En reconnaissance
28 septembre. — On dit qu'à chaque jour suffit sa peine. Il arrive qu'il faudrait dire « à chaque seconde » lorsque, terré dans une tranchée, pendant une rafale d'artillerie, la tête entre les genoux, les membres repliés, on n'a plus la force de faire un mouvement. Avant-hier je suis resté dans cette position, avec quatre hommes de ma section, de 10 heures et demie à 2 heures sans avoir beaucoup le loisir de relever la tête. A nous cinq, durant ce temps, nous avons reçu 35 à 40 obus.
La nuit, l'on ne peut guère dormir, car les Allemands ne sont pas loin. Récemment ma section a reçu la mission de vérifier si telle tranchée allemande était occupée encore : c'est à 500 mètres de nos lignes. L'escouade dont j'ai l'honneur d'être le chef forme la patrouille d'éclaireurs. Nous
ayant donné « le plus bel exemple de bravoure et de sacrifice... A Moulin-sous-Touvent, le IS septembre (1914), a brillamment entraîné sa section en avant sous un feu très intense : grièvement blessé pendant ce mouvement, traversé de part en part... Le 19 février 1915 a entraîné toutes les unités voisines de la sienne. Une balle lui ayant fracassé la jambe, a continué à encourager de sa parole et de ses gestes les soldats qui l'entouraient. Sentant la mort venir, a trouvé la force de lever son képi au bout de son bras, en criant : Vive la France! » (Ordre du 1" mars 1915.)
allions joyeux, mais après 3 ou 400 mètres, il me semble distinguer des silhouettes parmi les branches. Je le signale au sergent, qui ne comprend pas, et l'on continue à avancer, lorsque tout près, dans la pénombre, nous distinguons très nettement une ligne d'Allemands avec leurs habits couleur de terre : « Hait! Haïti Wer da? » J'eus bien envie de leur charger dessus, mais notre mission était remplie et nous n'eûmes que le temps de faire demi-tour en vitesse, salués par les balles ennemies; aucun de nous ne fut touché.
Etienne Hastey (1), Caporal au N' régiment d'infanterie.