‹ Impressions de guerre de prêtres soldatsChapitre 29 sur 35 · S0 IMPRESSIONS DE GUERRE · texte numérisé non relu

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garçon, se laissant traiter d'égal à égal par le premier venu. Il tient personnellement à ne jamais manquer à l'étiquette, propre, ciré, rasé, — protocolaire; mais il n'exige pas l'étiquette des autres hommes. Il sait également jouir du confortable, et s'en passer. Il emporte une réserve inépuisable de bonne humeur, et d'iiumour même, plus caustique, moins joyeux que notre verve gauloise. (Voyez dans le journal illustré le Bystander^ la curieuse collection de croquis : Fragments de France^ par le capitaine Bruce Bairnfather; la guerre a improvisé caricaturiste ce soldat de métier, et l'on ne trouve peut-être nulle part plus de gaieté et plus de vérité.) Par-dessus tout, l'officier anglais est fier de son pays, déteste les Allemands et croit à la victoire.

Son grand défaut est d'être trop souvent païen, au sens négatif du mot. L'anglicanisme est pour beaucoup une pure formalité extérieure, qui ne perce pas jusqu'à l'âme. Mes officiers n'éprouvent aucun amour comme aucune haine pour leur religion. Mais leur conversation — et leur mort — prouve souvent qu'ils ont toujours vécu en dehors d'elle. Et si tel ou tel pèche contre les commandements, il le fait, j'allais dire sans malice, du moins avec une spontanéité étrange, avec l'air naturel d'un enfant dont la conscience n'est pas encore clairement éveillée.

L'Anglais est d'humeur indépendante; il ne se

soucie guère des « qu'en dira-t-on? » Aussi l'armée anglaise compte-t-elle bon nombre d'originaux. Je vous citerais mille cas. Un major, dont j'ai justement fait connaissance avant-bier, emporte partout dans sa sacoclie sa défunte première femme, laquelle il lit incinérer par amour et enfermer dans un joli flacon d argent.

Je rends cette justice à mon bataillon que partout où nous avons logé, les fermiers ont été satisfaits de nous. Nous n'avons qu'un tort à leurs yeux : nous avons relevé les Hindous... Or les villageois placent les Hindous à cent piques audessus de toute autre division. Ils ne se consolent pas d'avoir perdu ces grands diables noirs, dont leurs enfants raffolaient — non pas les Gourkbas, qui sont des manières de Cbinois aux yeux cq amande, au visage jaune et rond — mais les Sigbs, au grand turban, aux traits fins, à la peau de bronze, aux yeux étonnés, au caractère très doux, très souriant, très complaisant, un peu mou.

En ce moment, j'entends qu'on barnaclie les cbevaux; et nous allons, pour la centième fois, nous mettre en route vers les mêmes trancbées, parle même cbemin.

Vendredi 31 mars. — Une fois de plus, je suis revenu sain et sauf : ce dont je ne suis pas mécontent. Voici les cboses que je vois et entends cbaque jour durant ma petite expédition.

Le chemin contourne d'abord l'église, dont les ruines sont déjà tachées de mousse, et dont le cimetière bouleversé laisse voir, au fond des trous où l'eau croupit, des bouts de squelette. On dit encore la messe dans cette désolation, parce qu'on la dit n'importe oii, même en plein air, même dans des chambres misérables, où les peignes, savons et habits, traînent sur le lit qui n'est pas fait. La Providence n'épargne pas (sur terre) les paroisses où l'on pririt le mieux. Mais la piété des fidèles survit à l'autel démoli. Ils ont construit un refuge au saint Sacrement, une hutte en terre sèche et en chaume, comme toutes les maisons des pauvres en cette région, propre, étroite, assez vaste cependant pour le petit nombre d'habitants qui restent encore. La plupart, surtout les riches, ont définitivement émigré. Quelques-uns s'en vont et reviennent selon les accalmies, et le village, morne et désert, redevient vivant. Dans les maisons abandonnées et qui s'effritent, des réfugiés se sont installés : pauvres femmes sans foyer, sans argent, sans meubles, séparées de leurs maris et de leurs grands garçons que l'armée, la mort ou les Allemands retiennent au loin; pas trop bien vues de leurs voisins, pour qui elles sont très étrangères, soupçonnées par les autorités, elles essayent d'ouvrir sans patente une petite boutique, vendent aux soldats du chocolat, des bagues, de la brillantine et des œufs — pleurent en cachette, et guettent le

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facteur. On les voyait jadis, et on en voit encore, errer au iiasard des grandes routes, traînant une brouette, leur marmaille, et deux ou trois vaches sauvées de l'incendie... obstinées à demeurer le plus près possible de la terre natale.

Les cabarets sont très achalandés : et c'est un spectacle triste de voir, au milieu des décombres, une échoppe rafistolée tant bien que mal avec du papier, où les lumières sont tamisées par ordre supérieur, où l'on boit, où l'on chante, et où l'on oublie qu'on peut être surpris d'un instant à l'autre par un obus — et le jugement de Dieu. Hélas, les cantonnements ne sont pas des lieux toujours édifiants. La guerre a fait du bien dans les âmes, et du mal; elle avive toutes les énergies, toutes les passions, les plus nobles et les plus viles; l'amour du pays, de la famille, de Dieu, comme aussi l'avarice et la sensualité... A commencer par les marchandes en tout genre, fruitières, mercières, charcutières, qui ne sont pas de méchantes femmes, et (jui ont décolleté leurs filles pour amorcer la clientèle. Mais passons. Dans un groupe de maisonnettes minuscules et toutes semblables, une usine fonctionne encore : charité d'un patron qui fournit auK. ouvrières le logement et le travail ; patron chrétien, comme il y en a tant dans le Nord, rem{)lissaiit admirablement son devoir social.

Les alentours du village sont encon^ cultivés, mais des tombes sont éparses au milieu des sil-

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