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LES CATACOMBES

S’il vous plait d’abandonner pour une heure les régions d’en haut pour descendre dans les régions d’en bas, de quitter l’agitation de la vie et le bruit de la ville, pour entrer dans le silence des nécropoles, suivez cette foule qui, barrière d’Enfer, tous les samedis de chaque mois, descend dans les catacombes. Elles sont l’objet de la curiosité des nationaux et des étrangers; on les désigne sous le nom d’ossuaire général de Paris ; elles ont servi à recevoir tous les ossements des différents cimetières de Paris au fur et à mesure de leur suppression. On descend dans ces cryptes funèbres par un escalier de quatre-vingts marches; il est distribué à chaque visiteur une bougie qu’il devra tenir à la main pendant toute la durée de l’exploration. Les galeries sont fort étroites, on ne peut marcher que deux de front. Vous êtes dans un lugubre et vaste chantier; de chaque côté se dressent, non des piles de bois, mais des piles de tibias, de fémurs en croix; au sommet sont alignés des crânes; tous ces ossements sont rangés avec beaucoup d’art et de symétrie. Un

Mo

labyrinthe de rues sans maisons se déroule sans fin laissant arriver, en échos sourds, aux oreilles le fracas éternel que fait Paris. Les Catacombes sont cent fois plus vastes et plus affreuses que ne le sont celles de Saint-Sébastien à Rome. La ville des vivants est assise sur la ville des morts, des chaînes de fer ferment les passages défendus. C’est là qu’on pourrait se perdre, crier rie longues heures, sans que le Paris des vivants", occupé de ses plaisirs ou de ses affaires, entendit votre appel désespéré.

L’exploitation des carrières remonte aux premiers temps de Paris ; les souterrains dans lesquels sont établies les catacombes ont fourni les matériaux de nos églises, de nos temples, de nos monuments publics, des maisons des particuliers.

Des éboulements se sont, produits ; plusieurs fois des maisons se sont effondrées dans ces excavations au grand effroi des habitants de l’Observatoire, de Montrouge, etc., etc. Mais aujourd’hui des travaux de consolidation ont été faits partout ; on peut visiter les catacombes en toute sécurité.

Sur le frontispice on lit ces deux mots : Memoriâ majorum, à la mémoire des ancêtres.

En quel autre lieu du monde, en quel espace si resserré a-t-on jamais entassé tant d’ossements humains ! Les catacombes s’étendant sur toute la partie méridionale de Paris ; on évalue à quinze millions le nombre des morts qu’on y a enfouis. Là dort, dans l’immobilité du silence et de la nuit, tout un peuple qui, semblable à vous, foulait naguère du bruit de ses pas les places de la grande Cité et les inondait des flots de sa

vie, de ses chants et de ses transports. Là s’agitaient ces tibias dans les fêtes de la joie et du plaisir ; là sont de graves magistrats qui distribuaient au peuple la justice ; là sont des généraux qui menaient nos pères à la victoire; là sont des professeurs de l’Université et des théologiens qui enseignaient avec tant d’éclat les sciences divines et humaines. Là sont des prévôts des marchands et des échevins qui administrèrent si sagement la Cité; là sont des évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses ; là sont des poètes, des savants, des écrivains, des artistes, des orateurs, des hommes d’Etat dont le génie honora le nom français. Là sont les victimes de nos révolutions côte à côte avec leurs bourreaux; là sont accumulés, pêle-mêle avec les seigneurs et les grandes dames, une foule de pauvres femmes et de pauvres travailleurs mendiants et soldats du Vieux Paris, du Paris de nos pères ; là tous les états, toutes les classes, toutes les conditions, tous les âges, tous les sexes. Là tous ceux dont les cœurs battaient jadis pour la famille, pour l’amour, pour la religion, pour la gloire, pour la patrie et pour la liberté ; chaque famille de la ville de Paris peut y compter les restes de l’un de ses auteurs. On peut dans cet oratoire de la mort, méditer sur les illusions et sur le néant de la \ie ; en parcourant les catacombes, on murmure tout bas les paroles du prophète : Vanité des vanités , tout n'est que vanité. C’est un de ces lieux où tout le mondé veut être allé et où personne ne retournera.

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