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CHAPITRE IV

prt0 mx mot pour un autre.

J'arrivai à la ferme de mon père avec la résolution bien arrêtée de mettre à exécution le projet que je viens de vous raconter , lorsque deux événemens inattendus changèrent complètement l'état de mes affaires : mon pauvre père mourut , cl ii m'arriva un oncle des Indes.

100 BIPRESSIOINS DE VOYAGE.

J'avais très-rarement entendu parler de cet oncle , que tout le monde croyait mort depuis long-temps, et qui arriva justement pour fermer les yeux de son frère. Comme il y avait trente ans que mon père et lui s'étaient quittés , sa douleur ne fut pas grande ; quant à moi, j'étais inconsolable. Bien des fois cependant j'avais souffert de l'ignorance de mon père, de la position inférieure qu'il occupait dans la société , et de la mise et des habitudes patriarcales qu'il avait conservées ; mais , ce digne vieillard mort , le côté matériel disparut , et , en face de cette ombre si dévouée et si aimante, tout autre souvenir s'effaça. Je me rappelai alors avec une douleur poignante les moindres sujets de peine que je lui avais donnés, et, chaque fois qu'un nouveau souvenir de ce genre se représentait à ma mémoire, je fondais en larmes. Mon oncle ne comprenait rien à cette douleur exagérée; mais, comme, selon lui , elle était l'indice d'un bon cœur , et qu'il n'avait aucun parent au monde, il

porta sur moi le peu d'affection qu'il était capable de distraire de la somme d'amour qu'il se réservait pour lui-même. Un jour, que j'étais plus triste encore que d'habitude, il m'offrit de faire avec lui une promenade. Je le suivis machinalement ; mais , si préoccupé que je fusse, je le vis cependant prendre la route d'un château distant d'une lieue et demie de notre ferme , et qui était resté, parmi mes souvenirs d'enfance , une espèce de palais de fée, que je voyais toujours resplendissant à travers le voile mouvant des grands arbres qui s'élevaient autour de lui. Arrivé à une petite porte du parc, je vis mon oncle tirer une clef de sa poche et ouvrir cette porte. Je l'arrêtai en lui demandant ce qu'il faisait :

— J'entre, me dit-il.

— Comment ! vous entrez ; mais ce château...

— Est à un de mes amis.

— Mais , mon oncle , m'écriai-jc en devc-

liant cramoisi , mais je ne le connnais pas, votre ami , moi ; je ne suis pas préparé à voir un grand seigneur... Je vous laisse, je m'en vais... je me sauve.

— Allons donc ! allons donc î dit mon oncle en m attrapant par le bras; tu es fou, je crois. Le propriétaire de ce château est un brave homme sans façon, comme moi, qui te recevra à merveille, et dont tu seras content, je l'espère.

— Impossible , mon oncle , impossible. Je vous supplie... mais que faites-vous ? — Mon oncle fermait la porte derrière nous. — Je suis dans un néfïliffé... — Mon oncle mettait la clef dans sa poche. — Et s'il y avait des dames ! mais , j'en mouirais de honte ! — Mon oncle marchait devant en siHlant le Gud save i/ie làng. Force me fut donc de le suivre; mais je sentis mes genoux se dérober sous moi ; le sang me monta à la figure, et je ne vis plus les objets qui m'environnaient qu'à travers un nuage. En arrivant sur le perron,

j'aperçus uu grand monsieur en habit vert resplendissant de broderies, avec d'énormes épaulettes au cou et un sabre au côté. Je le pris pour un général et je le saluai jusqu'à terre. Mon oncle passa devant lui sans se découvrir , me laissant confondu de son impolitesse. Cependant ce monsieur en habit vert ne parut pas blessé de cet oubli ; il se mit à notre suite et entra dans le château avec nous. Dans le vestibule, nous trouvâmes un autre monsieur dont le visage était noir , mais dont le costume oriental était si riche , qu'il me rappela un des trois rois mages qui apportèrent des présens à l'enfant Jésus. Je cherchais déjà dans ma mémoire de quelle manière on abordait les rajahs de l'Inde , et j'allais mettre les genoux en terre et m'incHner en joignant mes deux mains au-dessus de ma tète, lorsque mon oncle ôta sa redingote et la jeta sans façon sur les bras du sectateur de Vichnou. Cette dernière action troubla toutes mes idées : je ne savais pas où j'étais; je vivais

104 IMPRESSIONS DE VOYACE.

mécaniquement ; je croyais faire un rêve. Mon oncle marchait toujours, et je le suivais. Enfin nous arrivâmes à un charmant pavillon , se composant d'un appartement complet de la plus grande élégance.

— Que penses-tu de ce logement? me dit mon oncle.

— Mais, répondis-je tout ébloui, je pense que c'est une demeure royale.

— Ainsi il te convient?

— Comment, mon oncle?

— Tu l'habiterais volontiers, je veux dire.

Je restai sans répondre, la bouche ouverte et la tête complètement perdue. Mon oncle prit naturellement mon silence admiratifpour un consentement.

— Eh bien î continua-t-il en me frappant sur l'épaule, cet appartement est le tien.

— Mais, mon oncle, fis -je, rappelant

toutes mes forces, mais à qui donc est ce château ?

— A moi, pardieu!

— Vous êtes donc riche , mon oncle ?

— J'ai cent mille livres de rentes.

Pour le coup, je sentis que mon cerveau était prêt à sauter; j'appuyai mon front sur le marbre de la cheminée. Quant à mon oncle , enchanté de l'efTet inattendu qu'il avait produit sur moi, il se retira en me disant que, si j'avais besoin de quelque chose, je n'avais qu'à sonner, et que son chasseur et son nègre étaient à mes ordres.

Si je vous ai donné une idée de la timidité de mon caractère , vous pouvez vous représenter ma situation : je restai une demi-heure accablé sous le poids d'un événement aussi imprévu , puis enfin je me levai. Au premier pas que je fis dans la chambre, je vis mon individu reproduit par trois ou quatre glaces immenses; et, je l'avouerai en toute humilité.

plus je le vis, plus je le trouvai indigne d'haiDiter le lieu où il se trouvait. Non seulement ma mise était celle d'un paysan, mais encore, comme malgré mes vingt-un ans je grandissais toujours, mes vêtemens, qui avaient été faits au commencement de l'année précédente, étaient devenus trop courts, mes manches avaient cessé d'être en proportion avec mes bras, et mon pantalon avec mes jambes.

Quant à mon gilet, il laissait, comme un pourpoint d'Alberdurer ou d'Hollen, voir non seulement ma chemise, mais encore les pattes de mes bretelles; tout cela était bien, tout cela était bon, tout cela était naturel, dans la pauvre petite ferme de mon père ; mais, dans ce palais magique, tout cela présentait, avec les objets dont j'étais entouré, une anomalie tellement révoltante, que je cherchais un endroit où me fuir moi-même , et qu'à peine l'eus-je trouvé, je m'y blottis comme un lièvre dans son gite, et qu'une fois blotti , je restai là à songer.

Je ne sais combien de temps je demeurai ainsi; enfm le chasseur que j'avais pris pour un rajah vint m'annoncer que le dîner était servi, et que mon oncle m'attendait; je descendis : heureusement il était seul; je respirai.

A la fin du repas, lorsqu'on lui eut apporté son punch, et que son nègre lui eut allumé sa pipe, il congédia les domestiques, et nous restâmes seuls. Pendant quelque temps, mon oncle, qui paraissait préoccupé, aspira et poussa sa fumée, sans rien dire, mais toutà-coup, rompant le silence :

— Eh bien! Williams? me dit-il.

Je n'étais pas préparé, je bondis sur ma chaise.

• — Eh bien! mon oncle.^ bali)Uliai-je...

— Il faut enlin que nous })arlions un peu

de toi, mon enfant. Quand je suis venu, ton pauvre père avait assez à s'occuper de lui ; — Je me mis à pleurer, de sorte que je ne pus pas lui demander ce qu'il comptait faire de toi. Eh bien! voilà que tu sanglotes! allons donc , toi qui sors du collège , tu devrais être ferré sur la philosophie. Hier, c'était mon pauvre frère; demain, ça sera moi; dans huit jours, toi, peut-être; — il faut prendre la vie pour ce qu'elle vaut et pour ce qu'elle dure, vois-tu ; — toutes tes larmes ne feront pas revenir le pauvre Jack Blundel ; — ainsi , croismoi , essuie tes yeux , bois un verre de punch, prends une pipe, et causons comme deux hommes.

— Je remerciai mon oncle , quant au punch et à la pipe; mais j'essuyai mes yeux, et je m'efforçai de ne pas pleurer.

— Maintenant , me dit mon oncle en jetant sur moi un regard de côté : voyons, quels sont tes plans d'avenir?

— Mais, dis-je, je voulais me consacrer à

réducation, et je crois que les études que j'ai faites me rendent capable de cette sainte mission.

— Tatata, dit mon oncle, ce langage-là était bon quand tu étais le fils d'un pauvre fermier; mais maintenant tu es le neveu d'un riche nabab , et cela change bien la thèse. Je n'ai pas d'enfant , et , Dieu merci ! comme je ne compte pas me marier, je n'en aurai probablement jamais; tout ce que je possède te reviendra donc. — Ce serait une chose cu-

^ rieuse que de voir un maître d'école ayant cent mille livres de rentes; — tu comprends que cela ne se peut pas? Voyons, cherchons au-dessus de cela, M. le gentleman.

— Que voulez-vous, mon oncle, je ne puis vous dire , moi ; je ne suis qu'un pauvre savant qui ne connais pas le monde, qui ne suis bon à rien qu'à mener une vie de travail et d'études, et, avec votre permission, je crois que ce que j'ai de mieux à faire, c'est d'en revenir à mes premières idées.

— A tes premières idées ! mais tu es fou , mon ami ; avec ta fortune ou avec la mienne , ce qui est la même chose , tu peux , selon que tu seras avare ou vaniteux , aspirer aux plus riches partis de Londres, ou hien t'allier à quelque famille noble et ruinée qui t'apportera de la considération.

— Moi, mon oncle, moi me marier! m'écriai-je.

— Et pourquoi pas? As-tu fait des vœux?

— Moi, me marier !... je pourrais me marier... je pourrais épouser... Je m'arrêtai... Le nom de Jenny était sur mes lèvres... C'était la première fois que je concevais l'idée d'un pareil bonheur. . . Posséder cette blonde et charmante jeune fille qui depuis six ans était tout pour moi! épouser Jenny! Jenny être ma femme ! cela était possible. Mon oncle me disait qu'avec sa fortune je pouvais aspirer à tout. Rien que l'espoir, c'était déjà plus de bonheur que je nen pouvais supporter. Je sentis que j'étouffais, que j'allais me

trouver mal ; je me précipitai hors de l'appartement et je m'élançai dans le jardin, cherchant de la fraîcheur et de l'air. Mon oncle crut que j'étais fou; mais, pensant que, lorsque ma folie serait passée, je reviendrais, il demanda d autre tabac et d'autre punch , boun-a pour la deuxième fois sa pipe, remplit pour la sixième fois son verre , et continua de boire et de fumer.

C'était un homme de grand sens que mon . oncle. Quand j'eus fait deux ou trois fois le tour du parc en courant et en me livrant à mes rêves, je rentrai un peu plus calme, et le retrouvai assis à la môme place , achevant sa troisième pipe et son deuxième bol , et aspirant et expirant sa fumée avec le même calme et la même volupté.

— Khbien! me dit-il, veux-tu toujours ê(re instituteur?

— Mon oncle, lui répondis-je, quoique ce eoit ma vocation réelle , je crois (pie Dieu a

décidé qu'il en serait autrement ; mais , continuai-je, j'ai vu quelquefois passer devant moi de ces jeunes gens qu'on appelle du monde , et qui sont faits pour aller dans la société et plaire aux femmes; et je vous avouerai, mon oncle, que plus je me les rappelle, plus je les crois d'une autre espèce que moi, et susceptibles d'un perfectionnement que je ne puis atteindre... iMon oncle se mit à rire. — Vois-tu , Williams , me dit-il lorsque l'accès fut passé , toute la différence qu'il y a entre eux et toi , c'est qu'ils ont la tête pleine de termes de chasse , de course et de paris , et toi de mots hébreux, grecs et latins. Quand tu auras oublié ce que tu sais pour apprendre ce qu'ils savent , tu feras un cavalier tout aussi inutile , tout aussi impertinent , et par conséquent tout aussi présentable que pas un d'entre eux. Laisse-moi faire seulement , je me charge de diriger ton éducation.

Je remerciai mon oncle de ses bontés pour

moi, et, comme huit heures venaient de sonner à la pendule , je lui demandai la permission de remonter à ma chambre , n'ayant pas l'habitude de veiller plus tard. Mon oncle me fit signe de la main que je pouvais me retirer, ralluma sa pipe, qui s'était éteinte pendant son accès d'hilarité , et sonna le rajah pour avoir un troisième bol de punch.

On devine facilement que , si je me retirai dans mon appartement , ce n'était pas pour dormir. Je passai une partie de la nuit à rêver les yeux ouverts, et, quand le sommeil vint, il continua les rêves de ma veille. Le lendemain , je fus réveillé sur les neuf heures du matin par un monsieur fort élégant, qui, conduit par le valet de chambre de mon oncle, entra dans ma chambre suivi de son groom qui portait un paquet.

— Le tailleur de monsieur, dit le valet de chambre.

11/i liMPRESSIOiNS DE VOYAGE.

Je regardai la personne qu'on m'annonçait soiîs ce titre, et j'avoue que, si je n'avais pas été prévenu, je n'aurais jamais cru qu'un homme d'un extérieur aussi distingué professât une condition si humble. Je doutais même encore de ce qu'avait dit le valet de chambre, lorsque l'homme au groom , voyant que je le regardais sans bouger et sans dire un mot , crut qu'il était de son devoir de m'adresser la parole.

— J'attends le bon plaisir de myloid , me dit-il.

— Pourquoi faire? répondis-je.

— Pour lui essayer différens habits que je lui apporte tout faits, et pour prendre la mesure de ceux qu'il me fera l'honneur de me commander î

— Eh bien ! dis-je, ayez la bonté de les poser là, je les essaierai.

— Mvlord n'y pense pas, me dit le tailleur; il faut que ce soit moi-même qui juge de la

manière dont ils iront. Si le pantalon était d'un pouce trop étroit ou trop large, si le gilet ne descendait pas juste a son point, et si l'habit faisait un seul pli , je serais un homme déshonoré.

— Mais, continuai-je avec hésitation

je vais donc être forcé de me lever?

— Mylord n'est forcé à rien , mon devoir est d'attendre qu'il soit prêt; j'attendrai. — Et en effet il resta debout et attendant.

Comme je vis qu'effectivement il était décidé à attendre , et que je n'osais lui dire de passer dans une chambre à côté, je me décidai , quoi qu'il m'en coûtât, à descendre du lit devant lui : — il ne jeta qu'un coup d'œil rapide sur moi, et, se tournant vers son groom : — Le n" 1 , dit-il , mylord est de première taille. — Le groom tira un costume noir complet. — Le tailleur me l'essaya ; on eut dit qu'il était fait pour moi , tant il allait miraculeusement à ma longue personne. —

Puis , m'ayant pris immédiatement les mesures nécessaires pour m'exécuter tout une garde-robe , il se retira. Je le reconduisis jusqu'à la porte en le remerciant de la peine qu'il avait prise.

Je rentrai dans ma chambre , fort empressé de voir quel changement mon nouveau costume avait apporté dans mon individu. Je n'étais pas reconnaissable , et je commençai à croire que mon oncle avait raison, et que, si jamais je parvenais à dompter cette malheureuse timidité qui était la source de toutes mes peines , j'arrivei'ais à être un homme comme un autre.

J'étais, je dois l'avouer, assez content démon examen , lorsque le valet de chambre rentra, suivi d'un gentleman en tenue complète de bal : comme je n'étais pas préparé à cette visite de cérémonie , elle commença par me troubler prodigieusement, et je ne savais si je

devais avancer vers l'étranger , lorsque le valet de chambre annonça :

. — Le maitre de danse de monsieur

Le nouveau venu vint à moi avec une grâce parfaite , jeta un coup-d'œil complaisant sur l'écolier qu'il allait avoir à former , et arrêtant un regard appréciateur sur la partie inférieure de ma j^rsonne :

— Je suis enchanté, mylord , me dit-il, d'avoir été choisi pour faire l'éducation d'une aussi belle paire de jambes.

Je n'étais pas habitué à m'entendre faire de complimens sur mon physique, aussi celuici me démonta-t-il complètement. Je voulus répondre , je balbutiai ; j'essayai de faire un pas , et j'emmêlai si bien Tune dans l'autre ces belles jambes qui faisaient l'admiration de mon maître , que je pensai tomber de tout mon long ; il me retint.

— Bien ! dit-il , bien ! Je vois que nous n'avons reçu aucun principe. Cela vaut mieux, nous n'aurons pas de mauvaises habitudes à rompre.

— Le fait est , répondis-je , qu'à l'exception de ce que j'ai les genoux et la pointe des pieds un peu en dedans , je crois que , quant au reste du corps, je ne manque pas.,... je possède je

— Bon ! bon ! s'écria mon optimiste , je vois que mylord n'a pas la parole facile ; tant mieux ! cela prouve que l'intelligence s'est portée aux extrémités. Soyez tranquille, mylord ; nous la développerons si elle y est , et , si elle n'y est pas, nous Ty ferons descendre. Allons, mylord , commençons.

Je serais bien en peine de dire ce qui se passa dans cette première leçon ; tout ce dont je me souviens , c'est que ma science approfondie des mathématiques me fut d'un prodigieux secours pour conserver mon équilibre

et garder le centre de gravité dans les cinq positions. Quand mes pieds sortirent de l'instrument de torture dans lequel ils firent leur apprentissage , ils se refusaient littéralement à porter mon corps , si mince qu'il fût, et je boitais des deux jambes lorsque je descendis dans la salle à mans^er , où mon oncle m'avait fait prévenir qu'il m'attendait pour dtîjeuncr.

— Ah ! ah ! me dit-il en me regardant des pieds à la télé , — te voilà , Williams ! — sur mon honneur, tu as l'air d'un véritable dandy ; — on voit déjà à tes pieds que tu as pris une leçon de danse ; il n'y a plus que tes bras qui sont toujours bétes; mais sois tranquille, avec quelques leçons d'armes, cela se passera.

— Comment ! mon oncle, vous voulez que j'apprenne à tirer 1 épéc ? — cl jwunfuoi laire ?

— Pour te battre si on se moque de foi , pardicu ! — :^ U inr jiassa un l'rissou par lout

le corps. — Est-ce que tu ne serais pas brave, par hasard ?

— Je ne sais pas , mon oncle , répondis-je, je n'ai jamais pensé à cela.

— Enfin , si on insultait une femme que tu aimasses, que ferais-tu?

— Si on insultait... J'allais nommer Jenny; je me retins. — Oui, oui, mon oncle, je me battrais ! soyez tranquille , rëpondis-je vivement.

— A la bonne heure ! Mais tu as fait de l'exercice ce matin , tu dois avoir faim ; déjeunons.

Nous nous mîmes à table. Nous venions de prendre le thé, lorsque le maître d'armes arriva. C'était un des plus renommés de Londres. Il ne parut pas d'abord aussi content de mes bras que le maître de danse l'avait été de mes jambes; mais je fis tant d'efforts a la seule pensée que peut-être un jour Jenny serait insultée devant moi, et que j'aurais le

bonheur de la défendre, qu il me quitta moins mécontent que je n'avais osé l'espérer.

J'étais , comme vous le voyez , en bon chemin d'amélioration , lorsqu'un matin que mon oncle ne descendait pas à son heure habituelle , je montai dans sa chambre et le trouvai mort dans son lit.

Il avait été frappé pendant la nuit d'une apoplexie foudroyante.

Sir Williams s'arrêta à ces mots , et cette fois je ne lui versai pas un verre de punch .je lui tendis la main.

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