LA RUE SAINT-HONORÉ
La rue Saint-Honoré coupe transversalement Paris ; elle a été la rue brillante du vieux Paris, elle est aujourd’hui bien déchue de sa splendeur ; elle conduisait à la rue des Lombards, aux Innocents, aux Halles, ce centre des affaires et des plaisirs.
A l’extrémité de la rue de l’ Arbre-Sec, du côté de la rue Saint-Honoré, François Miron, le Prévôt des marchands, éleva une fontaine qui existe encore. En face, est la place de la Croix du Trahoir célèbre dans les tristes annales des exécutions judiciaires. Là étaient mis à mort les condamnés de la juridiction de Saint-Germain-l’Auxerrois (Trahoir vient de trahérer, écarteler).
La maison où naquit Molière, était dans la rue des Vieilles-Etuves, remplacée par la rue Sauvai. Sauvai a été un des meilleurs historiens des antiquités de la ville de Paris. Les étuves, au moyen-âge, étaient des lieux de plaisirs et de débauche. La rue Saint-Honoré est mêlée fréquemment à l’histoire de la capitale. Le 8 septembre 1429, Jeanne d’Arc attaqua la porte Saint-
Honoré, située entre les rues actuelles de l'Echelle et de Rohan.
Bonaparte, au 13 vendémiaire, sauva la Convention menacée par toutes les sections armées ; elle siégeait aux Tuileries. C’est dans les environs de l’église Saint-Roch que Bonaparte concentra ses moyens de défense. Au frontispice de l’église on voit encore les traces des balles.
Au coin de la rue de la Ferronnerie, près des Halles et de la rue Saint-Honoré, est une vieille maison qui étalait sur sa façade le buste d’Henri IV ; on a fait disparaître ce buste. C’est le côté ridicule des révolutions de gratter les surfaces, d’essayer sans cesse d’anéantir le passé comme si le passé, qui est l’histoire, pouvait être anéanti.
La rue Duphot a été ouverte sur la maison qu’habitait Robespierre. A l’époque où notre armée occupait Rome, en 1797, des fanatiques en délire entreprirent de mettre à sac le palais de notre ambassade. Le brave général Duphot accourut au secours de l’ambassadeur ; il fut tué dans cette émeute, la veille du jour où il devait s’unir à la belle-sœur de Joseph Bonaparte, devenue plus tard la femme de Bernadotte, roi de Suède.
Au numéro 2 de la rue Saint-Florentin et près de la rue Saint-Honoré, est T hôtel Saint-Florentin, construit en 1767 par Phélippeaux, duc de la Vrillère, ancien ministre de Louis XV ; il fut un des principaux distributeurs des lettres de cachet, et en délivra à lui seul plus de cinquante mille. Le prince de Talleyrand occupa cet hôtel sous l’empire et y offrit l’hospitalité à l’empereur de Russie en 1814. C’est là que fut réso-
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
lue la déchéance de Napoléon et le rappel des Bourbons.
Talleyr.and y mourut en mai 1838.
Sur la façade de la maison portant le numéro 8 de la rue d’Anjou Saint-Honoré, une plaque en marbre blanc porte l’inscription suivante : « Le général La- » fayette, défenseur de la liberté en Amérique, un » des fondateurs de la liberté en France, né le 5 sep- » tembre 1757 au château de Gliavagnac en Auver- » gne, est mort dans cette maison le 20 mai 1834. »
La rue du faubourg Saint-Honoré est aujourd’hui pour la grande aristocratie, le monde élégant, ce qu’était le quai des ïournelles sous Charles IX, Henri II I et Henri IV.