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LE MUR

Un mur haut et large, dont les pierres cimentées s'unissent sans air ni jour, opaque, solide, nouvellement bâti ; dans l'ombre de la petite cour, il se dresse comme un mur de prison, sans rien trahir de la vie active, souriante ou pénible de la demeure qu'il ferme. Du coté du soleil, tout ce silence s'écarte en fenêtres ouvertes, se brise' aux chansons du dehors; la pluie tombe en criblant des vitres, et les logis font déborder leurs vies sur les balcons saillants; des oiseaux chantent, des fleurs s'ouvrent, des enfants curieux s'ébouriffent à regarder dans la rue; comme des voiles immobiles, les stores sont tendus et la maison paraît plus légère du vent qui gonfle ces toiles à rayures Du le jour se colore en s'atténuant.

Le regard fin des persiennes, où le soleil glisse comme entre des rangées de cils baissés; la diversité des croisées, où un rideau se joint pour le sommeil, tandis qu'un autre se relève sous une main active ou curieuse, font vivre la façade de la

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vie de tous les êtres qui y cherchent le soleil et le jour. Mais qui dira la tristesse de ce mur inexorable dont les pierres sont si serrées qu'une herbe verte ne saurait y pousser? La pluie l'inonde sans l'amollir, la neige y glisse sans obstacle; il est aveugle et muet, condamné au silence et à l'ombre. Et voilà pourquoi je voudrais que les marteaux des démolisseurs ouvrissent de grandes brèches dans cette épaisseur mystérieuse, pour voir ce que vous cachez de ce côté du Nord, maisons heureuses tournées vers le grand soleil, maisons chantantes et fleuries, et si c'est un écho de vos joies ou le goufl're de toutes vos douleurs, l'abri sombre où, loin du jour qui les aveugle, les oiseaux de nuit, sans voix ni regards, ont établi leur retraite.

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