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LE PALAIS DES ARCHIVES NATIONALES

l^e Palais des archives nationales est un lieu en quelque sorte sacré où dort le passé de la France, où reposent les documents historiques laissés par les siècles. Ce ne sont pas les morts que l’on va y rechercher mais leur âme môme, le testament de leur vie, la trace, brûlante encore pour ainsi dire, de leurs souffrances, de leurs larmes et de leur sang.

L’hôtel de Clisson avait été construit sous le règne de Charles VI par le connétable de Clisson. Compagnon d’armes de Duguesclin et son successeur dans la charge de connétable de France, il fut un des plus brillants capitaines de Charles VI; il fut en 1393 l’objet d’une tentative d’assassinat de la part de Pierre de Craon et de sa bande.

Les Guise devinrent propriétaires de l’hôtel vers le milieu du seizième siècle. Ils en acquirent plusieurs autres qu’ils réunirent en un seul, leur palais devint un des plus beaux et des plus vastes de Paris. L’hôtel fut en quelque sorte le siège patrimonial de la maison de Lorraine qui joua un si grand rôle politique sous

les règnes d’Henri II, de François II, de Charles IX, d’Henri III et d’Henri IV. C’est là que les Guise tenaient leur cour, qui rivalisait avec celle du Louvre; c’est de là qu’ils fomentaient les troubles de la Ligue. Leurs successeurs vendirent l’hôtel à François de Rohan, prince de Soubise. Il prit dès lors le nom de son nouveau propriétaire qui fut brave à la guerre, mais inhabile général. Son nom se rattache aux désastres

de l’armée française sous Louis XV ; l’hôtel fut occupé par les Soubise jusqu’en 1792; à ce moment il devint propriété nationale.

En 1808 Daunou proposa à F Empereur d’acquérir l’hôtel de Soubise pour en faire le dépôt des archives. On peut donc considérer Daunou comme leur véritable fondateur.

Beaucoup de personnes, meme instruites, ignorent de quoi se composent nos archives, comment s’est formé ce grand établissement, quels services il a rendus et est appelé à rendre dans l’avenir; d’après son étymologie, ce nom signifie un dépôt où l’Etat renferme les actes anciens dont la conservation est d’intérêt public. L’établissement contient plus de cent quarante salles ; la plus belle et la plus vaste est celle qui était jadis la salle des gardes du duc de Guise. Le classement des archives est divisé en sections : section administrative, section judiciaire, section historique. La collection. des Sceaux est une des plus considérables du monde. On calcule que les cartons et les portefeuilles qui contiennent ces masses de papier, rangés à côté des uns et des autres, s’étendraient sur une longueur de vingt-huit kilomètres.

DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE

On voit là les chartes les plus anciennes, remontant aux rois mérovingiens; on passe des papyrus où Dagobert et saint Eloi ont posé leur signature à des traités de paix, au procès des Templiers, etc., etc. ; les testaments de Louis XVI et de Marie- Antoinette sont là. Vous voyez la fameuse armoire en fer, où se remarquent les clefs de la Bastille, la médaille du serment du jeu de paume, les ustensiles qui ont servi à la fabrication des assignats ; tops les siècles défilent devant vous.

Deux fois par semaine le public est admis à visiter les archives. Peu de personnes profitent de cette facilité. L’hôtel de Soubise est devenu depuis 1843 le siège de l’Ecole des Chartes ; les études portent sur toutes les parties de l’histoire de France, sur la mise en œuvre des matériaux de tous genres que nous ont laissés les siècles antérieurs, la paléographie, la traduction des vieux documents, la langue romane; la durée de 1’enseignement est de trois ans. L’école fournit des archivistes et des bibliothécaires pour les départements.

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