En route vers l'Allemagne
27 octobre. — La gare. Un compartiment de quatrième classe nous est « réservé ». On s'installe pour quatre ou cinq jours de voyage, entassés. Deux sentinelles allemandes nous gardent. D'ailleurs tout le train est occupé par des soldats.
A Chauny, arrêt. Ordre de descendre. Cortège
dans la ville jusqu'à la Kommandantiir . Nous passerons la nuit dans un hôpital français et partirons demain sur Krefcld, où sont internés les ofliciers français.
28 octobre. — Départ. La ville, deux fois plus que Noyon, est bondée d'Allemands. Ce sont des formations très importantes de l'armée. Quel butin à faire! Des rues et des boulevards entiers sont couverts d'autos de guerre, rangées à quatre de front. Et ce n'est que la réserve! Il y en a là trois ou quatre cents non employées. A la gare on nous ouvre notre voiture et nous sommes installés en des compartiments de seconde, allemands, fort confortables, largement à l'aise pour dormir. Mais les portières derrière nous se ferment à clef. Nous ne mettrons pas une fois le pied sur les quais durant tout le voyage. 11 est midi, les gardiens nous offrent une soupe allemande. On accepte, et sauf des pains de munition que nous avons obtenus, c'est le seul repas que dans tout le voyage on nous aura donné. Par Saint-Quentin, Valenciennes, nous arrivons dans la nuit à Mons.
29 octobre. — Charleroi nous fait voir des faubourgs dévastés. Au long de la voie où le train stoppe fréquemment, on aperçoit des hommes et des femmes oisifs et misérables. Du Landsturm garde les ponts. Les mines que nous traversons ne
travaillent pas; nous atteignons Namur à la nuit. Nous n'en voyons rien, non plus que de Liège.
30 octobre. — Vers quatre heures un chant nous réveille, tout le train résonne d'un air grave, harmonisé, où je perçois peu à peu le refrain.
In der Heimat, in der Heimat, Es ist ein lieber Weg I
Nous venons de passer la frontière. Et tandis que le lendemain notre train foule le sol allemand, ces hommes chantent le retour au pays. Le jour se lève. En gare d'Herbesthal on nous apporte du pain et de la saucisse. Nous avions faim. Nous traversons la plaine coupée de bois de pins. Voilà donc le pays où Ils poussent!
Aix, Neuss, Duren sont nos dernières halles, il y a du monde plein les gares. On nous regarde, mais sans hostilité. Enfin l'express nous conduit à Krefeld à quatre heures du soir.