‹ Impressions de voyage (volume 2)Chapitre 21 sur 43 · SE SOC SE CT · texte numérisé non relu

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nier n’entendit les pas du jeune homme que lorsqu'il fut près de lui. Il se rejeta en arrière, referma la porte vivement, et demanda tout pâlissant au jeune homme s’il n'avait rien vu ni entendu. Le jeune homme, pour toute réponse, lui démontra que de la place où il était la chose était presque impossible. Alors seulement monsieur de Saint-Mars se remit ; mais il n’en fit pas moins le même jour partir le jeune homme, en écrivant à son père pour lui raconter la cause du renvoi, et ajoutant : « Peu s’en est fallu que cette aventure n'ait coûté cher à votre fils, et je vous le renvoie de peur de quelque nouvelle imprudence. »

Un autre jour, il arriva que le masque de fer, qui était servi en argenterie, écrivit quelques lignes sur un plat, au moyen d’un clou qu'il s'était procuré, et jeta ce plat à travers sa fenêtre et les triples grilles. Un pêcheur trouva ce plat au bord de la mer, et pensant qu'il ne pouvait provenir que de l’argenterie du château, le rapporta au gouverneur.

— Avez-vous lu ce qui est écrit sur ce plat? demanda monsieur de Saint-Mars.

— Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur.

— Quelqu'un l’a-t-il vu entre vos mains ?

— Je l'ai trouvé à l'instant même, et je l’ai apporté à Votre Excellence en le cachant sous ma veste, de peur qu'on ne me prit pour un voleur.

Monsieur de Saint-Mars réfléchit un instant; puis, faisant signe au pêcheur de se retirer :

— Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux a ne pas savoir lire !

L'année suivante, un garçon de chirurgie, qui fit une trouvaille à peu près semblable, fut moins heureux que le pêcheur. Il vit flotter sur l’eau quelque chose de blanc et le ramassa ; c'était une chemise très fine, sur laquelle, à défaut de papier et à l’aide d'un mélange de suie et d’eau et d'un os de poulet taillé en manière de plume, le prisonnrer avait écrit toute son histoire. Monsieur de Saint-Mar; lui fit alors la même question qu'au pêcheur. Le garçon de chirurgie répondit qu'il savait lire, il est vrai, mais que pensant que les lignes tracées sur cette chemise pouvaient renfermer quelque secret d’État, il s'était bien gardé de les lire.

Monsieur de Saint Mars le renvoya d’un air pensif, et le lendemain on trouva le pauvre garçon mort dans son lit.

Vers le même temps, le domestique qui servait l’homme au masque de fer étant trépassé, une pauvre femme se présenta pour le remplacer; mais monsieur de Saint-Mars lui ayant dit qu’il fallait qu'elle partageât éternellement la prison du maitre au service de qui elle allait entrer, et qu’à partir de ce jour elle cessàt de voir son mari et ses enfans, elle refusa de souscrire à de pareilles conditions et se retira.

En 1698, l’ordre arriva à monsieur de Saint-Mars de transférer son prisonnier à la Bastille. On comprend que pour un voyage aussi long les précautions redoublèrent. L'homme au masque de fer fut placé dans une litière qui précédait la voiture de monsieur de Saint-Mars. Cette litière était entourée de plusieurs hommes à cheval qui avaient l’ordre de tirer sur le prisonnier à la moindre tentative qu’il ferait, ou pour parler, ou pour fuir. En passant à sa terre de Palteau, monsieur de Saint-Mars s'arrêta un jour et une nuit. Le dîner eut :ieu dans une salle basse dont les fenêtres donpaient sur la cour. À travers ces fenêtres, on pouvait voir le geôlier et le captif prendre leurs repas. L'honime au masque de fer-tournait le dos aux fenêtres. Il était de grande taille, vêtu de brun, et mangeait avec son masque, duquel s'échappaient par derrière quelques mèches de cheveux blancs. Monsieur de Saint Mars était assis en face de lui, et avait un pistolet de chaque côté de son assiette; un seul valet les servait et fermait la porte à double tour chaque fois qu'il entrait ou qu'il sortait.

Le soir, monsieur de Saint-Mars se fit dresser un lit de camp et coucha en travers de la porte, dans la même chambre que son prisonnier.

Le lendemain on reparlit, et les mêmes précautions furent prises. Les voyageurs arrivèrent à la Bastille le Jeudi 48 septembre 1698, à trois heures de l'après-midi. L'homme au masque de fer fut mis dans la tour de la Bazinière en atten-

dant la nuit ; puis, la nuit venue, monsieur Dujonca le con-

duisit [ui-même dans la troisième chambre de la tour de la Bertaudière, laquelle chambre, dit le journal de monsieur Dujonca, avait été meublée de toutes choses. Le sieur Ro-

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