‹ Impressions de guerre de prêtres soldats (volume 2)Chapitre 16 sur 36 · Méfaits allemands · texte numérisé non relu

Méfaits allemands

Voici maintenant quelques méfaits allemands. Au premier jour du passage des troupes, les chefs avaient fait venir le bourgmestre : « Monsieur, vous allez accepter d'être bourgmestre allemand et d'exercer l'autorité au nom de l'empereur, sinon vous serez fusillé. » « Messieurs, répondit le bourgmestre, vous pouvez me faire fusiUer, mais j'ai accepté mon mandat du roi des Belges; la fidélité me défend d'en accepter un de l'empereur d'AlUemagne, qui est en guerre avec mon roi. »

Les officiers s'inclinèrent et l'influence du bourgmestre s'accrut pour le plus grand bien des Spadois.

A Nivèze, petit village près de Spa, les soldats violentèrent des femmes pendant la nuit. Le matin les officiers les firent fusiller.

Dans les environs, les Allemands brûlèrent Hervé et Battice; et des hauteurs de Werfaz nous pûmes voir les deux colonnes de fumée.

Un témoin oculaire et digne de foi, le curé de C..., m'a raconté le trait d'ignoble barbarie suivant.

Une reconnaissance française ayant été signalée vers le sud, une compagnie allemande et un peu d'artillerie montèrent au village de C... Le curé et l'instituteur furent pris comme otages et gardés toute la nuit dans une petite ferme délabrée. « Quand j'y fus installé, me dit le curé, je vis entrer des Allemands traînant et poussant deux de mes malheureux paroissiens, chez qui ils avaient pris une arme de chasse. Ils les lièrent étroitement l'un à l'autre, pied à pied, poing à poing, de façon à les immobiliser complètement; puis ils les jetèrent devant moi, sur de la paille, dans un coin. Or, juste au-dessus de ce coin, le plafond était largement troué. Les barbares trouvèrent ingénieux de se servir de ce trou comme de cabinets. Ils s'appelaient les uns les autres, montaient, se succédaient, et ainsi, une bonne partie de la nuit, les pauvres gens reçurent sur la tête et tout le corps l'ordure germanique (1). »

(1) Un mot sur la préméditation allemande. Un paysan allemand de Malmédy avait sa fille en service chez M. G..., im de mes amis. Quinze jours après la déclaration de guerre, cet Allemand reçut de l'autorité allemande l'ordre d'aller à Spa rechercher sa fille et de la ramener en territoire allemand. M. G... le fit dîner et causer. L'Allemand avoua que, dès le i 3 juillet, ses doux fils, l'un de trente a)is, l'autre de trente-trois ans, avaient été appelés à l'armée. Le fait que les Allemands ravitaillaient Spa en viande excellente et en farine mauvaise.

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