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1U IMPRESSIONS DE TDÉATRE.
ligny Tiennent s'y réfugier entre deux valses. J'ai tâché que leur c scène d amour » fût bien d'aujourd'hui, que ce fât bien la dernière conversation, avant celle qu'on nomme « criminelle v, entre un gentilhomme-clown tout à fait dénué d'illusions et une petite femme qui, sans savoir très au juste ce que c'est que positivisme, darwinisme, lutte pour la vie, etc., vit cependant dans une atmosphère morale tout imprégnée de ces idées-là, en soupçonne quelque chose et les traduit en une sèche ironie qui lui est naturelle ; bref, une sorte de Froufrou « cérébrale » et pessimiste. — Leur conversation est dérangée par M"* de Voves et par André. Celui-ci, déjà troublé par des demi-confidences involontaires où Rousseau lui a laissé entrevoir combien il souffre de la froideur d'Hélène, s'élève violemment contre la jeune femme et finit par dire à M™' de Voves : « Tenez, c'est une fille ! Comme sa mère apparemment ! » Puis il l'interroge sur cette mère inconnue qui a si vilainement abandonné son enfant ; il la presse de questions : tant que M™« de Voves, suppliciée par cet interrogatoire, comprenant aussi que, toute seule, elle ne peut rien pour sauver Hélène, fait enfin à André, par un détour transparent, l'aveu de sa maternité secrète... Lorsqu'il a compris : « Ma mère, dit-il, que vaulez-vous que je fasse ? — Veille sur Hélène, c'est ton devoir. » — Là-dessus, et tandis que Rousseau, rompu de fatigue, emmène Hélène, André aborde Brétigny, le supplie «de ne pas
devenir ramant de M"® Rousseau », L'autre se récrie et raille ; André cherche en vain à se contenir ; il sent la colère lui monter aux lèvres.. . et Ja scène se termine par une provocation...
Troisième acte : chez Pierre Rousseau. Hélène s'ennuie. Elle consent dans son cœur à la faute : « ... Qu'est-ce qui m'arrête ? Je ne crois à rien, oh! mon Dieu ! non, à rien I » — Rousseau rentre accompagné d'André qui, avant de se battre pour son ami, a éprouvé le besoin de le revoir. Cette fois, Rousseau fait l'entière confession de sa souffrance. Alors, André : t Ce que tu me dis là, dis-lelui I II le faut. Promets-le-moi. » — Et, en effet, le pauvre Pierre essaye de reprendre la railleuse et fuyante petite femme en lui ouvrant son cœur jusqu'au fond. Il est touchant, il est éloquent (du moins j'ai voulu qu''ille fût), mais il est maladroit, ou plutôt il n'y a rien à faire, car elle ne songe qu'à «Vautre », et Pierre conclut l'entretien (qu'estvenu interrompre le rappel brutal du métier, l'élève qui attend pour sa o répétition ») par des , paroles de menace. « Ah ! dit Hélène, c'est comme ça I • Et elle écrit à Brétigny pour accepter son rendez-vous. — M™® de Yoves entre à ce moment-là; elle a vu le mouvement d'Hélène cachant le billet qu'elle vient d'écrire et, après avoir bien constaté que tous les conseils seront inutiles, elle risque, si je puis dire, sonva-lout, elle prend le billet et le déchire: « Mais, Madame... — Ecoutez-moi, il le faut. Mon fils se
bat avec Bréligny à cause de vous. » Hélène proteste violemment contre cette intrusion d'André. « A quel litre ? demande-t-elle avec colère. — A quel titre ? Tu veux le savoir ? Il se bat pour toi parce qu'il est ton frère, malheureuse ! » Et M"® de Voves lui ouvre ses bras, et Hélène ne s'y jette point : « Ma mère ?.... Non, rien ! » Le souvenir de son enfance abandonnée lui revient : «... Vous m'avez aimée de si loin I... Dieu 1 que j'ai été malheureuse dans ce couvent ! » Sa mère la supplie de ne pas revoir M. de Brétigny ; elle ne veut rien promettre : « Oublions tout... Ne vous croyez pas de si terribles devoirs envers moi. Je ne vous rends responsable de rien, ni dans le passé, — ni dans l'avenir. »
Ce n'est pas, assurément, que ce soit une grande hardiesse, ni une idée bien originale que ce silence de la vieille « voix du sang ». Mais enfin nous comptions un peu sur celte scène, M. Porel et moi. Je croyais qu'Hélène, par la douleur même qu'elle sent de ne pouvoir rien sentir et par l'aveu qu'elle en fait, inspirerait quelque pitié et quelque sympathie. Or, je dois l'avouer, l'efTet de cette scène a élé moindre que celui des précédentes. C'est évidemment la faute de l'auteur. Il se peut d'abord que la scène soit trop longueetque,en supposant qu'elle soit hardie (oh ! il ne s'agit là que d'une audace de théâtre et dont l'idée est à la portée de tout le monde), cette hardiesse soit trop expliquée, trop
« phrasée » par les personnages et qu'ils aient trop l'air d'en avoir conscience. Ou bien, peut-être l'effet de ce second aveu se troave-t-il escompté par le premier (celui que M™« de Voves a déjà fait à son fils). Dans ma pensée, les deux aveux étaient nécessaires pour que l'expiation de la mère fût complète, elje pensais d'ailleurs que la forme en était aussi différente que possible, l'un étant indirect et presque involontaire, l'autre étant volontaire, jeté bien en face, avec une énergie désespérée. Mais il se peut que je me sois trompé. Je dis : « il se peut » ; je dirais que j'en suis sûr si un certain nombre de personnes intelligentes, et dont je n'ai aucune raison de me défier, ne m'assuraient que la scène leur a plu telle qu'elle est.
Je me souviens cependant que, lorsque M. Dumas eulla bonté d'écouter, il y a deux ans, la lecture de mon manuscrit, iteie dit très nettement : « Trop d'aveux î II n'en faut qu'un. — Et à qui doit-il être fait ? Au fils ou à la fille ? — Au fils. Et la mère doit faire cet aveu carrément, d'elle-même, sans être interrogée, et dès qu'elle reconnaît que le seul moyen de sauver l'enfant adultérine est de la mettre sous la protection de son frère. Et qu'André aille trouver cette petite malheureuse, et qu'il lui parle de haut... Les femmes sont des enfants malades et vicieux. Il faut les brutaliser pour leur bien ! Qu'Hélène sente un homme, un homme plus fort qu'elle, un homme chaste contre qui elle ne peut rien... —
Et faut-il qu'André provoque Brétigny ? — Peutêtre. — Et, dans ce cas, faut-il qu André meure? — Il n'y a pas de doute là-dessus. La mort de Tenfant légitime sera le châtiment providentiel de la mère adultère. • Ainsi parlait, ou à peu près (si j'ai bonne mémoire), l'illustre écrivain, imaginant à mesure, et sans plus se soucier du mien, un drame que lui seul était capable de faire.
Ainsi le premier moyen de remédier à Finfirmité de mon œuvre serait de supprimer l'aveu de la mère à la fille. Un autre moyen serait de supprimer, au contraire, la confession de la mère au fils. André devinerait tout seul, à certains indices, le secret de sa mère. (Seulement ces indices, ce serait toute une affaire de les imaginer, puis de les disposer avec vraisemblance, de façon qu'André pût les réunir et que leur assemblage lui fût une révélation. Je laisse cela à déplus habiles que moi.) Donc André, après avoir traité Hélène fort durement, changerait de manières quand il saurait ce qu'elle lui est ; et c'est à ce changement même que M""" de Voves devinerait qu'il sait tout... Cette idée-là est de M. Henry Lavoix qui lut Révoltée quand je la présentai à la Comédie-Française, et qui la jugea avec une sévérité extrême. Chose bizarre I je ne lui en veux point de cette sévérité, parce que la pièce a à peu près réussi, et je sens que je lui en voudrais un peu si elle avait échoué, c'est-à-dire s'il avait eu raison. Ce devrait être le contraire, et
"RÉVOLTÉE. lU
mon sentiment est absurde ; mais il est humain.
Enfin, il faut que je vous rapporte l'opinion de M. Ludovic Halévy. Il fut charmant, lui, très doux et très clairvoyant à la fois, et il me donna les meil leurs conseils. Mais il ne cessait de me répéter: « Ce sujet estbien pénible... Ah! qu'il est péniblel... Et puis, pourquoi est-ce André qui reçoit un mauvais coup à la fin ? C'est triste, et ça n'est pas utile. — Mais il faut que la mère coupable soit châtiée. — Oh I elle l'est bien assez. Non, voyez-vous, il faut égayer, éclair cir tout cela, y mettre un peu d'aisance et de sourire... Voyons !... si vous supposiez que Brétigny a un petit frère qui suit les cours de Gondorcet, et à qui Rousseau donne des leçons... — Toto, alors? — Toto, si vous voulez... Enfin, quelque chose qui nous détende... » Et moi, docile, j'ajoutai Toto, et je remis la pièce en trois actes, — avec un dénouement gai. Et je m'aperçus qu'elle valait un peu moins qu'auparavant. Si vous êtes au peu badauds et curieux d'inutilités, je puis vous transcrire une des scènes où figurait Toto, c'est-àdire le petit Georges de Brétigny, frère de Jacques. Il venait chez Rousseau pour prendre sa leçon, et là il rencontrait André de Voves.
ANDRÉ : Eh bien, Georges, es-tu content de ton professeur ?
GEORGES - Oui, il est très fort. 0^ le cote beaucoup au bahut Et puis, c'est un brave homme Par exemple, iln^est pas gai. Mais çanem'étcnnepas.
ANDRÉ : Ah ! tu sais pourquoi ?
GEORGES : Dame 1 II a une femme trop chic pour lui, une femme qui s'embête. Je connais ça. On appelle ça la névrose aujourd'hui. Jacques ne demanderait pas mieux que de la désennuyer. Moi, je viens ici pour prendre des leçons ; il voudrait bien en donner, lui I
ANDRÉ : C'est de toi, ce mot-là ?
GEORGES : Non, c'est de Jacques. Je lui rends de rudes services, allez, à Jacques ! D'abord, il me remet toujours pour la patronne des billets de théâtre et des billets pour tous les endroits où on s'amuse. Et puis, comme ma leçon tombe le jour où elle reçoit, je prête Toreille et, quand il n*y a pas de visites, sans faire semblant de rien, je relève le rideau de la fenêtre dans le cabinet du père Rousseau. C'est pour indiquer à Jacques, qui est dans la rue, que la patronne est seule et qu'il peut monter. Vous voyez comme c'est simple.
ANDRÉ : Tu fais là un joli métier !
GEORGES : Ben, quoi ! Puisqu'elle s'embête et que le père Rousseau ne se doute de rien ! C'est pas du tout contre lui, tout ça. Et puis, moi je fais tout ce que veut Jacques.
ANDRÉ : Tu l'admires beaucoup, ton grand frère ?
GEORGES : Ah ! oui, que je le cote ! Connaissezvous quelqu'un de plus chic que lui, vous ? Moi pas. Quand je serai libre...
AXDRÉ : Eh bien ?
GEORGES : On me force à préparer Saint-Cyr ; mais je le raterai, ça ne sera pas difficile. Et alors je vivrai comme Jacques. C'est la vraie vie, ça.
ANDRÉ : Mais, petit malheureux... Non, continue, lu m'intéresses,
GEORGES : Oh ! vous, je sais, vous êtes vieux jeu. Mais il n'y en a guère de comme vous, allez ! Qu'estce que vous voulez qu'on fasse dans cette fin de siècle, comme dit Jacques ? On ne gobe plus. On voudrait gober qu'on ne pourrait pas.
ANDRÉ : Et as-tu déjà débuté î
GEORGES: Je fais ce que je peux... Ainsi je suis très bien avec M™» de Crécy. C'est Jacques qui m'a fait faire sa connaissance.
ANDRÉ : La grosse Liline ? Mais, petit malheureux, respecte au moins la vieillesse î Elle a mouclié ton frère, Liline. Elle pourrait être ta grand'mère.
GEORGES (vexé; : Je vonà demande pardon. Je la connais mieux que vous peut-être ! M^= de Crécy n'a qae vingt-huit ans.
ANDRÉ : Ta dis ?
GEORGES : Vingt-hait ans. .. et trois mois. Elle me l'a prouvé. Ainsi !.- D'aillears, cest une femme absolament distinguée.
A^DRÉ : Allons, Monsieur Georges, vous vous vantiez- Vous gobez encore un peu. Et dire qae celte illusion sor Liline est peut-être ce qui reîle de meilleur co. vous !..«
J'arrive au dernier acte. Il fallait finir, et i m'embarrassait beaucoup. Le dénouement née saire me paraissait être lamort d* André. Ce déno ment pouvait avoir une couleur mystique : la ni( expiait, par le sang versé de son fils légitime, crime d'avoir abandonné son autre enfant... Me cela était bien dur. Il eût fallu, pour imposer i public un pareil dénouement, une force tragiqi que je n'ai point. J'étais déjà assez ennuyé d'avo été obligé de fourrer un duel dans ma premier pièce l
On m'a dit aussi qu'il fallait laisser Hélène impé nitente... Mais, dans ma pensée. Hélène n'est point méchante ni odieuse. Sa « révolte » est justifiée ; et, comme elle est intelligente et capable de s'insurger, finalement, non plus contre sa destinée personnelle, mais, par delà, contre le monde mauvais, il s'en suit que cette révolte, où il y a du moins un petit germe de philosophie, peut, après certaines épreuves, se tourner en résignation. Bref, Hélène^ ayant en somme l'âme fîère, est guérissable, — guérissable par la vie et sous le heurt de quelque profonde émotion r et elle guérira, soyez-en sûrs, le jour où elle sentira clairement qu'elle fait souffrir autant et plus qu'elle a souffert elle-même. Seulement, il faut pour cela qu'elle soit très fortement secouée, comme projetée hors de son être habituel et subitement élevée, par la pitié d'une douleur pire que la sienne, à une vision neuve et plus générale
des choses. La Mais voilà : je SQfair&monrîr
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cherchant un refuge dans sa détresse. Mais son refuge naturel, c'est encore son mari : « Pierre
elle me repousse ! Pierre, je t'en prie !...• — Non, Hélène, j'ai le cœur trop gros, et vous m'avez fait trop de mal. » A ce moment le blessé l'appelle ; elle se jette sur la main qu'il lui tend, et il la réconcilie avec son mari et sa mère : « Je vous l'ai rendue à tous deux ; je suis content. »
Vous voyez que ce dernier acte est fort médiocre... Maintenant j'en conçois un autre meilleur, — et où pourtant André ne mourrait-point... Mais il est trop tard.
On a trouvé la pièce fort bien jouée. Je remercie publiquement mes interprètes, tous ensemble et sans entrer dans le détail de leurs mérites respectifs. Car, si leurs talents sont peut-être un peu inégaux, je leur dois à tous une reconnaissance égale.
On dit souvent du mal des journalistes et des hommes de lettres ; on prétend que nous ne nous aimons guère entre nous, que nous ne sommes ni tout à fait désintéressés, ni exempts de tout mauvais sentiment. Or, outre ceux qui sont mes amis et qui m'ont jugé avec une sympathie que je leur rends, la plupart m'ont jugé avec une loyauté parfaîte, et dans un esprit de justice qui fait honneur, il me semble, à notre corporation. Est-ce que, par hasard, tout compte fait, nous vaudrions encore mieux que les bourgeois ? Je remercie donc presque tous mes confrères, et du fond du cœur.
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celte jolie expression à M. Anatole France qui, je dois le dire, ne rapplique pas à Molière.) Pour VsLuieur de V Ecole des femmeSy Y aLmonr ne convient qu'à la jeunesse ; et la jeunesse est courte. Selon lui, elle finit pour les hommes bien avant quarante ans (Arnolphe en a quarante-trois). Il s'ensuit que, pour les femmes, elle ne doit guère survivre à la trentaine. Donc Arnolphe est souverainement ridicule d'aimer Agnès, Arsinoé d'aimer Alceste et Bélise d'aimer Clitandre. Je sais bien que Molière se mit lui-même dans le cas d'Arnolphe. Aussi se jugeait-il stupide. Et puis, c'était sans doute une punition d'en haut.
Mais voici un premier progrès : pour Corneille, non seulement les hommes mûrs, mais les vieillards amoureux ne prêtent pas nécessairement à rire. Ecoulez, dans Pulchérie, le vieux sénateur Martîan, amoureux de l'impératrice. 11 y a dans ses propos une sincérité de douleur et une âpreté d'accent à laquelle je ne vois rien d'égal, même dans le rôle de don Ruy Gomez d'Hernani :
Ce n'est point à mon âge à soupirer d'amour.,^ L'amour à mes pareils n'est jamais excusable ; Pour peu qu'on s'examine, on s'en tient méprisable ; On s'en hait, et ce mal, qu'on n'ose découvrir, Fait encor plus de peine à cacher qu'à souffrir...
Que le moindre retour vers nos belles années Jette alors d'amertume en nos âmes gênées I