‹ Impressions de théatreChapitre 16 sur 27 · A L'ACADEMIE · texte numérisé non relu

A L'ACADEMIE

à Saint-Point, près de sa fille : « Mais, ajoute-t-il, l'auteur de VArt d'être grand-père, qui mettait quelquefois de l'art où il n'en fallait pas, a oublié de dire, dans ce beau livre, qu'il voulait reposer auprès de ceux qui l'avaient aimé. » Et d'autres phrases jaillissent, qui jugent l'écrivain : « Ce qui est fait pour

le bruit est fait pour le vent. » « A mon avis, à mon avis seulement, quoi qu'il fit, même à son insu, Victor Hugo ne sortait jamais de la légende. » Ce pourrait être un éloge dans la bouche d'un autre, mais dans celle de l'auteur d'une Visite de noces! Il ne pouvait dire plus clairement: « Certes je l'admire; il m'éblouit, il m'étonne; mais il ne me prend pas. Son œil n'est pas le mien, sa pensée n'est pas la mienne. Il n'est pour moi qu'un magnifique étranger. »

Voulez-vous maintenant, en deux mots, le résumé des deux discours? Voici celui de M. Leconte de Liste : « Messieurs, Victor Hugo est plus grand que moi. Mais, que voulez-vous? la Légende des siècles n'est pas aussi parfaite que les Poèmes barbares. » Et voici celui de M. Dumas : « Monsieur, je vous estime, mais je ne vous comprends guère. Et quant à Victor Hugo, mon père a fait avant lui des drames romantiques. Le reste de son œuvre est prodigieux; mais que voulez-vous? ça ne me dit pas grand'chose. » En somme, l'amour a été absent de cette glorification du plus grand assembleur de mots de ce siècle et de tous les siècles. Il m'a semblé que le seul sentiment qu'éveillaient son œuvre et sa mémoire, c'était l'admiration, ou, pour

mieux dire, la stupéfaction. De tendresse, point. Pourquoi? Je crois que M. Dumas a répondu d'avance. Ainsi ont conversé deux esprits, qui ne s'entendaient pas, sur un homme de génie qu'ils n'aiment guère. Tout créateur n'aime et ne comprend bien que son œuvre propre. Je félicite et je plains en même temps celui qui, aimant à la fois Leconte de Lisle et Dumas, comprendrait pourquoi ils se comprennent si mal. Car celui-là ne serait qu'un critique, c'est-àdire peu de chose.

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