TH. DE BANVILLE
Les Princesses et les Exilés.
M. Th. de Banville a réuni dans le petit format Lemerre les Princesses et les Exilés, deux de ses œuvres récentes, et il y a plaisir à retrouver dans le bijou de l'édition des pièces aussi ardemment ciselées, d'une forme aussi sûre, aussi parfaite. C'est une poésie chaude, brillante, endiamantée, dont le lyrisme s'exalte en merveilleux langage ; tous les profils tracés par le poète sont sur émail, trop bien fixés pour pleurer jamais ou sourire autrement que du sourire antique des jeunes dieux qui élargit l'œil sans lui laisser un pli, et entr'ouvre la bouche à la mesure arquée de ses lignes. Les Exilés renferment peut-être les plus beaux vers de M. de Banville, des vers larges, imagés, couleur d'apothéose; mais que les Princesses sont charmantes, étincelantes de pierreries, de séductions ! Qu'elles s'appellent Lucrèce Borgia, la princesse Borghèse, la reine de Saba, Sémiramis, Hérodiade, c'est le môme éblouissement. Ces sonnets ressemblent à des tapisseries anciennes, où sont tissées, dans un cadre tout orné d'attributs mêlés de feuillages exotiques, des nobles dames et des déesses. Chaque point a la saillie d'une perle; et pourtant
les couleurs se fondent si bien, brillent si finement, que les yeux des femmes, leurs mains roses resplendissent encore parmi ces magnificences qui leur prêtent seulement le feu d'un rayon, la caresse d'un reflet. Rien de plus lumineux, rien de plus doux. Nous citerons un seul de ces sonnets délicieux : la Reine de SaM :
La reine Nicosis, portant des pierreries, A pour parure un calme et merveilleux concert D'étoffes, où l'éclair d'un flot d'astres se perd Dans les lacs de lumière et les flammes fleuries. Son vêtement tremblant chargé d'orfèvreries Est fait d'un tissu rare et sur la pourpre ouvert, Où l'or éblouissant, tour à four rouge et vert. Sert de fond méprisable aux riches broderies. Elle a de lourds pendants d'oreilles, copiés Sur les feux du soleil du ciel, et, sur ses pieds. Mille escarboucles font pâlir le jour livide. Et ficre dans l'éclat vermeil de ses habits, Sur les genoux du roi Salomon elle vide Un vase de saphir, d'où tombent des rubis.