné, après un trajet si long, que nous avons mis tant de pages à résumer pour nos lecteurs.

Nous débarquerons donc sans trop de regret. Nous sommes sur le vaste domaine des révérends Pères Trappistes, dont la propriété est bornée sur un côté par la rivière Mistassini, sur un autre côté par la Mistassibi, et sur les deux autres par la forêt qui s'étend jusqu’au pôle Nord.

Le monastère se trouve à une distance assez longue du débarcadère, ce qui nous fournit l’occasion de traverser une partie de l'exploitation agricole des Trappistes. Nous y voyons, sur les divers morceaux de terrain, la colonisation sous tous ses aspects: forêt à peine abattue, squelettes décharnés des arbres noircis par

le feu, souches persistant sur un sol déjà cultivé, moissons se dorant aux rayons du soleil d'automne. Bref, l'enthousiasme vous enlève malgré vous ; et l’on en profite pour dévorer, d’un pied léger, l’espace qu’il faut parcourir.

Voici le monastère, pauvre construction de bois, qui est, pour le moment, la Trappe de Mistassini, où nous sommes accueillis comme des frères. C’est pour le coup que je me crois transporté en plein moyen âge à la vue de ces moines qui, les uns en robe

mers

À MISTASSINT 67 blanche, les autres en robe brune, circulent, gliment de ci, de là, s’oceupent des travaux domestiques, du soin des étables, de la

beurrerie, de la scierie. Nouvel accès d’enthousiasme, que cette fois je ne pris pas la peine de retenir et qui me fit presque commettre des folies,

J'ouvre ici une parenthèse finale.

Littérairement parlant, je suis comme le mortel qu'un trépas hâtif enlève de cette vie, et dont les beaux projets s’évanouissent tristement. Car, c'est à peine si j'ai atteint jusqu'ici le tiers de mon récit de voyage. Et jamais je ne pourrai faire connaître les intéressants épisodes qu’il y a encore au bout de ma plume ! Description du monastère des Trappistes; descente de la rivière Mistassini (dont, en la montant, je n'ai fait qu’esquisser le tableau) ; renavigation sur le lac Saint-Jean (dont nous fintmes par épuiser toute la flotte); visite à la maison des bons Pères Oblats de la Pointe-Bleue (où je découvris enfin ma vocation, qui, j’en fais la confidence, est d’être ‘“ Oblat en retraite”, étant donné que j’obtiendrais dispense des cinquante ans de noviciat qui paraissent requis) ; Roberval avant l'actuel éclairage électrique (faute duquel je faillis me rompre cou, bras et jambes); puis un trajet à travers trois ou quatre jeunes paroisses (avec un compagnon qui se crut strictement obligé de m’énumérer et de me nommer tous les occupants de toutes les maisons qui se rencontrèrent sur la route, et de me donner des détails généalogiques rétrospectifs jusqu‘au temps des Français ” inclusivement),—pour finir par une traversée du lac Saint-Jean dans un frêle canot d’écorce (agrémentée de fortes vagues qui cent fois faillirent nous submerger, et de rochers à fleur d’eau qui cent fois menacèrent de déchirer les flancs de notre embarcation) : voilà, pour faire venir l’eau à la bouche des gens, tout ce que, sans compter d’autres choses aussi, j'avais encore à narrer au lecteur palpitant de l'intérêt le plus intense.

Eh bien, tout cela va rester dans les ombres de l'inconnu. Car

la direction de l'Oiseau-Mouche, prétendant que l'actualité est la

vie d’un journal et ne voulant pas permettre qu’un reporter raconte =

des choses déjà vieilles d’un an, m'ordonne de couper ici le fil de: mon récit.—Je le coupe done, en l’arrosant de mes larmes.

Car un écrivain ne s’entretient pas, dix mois durant, avec d'aussi aimables lecteurs sans qu'entre eux et lui ne se nouent les liens d’une douce amitié.

Au moment de les quitter, je les prie de me pardonner les ennuis que je leur ai causés, les impatiences dans lesquelles je les ai fait tomber, les inexactitudes que, suivant les privilèges du voyageur, je n’ai pas manqué de mêler à mon récit. De mon côté, je leur pardonne volontiers les critiques peu charitables dont ils m'ont peut-être abreuvé, sans compter la superbe moisson de pavots qu'ils se sont probablement permis de faire le long de mes alinéas.

Aussi bien, si nous avons de part et d'autre tous ces motifs de nous frapper la poitrine, nous ne saurions mieux faire, pour expier nos fuites, que de rester à l’endroit où nous sommes enfin parvenus: à “ la Trappe ” de Mistassini ! |

LES TRIBULATIONS DU DÉPART Comme quoi l'on a grand tort d'oublier son pardessus. — MowrRsaz vaincu par une tempête de nord-est.— Arrêtés par la neige.— A New-Yonx.— Vite.

Nos billets, s.v.p...—Espoir déqu.— L'avantage d'être client de la maison Cook.—A ls course vers H: .—Ça y est.—Départ.

Str l'aiser Wilhelm II, mars.

Nous avons enfin réussi à partir. Mais cela n'a pas marché tout seul.

Ah! sans doute, il allait très bien, le train du C. P. R. qui nous prit à Québec le 27 février, pour nous livrer à Montréal le 28.

Ah! sans doute, il est toujours très agréable de passer un jour à Montréal, et d'y recevoir la visite des anciens élèves de Chicoutimi qui ont choisi de faire, dans la grande ville, l'apprentissage de ls vie pratique.

Seulement, au lieu de passer un jour à Montréal, nous en avons passé deux, et c'est là ce qui nous a perdus.

Si nous avons séjourné à Montréal une journée de plus, c’est

métropole commerciale, j'ai fait des efforts inouïs pour remplacer cette pièce d'habillement; j'ai essayé tousles spécimens du même gen-

& 1) J'ai fait ce frepe en AL PH. Polly, publiées sur l'Oésesu- Mouche, moins les trois plus longues, qui sogt taéditnes

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re de stocks énormes: je n'ai rien trouvé qui m'accommodât et me rendit simplement justice. Cela n’est pas flatteur pour les établissements de commerce de Montréal; hormis que ce soit moi pour qui ce ne soit pas flatteur et dont le physique désordonné déroute absoln ment l’expérience des siècles sur les mesures établies à travers les âges par les artistes de la coupe.

L'unique solution du problème, ce fut de faire venir de Québec le précieux vêtement, et de ne partir pour New-York£que dans la soirée du ler mars, au lieu de celle du 28 février. Cela nous valut, il est vrai, d'assister du second étage de l'édifice de la Presse à la bruyante démonstration que les étudiants de l’université McGill, mis en délire par la délivrance inespérée de Ladysmith, au Transvaal, firent à l'adresse des journaux français la Patrie, la Presse et le Journal. Mais, d’autre part, une effroyable tempête de nord-est, avec grande chute de neige, se déchaîna sur Montréal, ce jour du ler mars, et bouleversa tout, hommes et choses, dans la grande ville. Toutefois, à 6} heures du soir, nous nous apprêtâmes à nous rendre à la gare, le gérant de l'hôtel s'étant engagé à nous y faire conduire

Par exemple, à cause de la tempête qu'il faisait, l'hôtel avait remisé sa voiture; et l’on envoya chercher un cocher à la station voisine... Seulement, les braves cochers, se souciant asses peu d’attendre la clientèle par un temps pareil, étaient tous rentrés ches eux... Mais on allait en être quitte pour se rendre à la gare en tramway. Seulement, le service des tramways, désorganisé par les montagnes de neige qui se formaient partout, avait cessé de fonctionner!...

Et, avec tout cela, le temps s’en allant tout de même, il ne nous restait plus que vingt minutes avant le départ du train. Et nous n'avions plus qu’à nous rendre à pied jusqu'à la gare, c'est-àdire à faire un trajet d’un mille, à travers les bancs de neige et chargés de nos bagages... Par bonheur, M. Stocking, père, l'agent des Cook, &c., à Québec, et dont nous avions acheté tous nos billets de voyage, se trouvait à Montréal, et au même hôtel que nous.

Mis au courant de la situation où nous étions il s'y intéresss autant que possible, et poussa la bienveillance jusqu’à vouloir porter luimême, avec un garçon de l'hôtel, nos divers colis jusqu’au train (1).

Et nous voilà partis par la tempête qui faisait rage, et vêtus en habits d'été... Car nous ne pouvions songer à débarquer à Naples, à la face du Vésuve, avec nos énormes casques en peau de loutre et nos larges capots de chat sauvage: le tableau aurait péché par excès de pittoresque.

Je laisse au lecteur qui me connaît le soin d'imaginer l'aise e’ le plaisir que j'avais à marcher à mi-jambe dans ls neige et à pu: accéléré. .. Bientôt à bout de force et de souffle, mon compagnon et moi, nous sautons sur un immense traîneau qui s’adonne à nous Passer en route et qui va dans la même direction que nous. Puis, lorsqu'il nous semble à peu près rendu dans le voisinage de la gare Windsor, nous en descendons—ce qui signifie que nous nous en laissons tomber sur quelque montagne de neige qu'il traverse. Nous nous remettons sur pied autant que possible, et reprenons notre course, nous dirigeant un peu à l'aventure: car nous ne savions guère où nous étions ni où se trouvait la gare. Finalement et en suivant un gentleman qui ‘ avait l'air ”” de vouloir partir lui aussi, nous arrivons à la gare et au train. Nous n’eûmes

que le temps de monter dans la dernière voiture, lorsque le train se mit en marche... et nos bagages n'étaient pas arrivés! Aussi, un homme qui s’amuss joliment en apprenant que nous partions pour . l'Europe, ce fut le douanier qui parcourut presque aussitôt tous les wagons, et à l'inspection de qui nous n’eûmes à présenter que nos petites sacoches.

1! y avait à peine une heure et demie que nous voguions vers la frontière des Etats-Unis, lorsque le train stoppa brusquement : la voie était bloquée par un train local parti dans l'après-midi et qui était venu s'arrêter sur une vraie montagne de neige, Par une imprévoyance que je signale à l'indignation du genre humain, et 3 Log de ste Dons Gene Pop otour à Québec: Je voulue alle remercier M.

de ses bons offices, j

ce train et le nôtre s’étaient mis en route, en une tempête pareille, sans être munis de charrue à neige ! Aussi, il fallut faire venir un de ces outils d’une distance de 150 milles pour nous dégager, et en ” attendant, attendre...

Cette attente dura jusqu’au lendemain, 2 mars, à 11 heures de l’avant-midi. Entre temps, j'avais communiqué par le télégraphe avec M. Stocking, et obtenu l'assurance que nos bagages nous seraient expédiés à tel hôtel de New-York par le premier train.

Nous arrivâmes à New-York à 7 heures du matin, le 3 mars, c’est-à-dire avec un retard de vingt-quatre heures. Notre steamer devait prendre la mer à 11 heures seulement ; mais il nous fallait auparavant aller recevoir nos billets de passage au bureau de la compagnie North German Lloyd, situé à une bonne distance de la gare. Le temps nous manquait tout à fait pour étudier la topographie de la ville immense et les systèmes de tramways souterrains, terrestres et aériens qui y voiturent les gens. Aussi, à grands frais, comme on peut l'imaginer, nous retinmes les services de l’un des petits messagers de l’hôtel où nous étions descendus. Cet “American Boy,” très intelligent et très au fait de tout, nous entraînait d’une rue à l’autre, d’une voie de tramway à un train du chemin de fer élevé, et vice versa, au milieu du formidable mouvement de New- York, avec un tel “ go ahead ” que non seulement nous n’y comprenions rien, mais que nous y perdions presque le souffle. Je lui avais dit, au reste, que nous étions extrêmement pressés.

Enfin, nous sommes à l'édifice de la North German Lloyd, vers 8 heures et demie. Mais voilà bien une autre affaire! Les bureaux ne sont pas encore ouverts... Nous entendons aller et venir à l'intérieur; mais personne ne vient répondre aux coups redoublés dont nous ébranlons la porte. On va sûrement nous faire manquer le steamer ! Nous aurons huit jours à attendre le départ du vaisseau

suivant ! Toute l’économie de notre voyage va être dérangée ! Etc.

Cette agonie dura bien une demi-heure. Enfin, l’heure réglementaire est arrivée, et l’on ouvre la porte. Nous nous précipitons à l’intérieur, et je supplie le premier fonctionnaire que je trouve de

vouloir bien se hâter extraordinairement de nous donner nos billets de voyage: ‘ Le steamer va partir à 11 heures, et nous avons bien peur de le manquer. .. —Vous ne le manqueres pas, car son départ est retardé jusqu’à 2 heures de l'après-midi !”” /mmense soupir de

(comme disait certain journal québecquois en annonçant le résultat des élections générales du Canada certaine année) !

Donc, quelle douce joie nous éprouvons ! Il devient absolument certain que nous allons Pouvoir recouvrer nos bagages, mis à bord du train parti hier soir de Montréal. Ce train doit même être arrivé déjà à New-York. Allons tout de suite à la gare pour retirer nos valises et autres colis !

En pénétrant dans l'immense station de chemin de fer, nous voyons qu'il y a quelque chose d’écrit sur le tableau noir qui se trouve là... Nous y lisons ceci: “ Train de Montréal en retard de 5heures. Arrivera à 2 heures 20 minutes.”

Voilà qui met le comble à nos infortunes diverses...

Et nous restons là, tout d’abord, cloués sur le sol, poussant. cette fois-ci, un “ immense soupir de découragement.”

Ainsi donc, nous avons mis des semaines à faire un choix judicieux des cent articles dont nous aurons besoin durant nos quatre mois de voyage: linge, objets de toilette, Guides, etc. Et non seulement il faut nous embarquer sans les avoir; mais sans .doute il faut en faire le sacrifice complet, et se résigner à ne les ravoir jamais. Mon compagnon de voyage a même laissé, dans l’une de ses valises, une liasse de chèques, portant déjà une signgture sur les deux qui sont requises pour les rendre négociables, de l'American Express Company.

Nous nous disons alors que si, l’avant-veille, à Montréal, nous ” avions mis une demi-minute de plus à nous rendre, de la façon que - j'ai racontée, de l'hôtel à la gare, nous ne serions pas arrivés à New- York à temps pour prendre le steamer.

Quoi qu’il en soit, après un premier moment donné à la stupeur

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