LA RUE SAINT-JACQUES ET LA RUE DE LA HARPE
Nul quartier, plus que le Quartier latin, n’a été plus profondément modifié par les travaux qui ont transformé Paris. Nul pourtant n’a mieux gardé sa physionomie propre; il y a en lui une virtuosité, quelque chose comme une âme contre laquelle le marteau et la pioche ne peuvent rien. Sur les Grands Boulevards le bruit, la foule, le tumulte d’une vie affairée ; dans le Quartier latin c’est l’étude, le calme et le silence.
La rue Saint- Jacques et la rue de la Harpe ont été les deux premières grandes artères de Paris; elles mettaient en communication Pile de la Cité, qui fut le berceau de Paris, avec la montagne Sainte-Geneviève qui fut le berceau de l’Université. Le boulevard de Sébastopol, dans son parcours, prend tour à tour le nom de boulevard du Palais et de boulevard Saint- Michel; il a presque supprimé la rue de la Harpe dont il ne reste plus qu’un tronçon. L’ouverture de la rue des Ecoles, la plantation du jardin qui entoure l’hôtel de Cluny, ont modifié l’aspect des rues Saint-
Jacques et de la Harpe. Près de l’église du Haut-Pas existe encore le couvent des Carmélites, la duchesse de Longueville y ensevelit sa beauté ; elle y mourut : une inscription commémorative dans l’église le constate.
Au numéro 254, on rencontre dans la rue Saint- Jacques l’établissement des Sourds-Muets. C'est à la France que revient l’ honneur de l’enseignement de ces déshérités. L’abbé de l’Epée en 1760, à ses frais, sans encouragements, fonda l’institution. L’abbé de l’Epée et Constantin Hauts sont des bienfaiteurs de l’humanité; ils ont des noms immortels. Leur génie et leur charité ont fait le miracle de restituer la parole aux muets et la vue aux aveugles; ils ont inventé des méthodes pour les instruire : les yeux remplacent l’oreille, le toucher remplace la vue.
Dans la cour de l’établissement des Sourds-Muets s’élève un arbre célèbre, le fameux ormeau surnommé le panache de la montagne Sainte-Geneviève. Sa tige file droit à la hauteur de 50 mètres et est couronnée d’une touffe de verdure; il a sa légende : on prétend que Sully lui-même l’a planté en 1600.