ALPHONSE DAUDET
Gymnase : Scipho, pièce en cinq actes, par MM. Alphonse Daudet et xVdolplie Belot.
21 décembre t8So.
C'est aussi « la bête » qui est au fond de Saplw. Mais ici le cas est connu : nous pouvons le voir tout autour de nous; peut-être même l'apportons-nous au théâtre avec nous. C'est la vieille aventure de la chair, l'aventure des pauvres amants liés par le désir, puis par l'habitude, et qui veulent rompre leur lien et qui ne peuvent pas ; de Thomme qui sent que sa dignité, son honneur, ses meilleurs sentiments, tout s'en va, tout fond dans la lâcheté de cette servitude charnelle; et de la fille qui s'attache, qui s'accroche désespérément et qui ne veut pas être quittée, car c'est peutêtre son dernier amour, — jusqu'au suivant : tout cela avec de la honte, de la colère, du dégoût et des larmes, et de la folie et de la mélancolie et de la pitié. Sapho^ c'est simplement l'histoire de ce qu'on a appelé brutalement un « collage », dans des condi-
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lions de vérité qu'on n'avait pas encore vues au théâtre. Si l'on mesure la distance entre la Dame aux camélias et Sapho, en passant par Dalila et par les Faux Ménages, si l'on considère à quel point la pièce de Daudet diffère de ces drames et pour le sentiment et pour l'exécution, on pensera qu'elle pourrait bien marquer une date importante dans l'histoire de l'art dramatique.
Voici le résumé de l'action. M. Alphonse Daudet a sans doute simplifié (il le fallait bien) son merveilleux roman; mais il ne l'a point atténué ni « expurgé » autant qu'on l'avait prétendu.
Au premier acte, la tante Divonne et l'oncle Césaire sont venus retirer du couvent la petite cousine Irène et installer Jean Gaussin dans son petit appartement. A peine sont-ils partis, Sapho arrive, qui le guette depuis longtemps. Elle le caresse, le grise, l'enveloppe; et elle reste, pour jouer avec lui au ménage... Un an après, dans une guinguette de Ville-d'Avray, Gaussin apprend le passé de Sapho. Il aurait bien dû s'en douter; mais ce grand garçon est resté naïf II rompt, et revient presque aussitôt. Puis nous sommes à Chaville, en plein ménage. Sapho a pris avec elle l'enfant de Flamant, le graveur, qui est en prison parce qu'il a fait de faux billets pour elle. Gaussin est jaloux de Flamant; nouvelle rupture, cruelle, brutale, avec des injures et des mots affreux. Au quatrième acte, Gaussin est au Castelet, où il s'est mis à aimer la petite Irène, Sapho vient l'y relancer.