NEUVIÈME SYSTÈME
Celui-ci est notre contemporain et date de 1857. Il a été émis par notre confrère le Bibliophile P.-L. Jacob. Selon lui, l'homme au masque de fer ne serait autre que le malheureux Fouquet, qui, profitant des adoucissemens donnés à sa prison pour exécuter une tentative d'évasion, aurait été puni de cette tentative par la nouvelle de sa mort officiellement répandue, et par Fapplication de cette ingénieuse mar chine, dont l’invention, dans ce cas encore, appartiendrait au grand roi.
Comme le livre dans lequel notre ami a développé ce nouveau système est dans les mains de tout le monde, nous y renvoyons pour plus amples détails.
Il y à encore deux autres petits systèmes. Fun ferait du masque de fer le patriarche Arwedicks, enlevé, selon le mauuscrit de monsieur de Bonac, pendant l'ambassade de mon-
sieur de Féréol à Constantinople; l’autre serait un malheureux écolier puni par les jésuites d’un distique latin fait contre leur ordre, et auquel, sur la recommandation de ces bons pères, Louis XIV aurait bien voulu servir de geôlier et de bourreau.
Ajoutons, pour dernier système, celui qui consiste à ne croire à rien et à dire que le masque de fer n’a jamais existé.
Maintenant, après les conjectures, voici les certitudes :
Ce fut dans l'intervalle du 2 mars 4680 au 4er septembre 1681, que l'homme au masque de fer parut à Pignerol, d’où il fut transporté à Exilles, lorsque monsieur de Saint-Mars passa de cette première forteresse à la seconde. Il y resta six ans ; et monsieur de Saint-Mars, ayant eu en 4687 le gouvernement des îles Sainte-Marguerile, s’y fit suivre par son prisonnier, dont il était condamné lui-même à rester l'ombre. En arrivant dans ces iles, Saint-Mars écrivit à monsieur de Louvois, le 20 janvier 4687 : « Je donnerai si bien mes ordres pour la garde de mon prisonnier, que je puis vous en répondre pour son entière sûreté. »
En effet,-ce bon monsieur de Saint-Mars avait fait exécuter tout exprès pour lui une prison modèle. Cette prison, selon Piganiol de la Force, n’était éclairée que par une seule fenêtre regardant la mer, et ouverte à quinze pieds au-dessus du chemin de ronde. Cette fenêtre, outre les premiers barreaux, était défendue par trois grilles de fer placées entre les soldats de garde et le prisonnier.
Aux îles Sainte-Marguerite, monsieur de Saint-Mars entrait rarement dans la chambre de son prisonuier, de peur que quelque indiscret écoutât leur conversation. En conséquence, il se tenait ordinairement sur la porte ouverte, et de cette façon pouvait, tout en causant, voir des deux côlés du corridor si personne ne venait. Un jour au’il causait ainsi, le fils d’un de ses amis, qui était venu pauser quelques jours dans l'ile, cherchant monsieur de Saint-Mars pour lui demander l'autorisation de prendre un bateau qui le conduisit à terre, l'aperçut de loin sur le seuil d'une chambre. Sans doute en ce moment la conversation entre le prisonnier et monsieur de Saint-Mars était des plus animées, car ce der-