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LA JUSTICE PÉNALE AVANT LA RÉVOLUTION

La justice pénale sans merci a pesé sur la France t: du Moyen-Age et de la Renaissance pendant des siè- ! clés. Elle considérait l’accusé comme une chair à tor- | turc et à billot, elle condamnait à mort pour des crimes (j qui aujourd’hui mériteraient au plus quelques années I de prison; elle répudiait toute commisération; elle ne I voulait pas amender, elle ne savait que punir.

Elle versait le sang comme de l’encre. Dans les causes criminelles ni les innocents ni les coupables n’échappaient à la question; on infligeait à tout accusé J un luxe effroyable de tortures pour obtenir des aveux : l! l’eau, l’estrapade, les brodequins, les chevalets, les ji œufs brûlants glissés sous les aisselles. Une fois le criminel arreté, il devenait une sorte de bétail, une chose ;i que l’on jetait dans un trou. Les cachots, les prisons | étaient des cuves sans air, sans jour ; pour nourriture du pain noir et de l’eau ; on couchait sur de la paille fl qui promptement se changeait en fumier. Tous les lieux de justice avaient leurs prisons, leurs géhennes ; cette justice était expéditive, le crime, la condamnation, l’ exécution, tout cela était l’affaire de trois jours.

On pendait, on rompait, on brûlait, on décapitait un peu partout. Toutes les places étaient, chacune à leur tour, ensanglantées par des supplices, spectacle fort goûté par le peuple parisien.

11 existait un moyen de corriger l’abus des suppli- 1 ces ; toute ville au moyen-âge jusqu’à Louis XII avait ; ses lieux d’asile, il y en avait presque autant que de J lieux patibulaires.

C’était l’abus de l’impunité à côté de l’abus des i supplices. Le palais des rois, les hôtels des princes, les j] églises surtout avaient droit d’asile. Une fois le pied dans l’asile, le criminel était sacré, mais il fallait qu’il se gardât d’en sortir. Car, hors du sanctuaire I il retombait dans le flot, sa proie était guettée comme le requin autour du vaisseau.

Les cachots du Châtelet étaient horribles. La forteresse était entourée de fossés profonds remplis d’eau provenant de la Seine. Au fond de ces cachots était toujours de l’eau croupie où grouillait une popula- jj tion de reptiles ; les prisonniers, les pieds dans ce 1 cloaque, sentaient leur corps froid et visqueux s’en- || rouler autour de leurs jambes. Ces prisons étaient l’en- 1er humain, et après le gibet de Montfaucon l’édifice ■ le plus sinistre de Paris.

Autour du Châtelet on voyait, des ouvertures d’é- | goûts toujours béantes, réceptacles d’immondices de I toutes sortes ; des rues immondes étaient nommées I rues de la Tuerie, de l’Écdr chéri e, de la Tannerie; j jour et nuit on y assommait des bœufs, on y égorgeait j des veaux, des moutons, quelquefois des passants.

Ces abattoirs en plein vent formaient un fleuve de

DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE

sang qui ne tarissait jamais et s’écoulait par une rigole aboutissant à la Seine. Une partie séjournait dans ses ruelles, s’y coagulait, s’y putréfiait et devenait, jusqu’au prochain débordement du fleuve, un foyer permanent d’exhalaisons pestilentielles : voilà l’air que respiraient les prisonniers et les habitants tles boutiques établies dans ce quartier fétide.

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