‹ Impressions de nature et d'artChapitre 48 sur 55 · SAINT-CYR DE RAYSSAC · texte numérisé non relu

SAINT-CYR DE RAYSSAC

Nous ne savons si nos lecteurs ont gardé le souvenir de Saint-Cyr de Rayssac, connu seulement, croyons-nous, par quelques poèmes insérés dans le dernier recueil du Parnasse. Une préface intéressante de M, Hippolyte Babou nous initie à l'existence intime de ce poète mort à trente-cinq ans, et dont le volume, récemment publié, donne le regret que procurent les choses arrêtées, interrompues, sinon terminées. En vain, le lecteur se demandet-il ce que deviendront cet enthousiasme, la belle

illusion jetée sur toute l'œuvre comme le linceul même d'une muse disparue : rien ne suivra. Et c'est ce qui fait le caractère de ce livre posthume ; il conservera toujours pour la postérité l'âge heureux de son auteur sans que des pages assombries et plus mûres soient venues démentir les précédentes. Le talent de Saint-Cyrde Rayssac, hésitant parfois, imprégné de lectures, se fût résumé, selon nous, dans des productions purement artistiques ; la faculté descriptive y est très développée, la forme bien resserrée dans le contour du vers. Le sonnet du Génie funèbre égale tout ce qui a été fait de plus beau dans ce genre.

De ses flancs onduleux quand j'ai vu la blancheur, Quand j'ai vu ses deux bras relevés sur sa tète Comme au sommet vermeil d'une amphore de Crète Les deux anses du bord qui s'élèvent en chœur, 0 mort des anciens jours, j'ai compris la douceur. Le charme évanoui de ton œuvre muette. Lorsque insensiblement tu couvrais de pâleur Un profil corinthien de vierge ou de poète.

Le calme transpirait sur le front déserté, Du sourire perdu la grâce était plus molle. Tout le corps endormi flottait en liberté.

On eût dit une fleur qUi distend sa corolle. Tandis que de sa bouche une abeille s'envole, Emportant ses parfums et non pas sa beauté*

ROBERT LE MirîlHY

Un volume nous arrive de province qui donne la meilleure idée d'une décentralisation littéraire. Imprimé, publié au Havre, il fait connaître un nom nouveau. M. Robert Le Minihy s'inspire des meilleurs modèles, de Théodore de Banville surtout, c'est-à-dire qu'il soigue à la fois la mesure et la rime. Paysages, Intimités, Fantaisies, Ballades galantes, une quantité de vers, de très bons vers, révèlent une plume habile, des yeux clairvoyants, mais uneimpressionnabilité facile aux réminiscences. Ce qui ajoute à cet effet, ce sont les épigraphes mises en tête d'une quantité de pièces. Cela déroute le lecteur. Et pourquoi cet appel à son attention? Nous savons bien qu'il y a là peut-être une honnêteté d'artiste, le désir de marquer le point de départ, la cause de l'inspiration ; mais est-ce bien utile? En art, on ne peut éviter la redite que dans la forme, tous les sujets ayant été traités. Sully- Prudhomme l'a dit d'une façon exquise :

Ah! frustrés par les anciens hommes, Nous sentons le regret jaloux Qu'ils aient été ce que nous sommes.

Qu'ils aient eu nos cœurs avant nous.

Chaque écrivain peut donc devenir à son tour

l'écho de sentiments exprimés, mais un éciio modulé par des conditions de distance ou d'atmosphère différentes. M. Le Minihy de La Villehervé a eu parfois le bonheur de rencontrer cette note originale par sa résonance.

Ce soir, avril charmant sourit parmi les branches ;

Le vieux musicien, guitariste savant,

Essaye une sonate indécise, en rêvant

Parmi les fleurs, aux mois des joyeuses revanches.

Quel cadre à ce tableau, des lilas, des pervenches, Ce qui parle d'amour et de rêve fervent ! Plus loin, des marronniers au feuillage mouvant Ainsi que des flarabeauxdressent leurs grappesblapches.

Le rossignol n'a pas encor chanté. Veut-il Ne pas troubler l'artiste en son dessin subtil D'accords mélodieux et d'exquise harmonie?

Peut-être ! mais voici que des lointains berceaux S'effarent tout à coup mille chansons d'oiseaux. Et le maître écoutant, dit : Ils ont du génie!

Notre critique portera seulement sur les ballades de la fin. S'il est curieux de voir ressusciter une forme perdue par un poète tel que M. de Banville, le même intérêt ne peut accueillir les essais un peu faibles où M. de La Villehervé a dépensé beaucoup de verve et de recherches ; mais au prix d'une foule

de vers inutiles, arrivant pour les nécessités d'un genre, et dont quelques-uns défilent tristes et ternes, ainsi que des machinistes dans un ballet de féerie. Et puis le choix n'est pas très varié des sujets propres à ces fantaisies. Combien nous aimons mieux les premiers sonnets dont les restrictions maintiennent le poète dans une manière concise qui donne les meilleurs résultats.

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