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PANTOMIME

Orphée, drame antique en quatre actes et en vers, par M. Charles Grandmougin. — Le Retour d'Arlequin, pantomime en un acte, par Raoul de JNajac (chez Hennuyer). — Pierrot assassin de sa femmet pantomime en un acte, par M. Paul Margueritte (chez Galmann Lévy).

23 mai 1887.

« Mon Orphée est un philosophe humanitaire dont la vie est traversée par un grand amour. Après la perte de l'être cher, tous les problèmes sociaux disparaissent pour lui. Il cherche l'oubli dans la religion. Vainement : la mauvaise foi des prêtres du temple d'Apollon où il s'est réfugié, achève de rendre son cœur plus amer et son esprit plus noir. Il sort donc de ce temple, forcément du reste et en secret, à la suite de violentes péripéties. Je ne le fais pas descendre aux Enfers pour retrouver Eurydice; me conformant aux réalités physiologiques, je lui montre, dans un rêve, après une série de tentations et d'épreuves, celle qu'il adore éperdument.

« Son réveil a ravivé sa douleur. Las de pleurer, il constate l'inanité de son désespoir et résout de se détruire (pourquoi pas de « se périr »?); mais il veut au moins que s'a fin soit profitable à l'humanité, et il s'offre pour aller égorger un tyran barbare, cherchant ainsi sa propre mort dans un utile dévouement. »

Voilà ce que développe M. Grandinougin dans son drame antique, joué l'autre samedi, à la salle Duprez, par une troupe d'amateurs et d'élèves du Conservatoire. J'avoue que je ne vois pas bien Orphée préoccupé de « problèmes sociaux »; mais l'anachronisme qui me choque ici n'est peut-être, après tout, que dans les mots. Au reste, nous avons bien le droit de faire de la mythologie ce que nous voulons, et de donner à cette vaste matière plastique la forme de nos idées ou de nos rêves. Va donc pour un Orphée ennemi des rois et des prêtres, assassin et nihihste. Le malheur, c'est que le théâtre ne peut guère se passer d'action; que l'Orphée de M. Grandmougin (sauf au dernier acte) est trop immobile et trop égal dans son désespoir, et que sans doute il nous déclame de fort beaux vers, mais que cela dure un peu longtemps. Les beaux vers lyriques, je les adore à condition qu'on me les laisse lire tranquillement, avec le droit de m'arrêter en chemin. Je n'aime pas beaucoup qu'on me les récite : jugez si on me les récite mal, — et pendant trois heures d'horloge !

Enfin, M. Grandmougin n'aura pas perdu son temps ni sa peine, si quelques-uns des spectateurs ont,

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