‹ Impressions de nature et d'artChapitre 18 sur 55 · PENSÉE D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

PENSÉE D'AUTOMNE

Tout ce qui dcrt en nous trouve un jour son réveil, A l'heure d'espérance ou de mélancolie ; Tout ce qui chante à l'ombre ou rayonne au soleil, Les oiseaux qu'on délaisse et les fleurs qu'on oublie.

Mais quelquefois laissant les beaux jours un à un Éteindre à l'horizon leur clarté douce et rose, Les âmes, bien longtemps, gardent chant et parfum Dans le gosier muet — dans la corolle close.

Pour les unes la vie eut trop de beaux rayons Pour que la fleur d'un rêve y pût vivre ignorée; D'autres ont vu la neige emplir tous les sillons, Oîi leur espoir semait quelque moisson dorée.

Puis la saison passée, et bien loin le printemps, En ces âmes les fleurs et les chansons tardives Éclatent tout à coup; mais ce n'est plus le temps, Les rameaux sont sans force et les voix sont plaintives 1

Une remarque que j'ai faite souvent : il m'est arrivé de prononcer certains mots dans des circonstances presque indifférentes, en leur trouvant tout à coup un échjo résonnant à quelque profondeur perdue de ma mémoire. Ils semblaient redits par moi, bien plus que prononcés. En même temps, un oiseau qui volait, une fleur au parfum connu, le paysage môme qui m'entourait participaient à cette impression de ressouvenir. J'avais vu, entendu , parlé , respiré à cette même place. Puis tout à coup mon esprit perdu dans ces coïncidences, cette revie passagère, retombait au présent, et les éléments de l'illusion, si nets, si clairs tout à l'heure, se détachaient, s'écartaient les uns des autres, sans fil aucun pour les relier. En une minute, j'avais plongé jusqu'à mon plus lointain passé, jusque vers une existence antérieure à jamais oubliée, et ce qui me le fait penser, c'est que cela ne m'est arrivé que dans l'enfance ou l'extrême jeunesse, encore tout près de l'infini.

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