CHAPITRE VII
Zurtcljl
Le lendemain, j'entrai d'assez bonne heure dans la chambre de sir Williams et le trouvai profondément attéré. Le remède de la veille avait produit un efïet tout contraire à celui que j'en attendais. Sir Williams avait le punch triste; il n'y avait plus rien à faire qu'à le laisser tranquillement mourir du spleen.
— Ah ! me dit-il en m'apercevant et en me tendant les bras, c'est vous , mon cher ami; vous ne m'avez donc pas abandonné ?
— Comment, abandonné ! mais il me semble que, tout au contraire, je vous ai ramassé sous la table quand l'excès de vos malheurs vous a fait rouler de votre chaise ; je vous ai tendrement mis au lit , et vous ai souhaité tous les songes qui sortiraient cette nuit par la porte dorée. Je ne pouvais pas faire plus.
— Si, vous pouviez faire plus , et vous venez de le faire : vous pouviez revenir ce matin me voir, et vous êtes revenu. Est-ce que vous consentez à continuer le voyage avec moi ?
— Comment, si j'y consens ! mais sans aucun doute. D'abord vous avez une excellente voiture ; ensuite , quand vous n'êtes pas honteux, vous ne manquez pas d'esprit; enfin, sous tous les autres rapports, vous me paraissez un excellent compagnon de voyage. Nous irons lanl (|ne la (erre pourra nous porler, et,
quand elle ne le pourra plus , eh bien ! nous prendrons un bateau.
— Merci ! car, si un homme peut me sauver la vie , c'est vous ! . . .
— Je ne demande pas mieux.
— Ainsi nous partons de Lucerne aujourd'hui?
— C'est-à-dire, entendons-nous, il faut que nous nous séparions momentanément.
— Comment cela ?
— J'ai une visite à faire.
— Je la ferai avec vous.
— Impossible, mon ami; je vais voir un brave garçon qui vient de se battre avec un de vos compatriotes, qui lui avait logé deux balles dans la poitrine, et qu'il a tué; de sorte que, dans la position où il est, s'il apercevait un Anglais, voyez-vous — avec cela que vous avez fait mourir son empereur — ce serait capable de lui faire une révolution.
— Je comprends.
— Ainsi partez pour Zug; demain je vous
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y rejoins , et je suis à vous pour tout le reste du voyage , pourvu que vous alliez où je voudrai.
— J'irai partout , je ne vais nulle part.
— Eh bien ! c'est chose dite : à demain , à Zug.
— Ne prenez- vous pas le thé avec moi?
— Oui, à condition que je vous l'offrirai.
— Écoutez, me dit sir Williams, je comprends que vous teniez à ce que nous alternions.
— Oui , beaucoup.
— Mais j'ai d'excellent thé de caravane, comme vous n'en trouveriez pas dans toute la Suisse.
— A ceci je n'ai aucune objection à faire : prenons le thé !
Le thé pris, sir Williams me conduisit jusqu'au port; nous nous donnâmes pour la dernière fois rendez-vous à Zug ; puis nous saiitàmes, Francesco et moi, dans la barque qui
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nous attendait. Deux heures après nous étions à Kûsnach.
Je m'informai au maître de l'hôtel de la santé du blessé; il était en excellente voie de convalescence. On m'indiqua sa chambre , je montai, et, poussant doucement la porte, j'entrai sans bruit : il était couché, et dormait sur le bras de Catherine assise près de lui, et dont la pâleur attestait le chagrin et les veilles; je lui fis signe de ne pas réveiller le malade, et je m'assis à une table pour écrire mon nom. Pendant ce temps il ouvrit les yeux et me reconnut.
— Comment, vingt dieux! me dit-il, c'est vous, et on ne me réveille pas! à quoi pensestu donc, Catherine? — Après mon père, après mon frère, c'est mon meilleur ami, vois-tu? va l'embrasser pour moi , mon enfant, — [amène-le auprès de mon lit, et laissenous causer une minute ; et puis , en remon-
tant, n'oublie pas une tasse de bouillon de poulet. L'appétit commence à revenir. Calherine, religieuse observatrice des ordres de Jollivet, vint m'offrir sa joue, me conduisit près de son amant, et sortit;
— Eh bien ! vous avez donc repensé à moi ? — c'est bien, je vous en remercie , me dit Jollivet. Vous voyez , ça va mieux. Ah ça ! restezvous ici jusqu'à la noce?
— Comment! jusqu'à la noce? et qui estce qui se marie donc ?
— Moi.
— Et avec qui?
— Avec Catherine.
— Eh bien! je vous en fais mon compliment ; vous êtes un brave homme !
— C'est bien le moins que je lui doive, après le soin qu'elle a pris de moi. Croyezvous qu elle n'a pas encore voulu se coucher une seule nuit? Elle dort là, assise dans le fauteuil où vous êtes, la tête sur mon traversin. Quand je dis qu'elle dort, elle ne dort
même pas, car, toutes les fois que je me réveille, je la retrouve les yeux ouverts.
— Et est-elle heureuse de votre projet?
— Je ne lui en ai encore rien dit; c'est à part moi que j'ai résolu cela. Ainsi voyez : dans quinze jours je serai sur pied, à ce que dit le médecin ; dans trois semaines la chose peut se faire. Restez jusque là, ou revenez. S'il faut vous attendre, on vous attendra.
— Impossible, mon cher ami. Dans trois semaines sais-je où je serai? Je n'ai moi-même plus guère qu'un mois et demi à passer en Suisse; je suis vivement rappelé en France. Je ne suis pas comme vous, moi; je ne place pas d'échantillons de mes drames à l'étranger; je suis obligé de faire mon débit à domicile.
— Bah ! bah ! Qu'est-ce que c'est que quinze
jours de plus ou de moins ? Comment ! vous
avez consenti à être témoin de mon duel, et
vous refusez d'être témoin de mon mariage!
— Avec ça, voyez-vous, que vous attendiez
seulement cinq ou six mois, vous pourriez IV. 12
encore être parrain. — Voyons, Catherine, continua Jollivet s' adressant à sa maîtresse, qui rentrait une tasse à la main, — donne-moi un coup d'épaule.
— Pourquoi faire? dit Catherine.
— Pour qu'il reste jusqu'à la noce.
— Jusqu'à quelle noce?
— Jusqu'à la noce de Catherine Franz et d'Alcide Jollivet, qui, s'il n'y a pas d'empêchement du côté de la future, se fera avant un mois, foi d'homme d'honneur !
Catherine jeta un cri, laissa tomher la tasse et alla se jeter, à moitié évanouie, sur le lit de Jollivet.
— Eh bien! eh bien! qu'y a-t-il? sommesnous folle?
— Oh! s'écria Catherine; oh! mon enfant aura donc un père î .. . Elle se laissa glisser sur ses genoux. — Le ciel te bénisse, Alcide, pour le bien que tu me fais ! Dieu m'est témoin
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que je ne t'eusse jamais rien demandé de pareil; mais Dieu m'est témoin aussi que quand tu serais parti je serais morte ! Oh ! Seigneur, Seigaeur, que vous êtes grand ! que vous êtes bon! que vous êtes miséricordieux !
Catherine dit ces derniers mots avec une reconnaissance si larp:e, avec une ferveur si profonde et avec une voix si émue , que les larmes me vinrent aux yeux. Quant à Jollivet, il voulait faire l'homme fort; mais la nature l'emporta, et il jeta en pleurant ses deux bras autour du cou de Catherine...
— Adieu, mes enfans, repris-je en m'approchant d'eux, vous devez avoir mille choses à vous dire; je vous laisse, soyez heureux!
— Sacredieu ! s'écria Jollivet, je déclare qu'il me manquera quelque chose si vous n'êtes pas à la noce.
— Oh! revenez, me dit Catherine: vous
m'avez déjà porté bonheur, puisque c'est devant vous qu'il m'a dit ce qu'il vient de me dire ; revenez , et vous me porterez bonheur encore.
— Impossible , mes amis ; tout ce que je puis faire, c'est de passer le reste de la journée avec vous.
— Allons, dit Jollivet prenant son parti, d'une mauvaise paie il faut tirer ce qu'on peut. Commande le diner, Catherine, et veille à ce qu'il soit bon.
— Mais nous avons le temps; je vais faire un tour, restez ensemble ; dans une heure je reviendrai.
— Eh bien! allez donc, car vous avez raison, nous avons besoin d'être un instant seuls.
Je revins à l'heure dite, je passai le reste (le la journée avec ces braves jeunes gens 5 et je- lie sais pas si le ciel vit jamais deux cœurs plus heureux que ceux que je laissai battant
l'un contre l'autre dans cette misérable auberge de village.
En partant de Kusnach, je fus obligé de reprendre une route déjà connue et de repasser par le chemin creux de Guillaume Tell : à Immensée, je fis mes adieux au berceau de la liberté suisse, et je pris une barque pour Zug , où j'arrivai au bout d'une heure de traversée. Je descendis à l'hôtel du Cerf, où j'avais rendez-vous avec mon Anglais; mais, comme il avait été forcé de faire le tour du lac par Cham , il n'était pas encore arrivé.
Je montai , en l'attendant , sur le belvédère de l'auberge , d'où l'on découvre une vue magnifique qui plonge d'abord sur le lac tout entier, resplendissant à midi comme une mer de feu, s'étend à droite sur la Suisse des prairies, qui se prolonge à perte de vue derrière Cliam et Ihionas , va heurter à gauche les mnfïRes coîo'csale'^ cîu ]\hA)', et du VilM(ef|iii
semblent deux géans gardant un défilé ; puis, glissant entre leur base, s'enfonce dans la vallée de Sarnen que ferme le Brunig, audessus duquel s'élancent en aiguilles blanches et dentelées les cimes aiguës et neigeuses de la chaîne de la Yungfrau.
En ramenant humblement mes yeux de ce magnifique spectacle sur la grande route, j'aperçus la voiture de sir Williams, qui cheminait honnêtement, conduite par ses deux chevaux de maître et son cocher en livrée. Je mis aussitôt mon mouchoir au bout de mon bâton de voyage, et je l'agitai en signal ; il ne tarda pas à être aperçu , et sir Williams y répondit en faisant mettre ses chevaux au grand trot. Cinq minutes après il était à côté de moi ; l'hôte montait derrière lui, sous prétexte de nous demander à quelle heure nous désirions dîner, mais en cfl'et poumons raconter, si nous paraissions disposés à l'écouter, la catastrophe qui engloutit dans le lac une partie
de la ville. Comme nous avions aussi grande envie d'en entendre le récit que lui de nous le faire, la chose ne fut pas longue à s'arranger.
L'hiver de 1435 avait été si froid, qu'à l'exception de la chute de Schalfausen , le Rhin était pris depuis Coire jusqu'à l'Océan. Tous les lacs qui contenaient une eau presque dormante offraient une surface aussi solide que celle du sol. Le lac de Constance lui-même, le plus grand de tous les lacs de la Suisse , fut traversé à cheval et en char; à plus forte raison ceux de Zug et de Zurich, dont l'un a à peine le huitième et l'autre le quart de son étendue. Alors les animaux des montagnes descendirent jusqu'aux villes, et les magistrats défendirent de tuer le gibier, à l'exception des loups et des ours. Les choses étaient ainsi depuis trois mois à peu près, lorsque, la glace commençant à fondre, on s'aperçut que la terre se gerçait profondément dans plusieurs endroits, et surtout vers la partie delà
ville la plus voisine du rivage. Vers le soir, deux rues entières et une partie des murs de la ville se détachèrent du reste, glissèrent rapidement dans le lac et disparurent; soixante personnes, qui n'avaient pas cru le danger aussi pressant, étaient restées dans leurs maisons menacées, et disparurent avec elles. De ce nombre était le premier magistrat et toute sa fani ille , à l'exception d'un enfant qu'on retrouva le lendemain, flottant comme Moïse dans son berceau. Cet enfant devint landanjman du canton et conserva cette dignité jusqu'à l'âge de (piatre-vingt-un ans. Notre hôte nous assura qu'il y avait une heure du jour où, quand le soleil cessait d'enflammer le lac, on apercevait encore , à quarante pieds environ , sous Teau bleue et limpide, des restes de murs, dont un débris avait conservé la forme d'une tour. Quant à ce fait, nous fûmes forcés de nous en rapporter h sa parole, notre regard n'ayant point été assez perçant, à ce (ju'il paraît, pour ploufu'i' jus(|n'à c<tt'' profondeur.
Comme , au dire de notre hôte lui-même , il nous restait encore deux bonnes heures avant le dîner , nous les employâmes à parcourir la ville. Notre première visite fut pour l'arsenal.
Comme presque tous les arsenaux de Suisse il renferme ime foule d'armes et d'armures curieuses, dont quelques-unes sont historiques. Ce sont des reliques sur lesquelles veille secrètement l'amour national , et que ne sont point encore parvenues à disperser, dans les cabinets d'amateurs, les offres des brocanteurs désappointés d'échouer devant les souvenirs qui les rattachent aux villes où elles se trouvent. L'une de ces reliques est la bannière de Zu(ij, teinte encore du sang de Pierre Colin et de son fds, qui se firent tuer en la défendant, en 1422, à la bataille de Bellinzonc.
En sortant de l'arsenal, nous entrîimes dans l'éfdiso de Saitit-Oswald : elle n'offre rien do
remarqiial3le qu'un groupe ou plutôt que trois statues assez naïves : sainte Christine martyre, sainte Apolline et sainte Agathe. Sainte Apolline tient à la main une tenaille où est encore une dent , et sainte Agathe un livre sur la couverture duquel elle présente à la piété des fidèles les deux seins coupés de la Vierge.
A quelques pas de cette église , s'élève celle de Saint-Michel, qu'avoisine le cimetière. Depuis Altorf ^ on me parlait du cimetière de Zug. En effet, je n'ai jamais vu un tel luxe de croix dorées; on dirait la musique d'un régiment. Mais ce qui accompagne toute cette cuivrerie d'une manière charmante , ce sont les fleurs qui s'y entrelacent. Jamais cimetière n'a , j'en suis certain , inspiré moins d'idées tristes ; on croirait bien plutôt que toutes les fosses sont des corbeilles prêtes pour des baptêmes ou pour des noces que des couches funéraires où dorment les hôtes de la mort. J'ai
VU des eiîfans qui couraient comme des abeilles d'une tombe à l'autre , et qui sortaient le front joyeusement paré de roses et d'œillets qui avaient poussé sur la tombe de leur mère.
A vingt pas de là , cependant , sous un hangar qu'on décore du nom de chapelle, un spectacle tout opposé attend le voyageur : c'est un ossuaire dans les cases duquel sont rangées quinze cents têtes à peu près, superposées les unes aux autres. Chacune de ces tètes repose sur deux os croisés, et sur leurs crânes dépouillés , qui ont pris la teinte jaunâtre de l'ivoire , une petite étiquette collée avec grand soin conserve le nom et indique l'état de la personne à laquelle appartenaient ces débris.
Quelle mine de joyeuses plaisanteiies eussent trouvé là les fossoyeurs dlFamlet!
Comme, ces merveilles une fois visitées, Zug
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ne nous ollrait rien d'autrement curieux à voir, nous revînmes à l'hôtel, où, au grand désappointement de l'aubergiste, sir Williams donna l'ordre à son cocher de tenir ses chevaux, qui n'avaient fait que quatre lieues dans la matinée , prêts à nous conduire à Horghen aussitôt après le dîner; de cette manière nous économisions une demi-journée, et nous pouvions être le lendemain à onze heures à Zurich. L'exécution suivit unmédiatement le projet, et, trois heures après avoir quitté le lac de Zug , tout resplendissant des rayons du soleil couchant , nous aperçûmes , à travers le feuillage des arbres, celui de Zurich, tout frémissant de la brise du soir, et tout argenté de la lueur des étoiles.
Rien ne nous arrêtait à Ilorghen, espèce de petit port qui sert d'entrepôt aux marchandises de Zurich qui passent en Italie par le Saint-Gothard. En conséquence, nous partîmes au point du jour, ainsi que la choseavait
été convenue, et, après avoir longé la délicieuse route qui côtoie à droite la rive du lac, et à pauche la base de l'Albis , nous arrivâmes vers midi à Zurich, qui s'intitule modestement l'Athènes de la Suisse.
Cela tient à ce que c'est dans cette ville que sont nés les cent quarante poètes dont Royer Maness , le Mécènes du quatorzième siècle , laisse une liste très-complète et très-ignorée : il est vrai que dans le dix-huitième elle a joint à ces noms ceux plus connus de Gessner, de Lavater et de Zimmermann.
Les Zuricois se font remarquer, en général, par une curiosité naïve qui surprend d'abord, parce qu'on la prend pour de l'indiscrétion ; puis bientôt vous vous apercevez fju'elle prend sa source dans cette bonhomie qui, n'ayant rien à cacher aux autres, n'.idmet pas que les autres puissent avoir des secrets pour nous.
Pendant que nous déjeunions , tout en causant en italien , nous en eûmes un exemple. Un honnête bourgeois de Zurich , vêtu d'un habit marron, d'une culotte courte et de bas chinés, portant un chapeau à grands bords, des boucles à ses souliers et une grande chaîne de montre à son gousset , se leva du coin du feu où il était assis , fit quelques pas vers nous, s'arrêta pour nous regarder tout à son aise, puis se mit à arpenter la chambre en long et en large , jetant , chaque fois qu'il passait près de notre table, un regard naïvement curieux sur sir Williams et sur moi; il est vrai de dire que, quoique nous mangeassions au même râtelier, nous formions un singulier attelage.
Enfin il n'y put plus tenir ; il s'arrêta juste • en face de nous , appuya ses deux mains sur le pommeau de sa canne , et sans préparation aucune :
— Qui êtes-vous? nous dit-il en français.
La question nous surprit dans un pays où l'on voyage sans passeport ; nous fûmes donc un instant sans répondre, doutant qu'elle nous fût adressée : aussi le bourgeois s'impatientait-il de notre silence, et, indiquant d'un mouvement de tête que c'était à nous qu'il adressait la parole :
— Je vous demande qui vous êtes ? continua-t-il.
— Qui nous sommes, nous? répondis-je.
— Oui , vous.
— Nous sommes des voyageurs , parbleu ! TV m y ou a wing ofthisfowl, continuai-je en anglais pour dérouter notre homme, et offrant à mon vis-à-vis une aile de poulet.
— Yes, verf well, i thank you, me répondit sir Williams en me tendant son assiette.
Le Zuricois s'arrêta tout court en entendant ce nouveau langage f[u'il ne comprenait pas; il demeura un instant à réfléchir, tenant
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son menton dans une de ses mains; puis il se remit à parcourir à pas mesurés la ligne qu'il avait adoptée. Enfin s'arrêtant une seconde fois :
— • Et pourquoi voyagez - vous ? nous dit-il.
— Pour notre plafsir, répondis-je.
— Ah ! ah ! fit le Zuricois ; alors il se remit à marcher un instant; puis s'arrêtant de nouveau :
— Vous êtes donc riche ?
— Moi?... dis-je, ne pouvant revenir de l'étonnement que me causait ce laisser-aller.
— Oui, vous.
— Vous me demandez si je suis riche?
— Oui.
— Non, je ne suis pas riche.
— Alors, si vous n'êtes pas riche, comment faites-vous pour voyager? on dépense heaucoup d'argent en voyage.
— C'est vrai, répondis-je, surtout en
Suisse, où les aiiberçistes sout tanl soit peu voleurs,
— Hum ! fil le Zuricois eu reprenaul sa course.
— Mais enfin , comment faites-vous ? continua-t-il en s'arrêtant de nouveau.
— Mais je gagne quelque argent.
— A quoi ?
— A quoi ?
— Oui.
— Eh bien ! le matin , quand je suis bien disposé, je prends une plume et un cahier de papier ; puis , tant que j'ai des idées dans la tête, j'écris , et quand ça forme un volume ou un drame , je porte le paquet a une librairie ou à un théâtre.
Le Zuricois laissa retomber sa lèvre inférieure en signe de mépris, et se remit à arpenter la chambre en paraissant réfléchir profondément à ce que je lui avais dit : puis, répé« tant le même jeu de scène :