Spa germanisé
Pour ne pas allonger indéfiniment cette lettre, je ne dirai rien du passage du X' corps d'armée.
C'est à partir de ce moment que Spa fut considéré comme ville allemande. Les affiches n'étaient plus signées des commandants d'armée, mais du
lieutenant Hoffmann. Affiches ineffables. Tantôt flatteuses. « L'autorité allemande remercie la population spadoise de sa loyauté, et reconnaît qu'à Spa les blessés sont particulièrement bien soignés; la ville sera ravitaillée en farine. »
Tantôt tracassières et draconiennes. « Les habitants doivent mettre un sceau (sic) plein d'eau devant leur porte. » « Ils doivent rentrer chez eux avant la nuit. » « Toutes les lumières doivent être éteintes à huit heures. » « Les enfants au-dessous de dix-sept ans ne doivent pas sortir des maisons. » « Il est défendu aux habitants de regarder le passage des troupes. » « Les rassemblements de plus de trois personnes sont interdits. » « Ceux qui feront des signaux avec des lumières ou avec les mains seront fusillés. » « Apportez tous les pigeons à l'hôtel de ville pour qu'on leur coupe les ailes; si ensuite on trouve encore un pigeon en ville, le propriétaire sera puni avec toute la sévérité des lois de la guerre. » « Ceux chez qui on trouvera des armes, revolvers, carabines ou de la poudre, seront fusillés. » « Ceux qui feront un acte d'hostilité contre nos troupes, ou détérioreront les téléphones, télégraphes, voies ferrées, etc., seront pendus sans autre forme de procès. » « On doit répondre aux interpellations des sentinelles, en s'arrétant aussitôt; sinon les soldats tireront sur vous, etc.. » Tous les jours il y avait de nouvelles affiches, de nouvelles défenses.
Les pauvres Spadois y perdaient la tête, copiaient les affiches pour n'oublier ni le « sceau », ni l'heure de la rentrée, ni les pigeons, ni les attroupements, ni les sentinelles.
Enfin, on ordonna d'adopter l'heure allemande.