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En 180G on y établit la Préfecture de police

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ment, un avis déclarant que la nation seule avait le di;oit d’accorder des impôts, par l’organe des Etats Généraux.

Inclinons-nous devant cette fière compagnie qui tient une si grande place dans l’Etat, et dont les premiers présidents portaient comme insigne de leur dignité, la couleur même de nos rois; ils avaient le droit, dans les cérémonies publiques, de marcher immédiatement après eux.

Le Parlement de Paris est grand dans l’histoire et il le doit à ce qu’il fut longtemps en France, le seul écho des souffrances ou des plaintes de la nation, la seule tribune publique, 11 a été l’instrument de la parole indépendante, le propagateur de l’esprit d’examen, le précurseur de la Révolution. Nous saluons sous ces voûtes le sol où a germé la franche parole de nos pères.

Ainsi, après avoir*été le séjour de nos anciens rois, le berceau et le rempart de Paris, le palais de justice aura été encore le témoin des luttes nationales pour la conquête de la liberté.

Vous connaissez cette construction massive qui s’élève à l’angle du quai de PHorloge. C’est, la Conciergerie, c’est-à-dire le bâtiment qui servait de logement au concierge du palais, ainsi que l’indique sa dénomination du latin consernare . Ce concierge était autrefois un officier préposé pour maintenir l’ordre dans l’intérieur du palais et prononcer sur les différends qui pouvaient s’élever dans cette enceinte. Nos concierges actuels descendent de haute lignée et s’ils sont tenus, aujourd’hui, dans une position infime, leurs ancêtres

étaient de véritables personnages, jouissant dans les palais en général d’une multitude de droits et de privilèges.

La prison paraît remonter à l’origine du palais ; il n’y avait pas autrefois de prison plus humide et plus malsaine. On y avait creusé un cachot nommé la souricière à cause des souris qui rongeaient vivants les prisonniers. Dans. le bas de la prison étaient les oubliettes ; le prisonnier était conduit dans un endroit obscur, les oubliettes étaient recouvertes d’une chaussetrape ; le poids du corps faisait basculer la machine, le malheureux disparaissait dans un puits hérissé de lames aiguës et tranchantes. Ces lames le lardaient et le taillaient en pièces; dans sa chute il bondissait de mutilation en mutilation; il arrivait en lambeaux au fond du gouffre où il expirait en attendant qu’une crue de la Seine vint, dans ses flots boueux, emporter le reste du cadavre. Ou voit encore la grille par laquelle le corps était jeté à l’eau. Les oubliettes ont été transformées en aqueducs.

Le sous-sol du palais de Justice comprenait des restes très importants du palais de saint Louis, entre autres la salle dite des cuisines à cause de ses vastes et hautes cheminées; on n’est, plus admis à les voir pas plus que la chambre de la question. Je les ai visitées il v a plusieurs années, les murs sont d’une nudité hideuse; il y àvait là autrefois des scies, des roues, des tenailles, des marteaux pour enfoncer des pointes, etc., etc.

Que d’abominables choses se sont accomplies là ; ces murs ont entendu les rugissements de désespoir

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des torturés, ils ont gardé le secret des hurlements qu’ils ont étouffés.

La liste des prisonniers célèbres qui passèrent par la Conciergerie serait bien longue à établir. Depuis le connétable ,d’ Armagnac (1440) jusqu’au prince Napoléon (janvier 1884) et au jeune duc d’Orléans (février 1890), elle a renfermé les plus grands criminels et les plus illustres victimes. En 93 elle fut la pourvoyeuse infatigable de l’écjiafaud et, selon l’expression du temps, l’anticliambre de la guillotine. Mais un nom domine ici tous les souvenirs, c’est celui de Marie- Antoinette. J’ai vu l’étroit cachot où elle a subi soixante-seize jours d’une épouvantable agonie. Je fus profondément ému en repassant dans mon cœur les souvenirs de tant de grandeurs et de tant d’infamies; je ne sais rien de plus saisissant et de plus douloureux que la destinée de Marie- Antoinette. On se sent comme éperdu de douleur et d’admiration devant le contraste tragique entre l’éclat incomparable de ses premières années et les ignominies dont sa fin fut abreuvée, devant ce hou sens si aimable et si méconnu, ce sang-froid, cette décision qui faisaient dire à. Mirabeau: le roi n’a qu’un homme, c’est sa femme. Chrétienne elle se résigne à tout, mère elle venge toutes les mères par le cri sublime qui confondit ses accusateurs.

La tour de l’horloge du palais a donné son nom à la tour carrée vers laquelle aboutit le pont au Change. La petite lanterne qui surmonte l’horloge était occupée par une cloche qu’on appelait le tocsin du palais, dont l’usage était d’annoncer autrefois les réjouissances publiques, mais qui axrait trahi cette destina-

tion pacifique dans F abominable nuit de la Saint-Barthélemy.

La Révolution livra la cloche aux fondeurs. Le quai de l’Horloge, ou des Lunettes comme on l’appelle à J cause des opticiens qu’on y voit dans presque toutes les boutiques, est le plus souvent désert. Son exposition au nord le rend triste et froid, et le nom de quai des Morfondus qu’on lui donne est mérité. On a tant de Ibis remanié le palais qu’il n’est guère possible de reconnaître le vieux monument tant chéri de nos pères, témoin de tant d’événements, de tant de larmes, datant de passions. Les parties brûlées par la Commune ont été réparées; sur la place Dauphine le palais a une très belle façade ; la grille monumentale est une merveille de ferronnerie, du seuil de cette grille, le | palais offre un aspect un peu lourd, un peu massif, mais d’un ensemble imposant.

La salle des Ras-Perdus est la plus solennelle enceinte du palais. Si l’on veut voir cette salle dans toute

son animation, c’est vers onze heures du matin, à l’ouverture des audiences qu’il faut la visiter; elle est un vaste vomitoire où va déborder pêle-mêle marchant, courant, se heurtant, toute cette population a part qui vit des tribunaux et les fait vivre. Les robes noires et les cravates blanches avec beaucoup de dossiers sous le bras y dominent.

Le Barreau parisien est à la fois une pépinière et un hôtel des invalides pour les hommes de la politique. Les ministres du passé s’y promènent au bras des ministres de l’avenir. Ces mêmes voix qui s’échauffent pour un intérêt privé, ont débattu ou débattront les

intérêts des républiques ou des empires; d’anciens ministres, d’anciens ambassadeurs y coudoient les députés en exercice. Orateurs, académiciens, journalistes, tout cela se mêle et se confond dans cette multitude qui est une élite. 11 n’y a pas d’autre lieu public dans Paris où l’on trouve rassemblés tous les jours tant de personnages remarquables, abri du talent, refuge du travail, cliamp d’asile pour les blessés de tous les partis.

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