LE CIMETIÈRE DES INNOCENTS
Le principal cimetière rie Lutèce était dans les Champeaux (campelli) petits champs, aux abords de la voie du nord, qui devint plus tard la grande rue Saint-Denis. Son emplacement était entre les rues Saint-Denis, la Ferronnerie, les grandes Halles actuelles ; il avait été choisi pour cimetière dès l’anti- ! quité la plus reculée.
Personne n’ignore que chez les Romains on ne don- ; riait pas aux morts la sépulture dans les villes, mais 1 le long des grands chemins ou dans les champs qui en étaient voisins.
Chaque paroisse, chaque couvent avait son cimetière; à chaque coup de pioche donné dans le vieux Paris on découvrait des sépultures. On enterrait dans les églises les grands seigneurs, les hommes illustres, les donateurs opulents, mais le véritable cimetière parisien était le cimetière des Saints-Innocents ; c’était l’ossuaire consacré, le Campo-Santo où beaucoup tenaient particulièrement à être inhumés. Les évêques
cle Paris y faisaient prendre de la terre afin qu’on la mit dans leur cercueil, la terre grasse et noire du cimetière y consumait les corps en moins d’une semaine .
D’après une légende, les Juifs y crucifièrent un jeune homme en commémoration du supplice de Jésus- Christ. Il fut mis au nombre des saints, on construisit une chapelle et l’on donna à l’église et au cimetière le nom des Saints- Innocents.
Les charniers étaient des espèces de galeries qui régnaient autour du terrain réservé pour les sépultures. On enterrait dans les charniers les personnes qui s’étaient assuré une concession à perpétuité. Audessus des arcades étaient des galetas, des greniers où l’on reléguait pele-mele les os que les fouilles mettaient à découvert. Nicolas Flamel et le maréchal Boucicaut, ce vaillant chevalier et l’habile ambassadeur de Charles VI, concoururent à leur construction. Les charniers devinrent très à la mode, ils furent occupés par des auvents, des boutiques aussi achalandées que les galeries du Palais-dè-Justice. Un peuple de marchands forains, des revendeuses à la toilette, les teneurs de jeux de hasard, des marchandes de fleurs s’y entassaient, s’y bousculaient, y firent fureur. Les charniers ont été ce que fut le Pont Neuf, depuis Louis XIII jusqu’à Louis XV, ce qu’était le Palais-Royal il y a cinquante ans, ce que sont aujourd’hui les boulevards, en attendant que Paris, ce monde qui cherche toujours à changer d’axe, ait trouvé un nouveau centre. Les charniers étaient l’endroit le plus gai de Paris, ils ont joui pendant des siècles de
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
.lus grande vogue; ils ont été le grand milieu de lustrie, du commerce.
Le long des charniers on lisait des épitaphes; une que représentant la fameuse danse macabre, s’élait sur une grande longueur; cette allégorie inieuse, figurant la fatalité qui condamne tous les unes à la mort, est un des plus curieux souvenirs Moyen-Age.
Cette procession, où l’on voyait les hommes de s les corps d’état et de toutes les conditions soçia- I en téte-à-téte avec un squelette, inspirait les plus Itères réflexions; elle imprimait sur un mur d’une m matérielle, durable et dramatique, une lequi était sans cesse présente et sans cesse rodée.
jQ mot macabre n’est ni le nom d’un poète ni celui n peintre, comme l’ont affirmé des historiens ; ce t vient des croisades, il a été emprunté aux lanis do l’Orient; ce mot signifie (la chair quitte les MM. Van-Praet, Longperrier, Edouard Fournier partagé ce sentiment.
in traversant les Halles et leurs environs, je ne s m’empècher de songer que la moitié des habits de Paris, pendant dix siècles, a disparu à cette me place et qu’en creusant le sol, on y trouverait me des ossements et une odeur de sépulture.
I fallut près de trente années de négociations, des ♦ports de médecins, l’écroulement d’un certain nomde maisons, la menace de la peste pour qu’on se idât à le supprimer. Lorsqu’on le ferma en 1780, f avait près de onze cents ans qu’il existait ; ce petit
coin de terre avait dévoré pendant cet espace de ten j près de neuf millions de cadavres ; tous les osseme j furent transportés aux catacombes que nous ir<i bientôt visiter.