‹ Impressions de voyageChapitre 6 sur 16 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

C0tttmuftti0n îre l'^^tuôlûte qui amxt pm un mot pour un ûutrr.

Cette mort fut un coup terrible pour moi , continua sir Williams après un instant de silence. Je ne pensai pas un instant à l'immense fortune dont elle me rendait maître; je ne vis que l'isolement auquel elle me condamnait. Mon oncle , Sims me faire oublier mon père, l'avait remplac(i près de moi : c'était peut-

être le seul homme qui, par son originalité, pouvait me guérir de la terrible maladie morale dont j'étais attaqué : lui mort, le mal était incurable, et, pour être tout entier à ma douleur, je donnai congé au maître d'armes et au maître de danse.

Il faudrait avoir ma fatale organisation pour comprendre à quel point je me trouvai seul et isolé ; je n'avais jamais de ma vie su donner un ordre, et ce furent le général et le rajah , comme mon pauvre oncle les appelait depuis ma méprise, qui continuèrent à mener la maison; cependant, comme c'étaient deux bons domestiques parfaitement dressés , tout marcha comme d'habitude , et je n'eus malheureusement à m'occuper de rien que de vivre, de sorte qu'au bout de deux ou trois mois, à l'exception de ma mise, j'étais redevenu le même homme qu'auparavant.

Le château que mon oncle avait acheté tout

meublé était muni d'une fort belle bibliothèque ; c'était là que je passais une partie de ma journée ; parfois aussi je prenais un Homère ou un Xénophon, j'allais me coucher et lire sur la lisière d'un petit bois qui formait la limita de mes propriétés; et souvent je m'oubliais tellement dans le siège de Troie, ou dans la retraite des Dix mille , que le rajah ou le général était obligé de venir m'y annoncer que le dîner était prêt.

Un jour que j'étais assis comme d'habitude au pied de mon arbre, lisant un de mes auteurs favoris , je fus tiré de ma préoccupation guerrière par un bruit de cor, qui résonna à quelque distance de moi : je levai la tête, et, au même instant , un renard passa à quelques pas, se glissant dans les herbes. Au même instant, j'entendis les aboiemens des chiens qui venaient de retrouver sa piste , et je vis paraitre le limier, puis foute la meute. Ils passèrent à l'endroit même où le renard avait

passé; et, comme j'augurais qu'ils ne tarderaient pas à être suivis à leur tour par les chasseurs, je me retirai pour ne pas me trouver sur leur route, lorsque j'entendis le cor à cent cinquante pas à peine de moi , et que, de la lisière d'un bois voisin de celui où j'étais, je vis déboucher toute la chasse, emportée par le galop des chevaux.

Parmi cette troupe, il y avait une femme qui se maintenait à la tète des chasseurs , menant son cheval avec l'habileté d'une parfaite amazone; elle était vêtue d'une longue robe collante partout , et avait la tète couverte d'un petit chapeau d'homme, autour duquel flottait un voile vert. Je regardais avec étonnement cette hardiesse, dont, tout homme que j'étais , je me sentais si loin , lorsqu'en s'approchant du côté où j'étais , une branche accrocha son voile et son chapeau tomba : je vis alors cette tète rosée et ces cheveux blonds qui m'étaient si connus; je sentis mes jambes

s'affaiblir, je m'appuyai contre un arbre

C'était Jenny : elle passa comme une vision sans s'arrêter, et laissant à un piqueur le soin de ramasser son cliapeau, tant elle était ardente à cette course. En une seconde , tout avait disparu, et n'étaient les aboiemens des chiens, le bruit du cor et les cris des chasseurs, j'aurais cru que je venais de faire un rêve. Tout-à-coup , en reportant les yeux de l'endroit où j'avais cessé de la voir à celui où elle m'avait apparu, j'aperçus au bout d'une branche un lambeau de voile vert; je m'élançai vers lui , et, f^iàce à ma longue taille, je parvins à l'atteindre : je le pris, je le baisai , je le mis sur mon cœur; j'étais heureux comme jamais je ne l'avais été.

En ce moment , j'aperçus le rajah qui venait me chercher. Je m'étais oublié selon mon habitude; mais cette fois tout le monde en eut fait autant. Nous relouriiions ensemble au château , lorsqu'en passant près d'ime

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haie nous aperçûmes de l'autre côté de cette haie un homme étendu , et près de lui un cheval traînant sa selle ; je reconnus à l'instant l'uniforme des chasseurs que je venais de voir passer. Celui-ci s'était écarté de sa route, et, comme ils franchissaient tout ainsi qiie dans une course au cloclier, il n'avait pas vu un saut de loup qui était de l'autre côté de la haie, avait voulu le franchir, son cheval s'était abattu , et il était resté évanoui sur la place. Nous le ramassâmes aussitôt, et, comme nous n'étions qu'à quelques pas du parc, nous le transportâmes au château. Aussitôt arrivés, je i envoyai le rajah chercher le cheval , et j'ordonnai au général de se mettre en quête d'un médecin.

Heureusement, les soins du docteur étaient peu nécessaires; aux premières gouttes d'eau que je lui avais jetées sur le visage et aux j)r( micrs sels que je lui avais fait respirer, le jeune chasseur était revenu à lui ; de sorte

que, lorsque le médecin arriva , il trouva son malade sur pied. Soit qu'il jugeât précautionnellement la chose nécessaire , soit qu'il voulût utiliser son voyage , le docteur n'en fit pas moins une saignée , en recommandant au chasseur deux ou trois heures de repos. J'offris aussitôt à mon hôte d'envoyer un courrier chez lui pour calmer l'inquiétude que pourraient concevoir ses parens. Comme il demeurait à deux heures de chemin à peine, il accepta, écrivit à sa sœur qu'ayant perdu la chasse il était resté à diner dans un château voisin , et la pria de rassurer son père , si toutefois il avait conçu quelque crainte. La lettre terminée , il la plia , écrivit l'adresse et me la remit. En la donnant au général, qui devait la porter, je lus machinalement la suscription, elle portait le nom de miss Jenny Burdett : ce jeune homme, c'était son frère!... La lettre s'échappa de mes mains. . . je halhutiai une excuse... et je sortis sous prétexte d'ordres à donner.

Lorsque je rentrai , je trouvai sir Henry tout-à-fait bien ; mais , par compensation , c'était moi qui étais fort mal. La manière dont je l'avais rencontré, la crainte que j'avais éprouvée que l'accident ne fût plus sérieux , le plaisir que j'avais ressenti en voyant que je m'étais trompé; tout cela m'avait fait oublier un instant ma timidité; — mais elle était revenue plus forte que jamais en apprenant quel lien étroit de parenté unissait sir Henry à celle qui depuis si long-temps absorbait toutes mes pensées. Cependant, soit politesse, soit préoccupation, sir Henry ne parut s'apercevoir de rien , et tout le temps du diner, il fit les frais de la conversation avec cette facilité élégante que j'aurais donné la moitié de ma fortune et de ma vie pour posséder. Puis, vers les neuf heures du soir, il se retira, s'excusant de l'embarras qu'il m'avait causé, en me demandant la permission de revenir me remercier de mon hospitalité.

Lorsqu'il fut parti, je respirai ; toute notre

conversation de deux heures, confuse dans ma tête, commença à se classer. D'après ce qu'il m'avait dit de sa famille, je vis que sir Thomas Burdett possédait à peu près deux cent mille livres de rente; ce qui , en supposant, selon toutes les probahiliîés, qu'il en gardât la moitié pour lui, faisait trente à trentecinq mille francs de dot à chacun de ses trois enfans. Du côté de la fortune je pouvais donc aspirer à la main de miss Jenny, c'est-à-dire être aussi heureux qu'un homme, à mon avis, pouvait l'être sur la terre; d'un autre côté , sir Henry m'avait laissé entrevoir que son père , retenu habituellement trois mois de l'année dans son fauteuil par la goutte, et liabitué, pendant ce temps d'épreuve, à être distrait par la société de ses enfans, tenait à les marier autant (juc possible dans son voisinaw. Comme on Ta vu, nos dciix chAteaux n'étaient qu'à cinq ou six milles de distariee, et, sous ce raj)port comme sous l'autre, il m'était donc permis de conserver queUjue es-

IZlx IMPRESSIONS DE VOYAGE.

poir. Malheureusement , seul comme je l'étais, il me fallait faire toutes les démarches moimême, et je sentais qu'à la seule idée de me trouver en face de Jenny, de lui parler, de lui donner le bras , soit pour la conduire à table soit pour la mener à la promenade, j'étais tout prêt à défaillir; d'un autre côté, si je ne me présentais pas, Jenny était l'aînée des filles de sir Thomas, un prétendant plus hardi que moi pouvait être plus heureux. Alors Jenny m'échappait , Jenny devenait la femme d'un autre : cette seule idée était capable de me rendre fou. Je passai une partie de la nuit entre des velléités de courage et des accès d'abattement. Enfin, sur les deux heures du matin, écrasé de plus de fatigue que si, comme Jacob , j'avais passé mon temps à lutter avec un ange, je parvins à m'endormir.

Je fus réveillé par le rajah, qui entra dans ma chambre pour me remettre une lettre : je l'ouvris avec un tremblement pressenti-

mental; elle était de sir Thomas : il avait appris l'accident de son fils, les soins que je lui avais donnés; s'il n avait pas beaucoup souffert encore de son dernier accès de goutte, il serait venu lui-même me remercier ; mais , désirant le plus tôt possible s'acquitter de ce qu'il regardait comme un devoir pour toute sa famille , il m'invitait à diner pour le lendemain.

J'aurais lu mon arrêt de mort que je ne serais pas devenu plus pale. La lettre s'échappa de mes mains , et je retombai sur mon oreiller, si accablé, que le rajah crut que je me trouvais mal. Je lui demandai d'une voix éteinte si le courrier attendait sa réponse , il me répondit qu'il était parti : cela me rendit quelcjue Courage; je n'étais plus obligé de prendre une résolution instantanée.

La journée se passa dans les alternatives de force et de faiblesse : je me disais bien que

cette invitation allait au-devant de tous mes désirs, et qu'elle comblerait de joie tout autre homme se trouvant à ma place et avec les mêmes sentimens; qu'elle m'introduisait naturellement dans la maison , et cela sous un excellent aspect, celui d'un service rendu; mais aussi je savais que, chez les femmes surtout, le sentiment qu'elles conservent d'un homme dépend presque toujours de la manière dont il se présente à la première entrevue. Or je ne me dissimulais pas que, si j'avais quelques qualités essentielles, ce n'était malheureusement pas de celles qui sautent aux yeux : loin de là , pour être estimé ce que je valais véritablement, j'avais besoin d'une investigation profonde et d'une longue intimité. Je me rappelais combien peu m'avait été favorable le coup d'œil que Jenny jeta sur moi lorsqu'elle m'avait rencontré, il y a six ans, avec mon costume de docteur; il n'y avait, certes, aucune crainte qu'elle me reconnût , elle avait probablement oublié cette

circonstance; mais moi, je me souvenais de tout, et ce souvenir, c'était pis qu'un remords.

Enfin l'heure du dîner vint. Je me mis machinalement à table; mais je ne pus manger. Je pensai que le lendemain , à la même heure, je serais chez sir Thomas, en face de Jenny, et qu'alors mon sort se déciderait pour un malheur ou pour une féHcité éternelle, et cela sur une gaucherie ouune maladresse que je me verrais faire, et que cependant je ne pourrais pas m'empècher de faire. Un pareil état n'était pas supportable. Je demandai une plume et de l'encre : j'écrivis à sir Thomas qu'une indisposition subite me privait de l'honneur d'accepter son invitation; j'appelai le général, et je lui ordonnai d'aller porter cette lettre ; mais à peine fiit-il sorti avec elle que je sentis ma poitrine se serrer. Je montai dans ma chambre, je me jetai sur mon tapis , et jeîmc mis à pleurer.

Oui, à pleurer, à verser des larmes améres, des larmes d'adieu au bonheur dont je n'étais pas digne, puisque je ne me sentais pas la force de le cueillir sur l'arbre de la vie , des larmes de douleiir, car cette occasion perdue de voir Jenny, je ne la retrouverais peut-être jamais; des larmes de honte enfin, car je sentais qu'il était honteux à un homme d'être ainsi l'esclave de sa sotte timidité et de sa mi-^ sérable faiblesse.

Je passai une nuit affreuse , je formai vingt projets tous plus ridicules les uns que les autres. Je voulais écrire à Jenny directement , lui avouer mon amour, lui raconter ma faiblesse; lui dire qu'il n'y avait que deux chances pour moi au monde, vivre près d'elle et vivre éternellement heureux, ou vivre loin d'elle et mourir dans le désespoir. Oh ! je sentais qu'une lettre })areille , je la ferais douloureuse , éloquente , passionnée : je sentais que je l'écrirais avec mes larmes. Mais coin-

ment lui faire remettre une pareille missive ? puis , une fois remise , si Jenny la prenait du côté ridicule, j'étais un homme perdu; je ne pouvais plus me présenter devant ses parens , devant elle ; mieux était encore d'attendre les ëvénemens , qui semblaient m'avoir pris sous leur protection , et pouvaient me conduire à bien : le hasard est souvent notre meilleur ami , et je résolus de m'en rapporter au hasard.

La journée se passa ainsi, ramenant avec elle un peu de courage. Plus l'heure à laquelle j'aurais du me rendre chez sir Thomas approchait, plus je trouvais ma terreur de la veille ridicule et exagérée. Il me semblait que, si je n'avais pas refusé son invitation, j'aurais eu le courage de m'y rendre. Puis, quand sonnèrent dix heures du soir, je me dis qu'à cette heure tout serait fini ; que j'aurais vu Jenny et ses parens; que je serais un ami de la maison , pouvant y retourner à ma fantaisie; que

sans doute Jenny m'aurait dit un mot encourageant; enfin que peut-être à cette heure je serais au comble de la joie, au lieu d'être un des hommes les plus malheureux de la terre. Le résultat de ce raisonnement fut une résolution formelle d'accepter la première invitation qu'on me ferait. Sur ce, je baisai le lambeau de son voile et je me couchai.

Cette victoire sur moi-même me donna une nuit tranquille; je m'éveillai calme et presque heureux. La journée était magnifique; aussi, à peine cus-je déjeuné, que je pris mon Xénophon, et que, par mon sentier habituel, je gagnai mon arbre : j'étais plongé au plus profond de ma lecture, lorsque je me sentis toucher sur Tépaule. C'était sir Henry !

— FJi bien ! mon cher philosoplie, me ditil , toujours sauvage et letiré; je vous préviens qu'il y a conspiration contre votre misanthropie j car ne pensez pas que personne de

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nous ait cru à votre indisposition. — Je voulus balbutier quelques excuses. — Non, continua sir Henry, vous nous avez pris pour des gens à grande cérémonie; vous vous êtes trompé, et la preuve, c'est que je suis venu aujourd'hui moi-même vous dire exprès qu'on vous attendait sans façon à diner.

— Comment ! m'écriai-je. — IMoi ! — Aujourd'hui !

— Oui, vous, aujourd'hui, et je vous préviens qu'on ne recevra aucune excuse, qu'on vous attendra jusqu'à ce que vous veniez , et que, si vous ne venez pas, on ne dinera pas. — Voyez si vous voulez prendre sur vous de faire jeûner toute une famille.

— Non, certainement, répondis-je, — je fis un effort, — et j'irai.... ajoutai-je en soupirant.

— A la bonne heure, dit sir îlenry, voilà qui est parler. Que lisiez-vous donc là? un roman de \V aller Scott, des poésies de Thomas Moore , un poème de Byron ?

— Non , répondis-je, je lisais — Je ne

sais quelle mauvaise honte me retint au moment où j'allais prononcer le nom du grand capitaine, pour lequel cependant j'avais une vénération presque divine. — De sorte que je tendis le livre. — Sir Henry y laissa tomber un regard.

— Du grec ! — s'écria-t-il. — Eli ! mon cher voisin , comment voulez-vous que je lise cela? — Depuis que je suis sorti du collège, Dieu merci ! je n'ai pas jeté les yeux sur un seul de ces grands hommes dont la collection a pensé me faire mourir d'ennui, à commencer par le divin Homère et à finir par le sublime Platon; de sorte que je puis dire , sans fatuité , que je me crois maintenant incapable de distinguer l'alpha de l'oméga. — Je voulus me lever. • — Non , non , ne vous dérangez pas , continua sir Henry, — je ne fais que passer.

— Comment! m'écriai-je, ne m'attendezvous pas? ne retournons-nous pas ensemble

chez VOUS? ne me présentez-vous point à votre famille ?

— Ne m'en parlez pas, me répondit sir Henry ; je suis au désespoir que vous ne soyez pas venu hier ; mais j'ai aujourd'hui un comhat de coqs , dans lequel je suis engagé pour une somme considérable. On m'attend, et je n'y puis manquer ; mais soyez tranquille , je ferai diligence, et j'arriverai pour le dessert.

Si je n'avais pas été assis , je serais tombé. Tout mon courage m'était venu de l'idée que j'entrerais dans le salon de ces dames avec sir Henry. J'avais compté sur un introducteur, et voilà que j'étais obligé de me présenter moimême , ne connaissant de toute la maison que

Jcnny Je laissai tomber mon Xénophon

avec un sentiment profond de découragement. Sir Henry ne s'en aperçut pas , et , avec la même aisance et la même facilité qu'il m'avait abordé , il prit congé de moi , me laissant cou-

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Sterne de la promesse que j'avais faite et qu'il n'y avait plus moyen de rétracter.

Je restai ainsi une heure accablé, anéanti; puis je songeai tout-à-coup que j'avais le temps à peine de m'habiller si je voulais arriver chez sir Thomas à Iheure du diner. Je me levai vivement , et je revins en courant vers le château. Je trouvai sur le perron le général et le rajah, qui, m'ayant aperçu de loin, étaient venus au-devant de moi , fort inquiets de l'allure que j'avais prise , et qui ne m'était pas habituelle. Us m'avaient cru poursuivi par quelque chien enragé et accouraient à mon aide.

Je montai à ma chambre et retournai toute ma garde-robe; enfin je jetai mon dévolu sur un pantalon café au lait, sur un gilet de soie broché et sur un habit vert-boutei!lè; c'était un choix de couleur qui me semblait des plus harmonieux ; et, lorsqu'elles furent assemblées

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sur ma personne , je fus assez content de leur ensemble. J'ordonnai alors au rajah d'aller faire seller mon cheval , enchanté d'avoir un moment de solitude pour répeter devant ma glace le salut que m'avait appris mon maitre de danse. Je vis avec satisfaction que je le possédais encore assez agréablement pour m'en servir avec honneur , si je ne perdais pas la tète au moment de le faire. Cependant je ne fus que médiocrement rassuré par cette répétition, carjeneme dissimulais pas quelle distance infinie il y a entre la théorie et la pratique. J'en étais à mon sept ou huitième essai lorsque le rajah rentra et me dit que le cheval .était sellé. Je jetai les yeux sur la pendule; il n'y avait plus moyen de reculer, l'aiguille marquait quatre heures; j'avais cinq milles à faire, et ma science de Téquilalion n'était pas assez grande pour me pcrmethe, si pressé que je fusse , une autre allure que celle du pas allongé ou du petit trot. Je rappelai, en conséquence, tout mon courage, et je descendis d'un IV. 10

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pas assez délibéré , en essayant de siffler un air de chasse et en me fouettant les mollets avec ma cravache.

— Je prévois, dis-je , interrompant le narrateur , qu'il va se passer de telles choses , qu'un verre de punch n'est pas de trop pour vous donner la force de les raconter.

— Hélas! dit sir WiUiams en tendant son verre, quelque chose que vous prévoyiez, vous n'approcherez jamais de la vérité!...

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