‹ Impressions d'une Seconde VieChapitre 2 sur 9 · BROUILLARD DANS LE BOIS · texte numérisé non relu

BROUILLARD DANS LE BOIS

La matinée est muette et cache de la joie» Un impondérable suaire de brume emprisonne des ondes tièdes^ d'âcres senteurs d'humus et des fils de la vierge»

Trois fois il a paru soulevé sans effort et sans souffle par un élément inconnu; trois fois le trait chaud qui frôla ma joue rentra dans le duvet humide»

Le silence palpite dans le grand bois solitaire dévêtu par l'automne» La marche est aisée; on croit aller à la conquête du soleil, guidé par les rayons qui animent le doux linceul»

Mais est-ce bien du silence que ces avertissements noyés de mystère, ces molles cascades de gouttelettes, ces informes vagissements d'un oiseau qui n'ose chanter, le frémissement de feuillage tombé qui précède et suit nos pas^

A travers le brouillard de ma pensée.

j'écoute la réponse que je veux me donner.

Mon compagnon se tait^ je crains d'entendre sa voix, le sens précis des paroles anéantirait la fluide féerie.

J'essaye d'imaginer la forme et la matière de cette fraîcheur moite^ assez compacte pour amortir les sons^ et le branle de chaleur trop faible pour rejeter le manteau.

Crépuscule du matin prometteur de clarté. Je compare son insaisissable jeu avec le comiDat qui se livre en ma volonté,,. Tous les paysages sont peints par des sentimentaux, des prisonniers, des malades, voire des aveugles; rarement par le seul peintre,

A quoi se réduisent alors mes descriptions privées de tant de moyens^ Moins à des vérités qu'à la certitude d'un instant d'émotion.

Les feuilles mortes que nous écrasons dégagent une émouvante odeur distillée dans la rosée qui s'attarde. Elles sonnent creux et léger.

Il semble que mes pieds chassent devant eux l'enveloppe futile de mes velléités d'autre-

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