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LES NAUTES

Les gens de Lutèce, s’établissant dans Pile de la Seine, devaient être avant tout mariniers, ils le furent ; il se forma dans les huttes de bois et de terre, une corporation de navigateurs et de n autos qui deviendra un jour la célèbre compagnie des marchands de l’eau, mercatores aquæ. La hanse parisienne, d’un vieux mot celtique qui signifie société, deviendra plus tard

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le corps municipal de Paris. La corporation des nautes était antérieure à la conquête romaine. On la trouve sous leur domination pleinement organisée ; on conçoit l’importance d’une compagnie de ce genre dans un temps où le pays était couvert de forêts, où les rivières et les fleuves étaient la seule communication facile.

Cette corporation s’était, perpétuée de siècle en siècle, elle jouissait du privilège exclusif de tout le commerce par eau. Elle nous apparaît riche et puissante, redoutée et favorisée de nos rois, aussi tyrannique que les seigneuries féodales, exerçant sur la navigation de la Seine l’autorité la plus despotique et la plus jalouse ; son privilège d’arrêter les débiteurs, de lever les impôts sur différents corps, avait excité l’émulation de la plupart des bourgeois qui s’étaient empressés de se faire agréger à ce corps. Le président s’appelait prévôt, il était assisté d’officiers inférieurs qui furent désignés sous le nom d’écbevins.

Le siège de sa juridiction se trouvait établi dans une vaste masure flanquée de tours, située dans le quartier Saint-Jacques : cette maison était désignée sous le nom de parloir aux bourgeois ; une plaque commémorative en désigne l’endroit précis près la rue Soufflot et la rue Victor- Cousin. L’existence de la corporation des nautes nous est révélée par un autel retrouvé dans son entier sous le chœur de Notre-Dame en 1715. Des inscriptions nous font connaître qu’il avait été élevé sons Tibère, l’an 37 de notre ère, et dédié à Jupiter. « Nautæ parisienses posuerunt. » Sur cet autel les artistes gallo-romains ont associé déjà les noms des divinités romaines à celles de la Gaule, les

dieux des vainqueurs à ceux des vaincus. Ce monument, vingt fois séculaire, a une valeur historique admirable ; il est le plus important de la statuaire et de l’épigraphie gauloises, ses vénérables débris se voient au palais de Julien dans la grande salle.

Julien avait à peine disparu de la scène que des bandes sauvages à la crinière rouge, flottante, signe de leur fière indépendance, le corps graissé de suif et couvert de peaux de loups font irruption sur la Gaule et pillent également vainqueurs et vaincus, Gaulois et Romains. Un guerrier de cette bande habitait un château aux poutres cloisonnées de peaux de bœufs, dont quelques-unes, fraîchement écorchées, imitaient la pourpre.

Clovis avait pris possession de Lutèce, sa femme Clotilde le convertit au christianisme. En mémoire de sa conversion il construisit, à côté du tombeau de sainte Geneviève, Uéglise de Saint-Pierre et de Saint-Paul que le Panthéon était destiné à remplacer ; de l’abbaye de Sainte-Geneviève il reste encore la tour carrée, dite de Clovis, comprise dans les bâtiments du Lycée Henri IV.

A peine Clovis eut-il conquis la Gaule, qu’elle apparut tout d’un coup couverte d’églises.

Les maisons du peuple étaient ce qu’elles étaient depuis des siècles, des tanières de boue et de chaume, où les familles s’entassaient sans meubles, sans vêtement, soumises à toutes les misères, mais pleines de résignation et de foi. Le peuple s’inquiétait peu des bouges obscurs et infects où il couchait pourvu qu’elle fût grande, riche, magnifique, son église où il passait la moitié de ses jours, où tous les actes de sa vie

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étaient consacrés, où se trouvait l’égalité bannie de partout ailleurs, où il repaissait son coeur et ses yeux de la pompe et des cérémonies de l’église ; c’était là sa jouissance de tous les jours.

Les premiers rois francs n’habitaient guère leur capitale, Paris ; le séjour de la ville ne convenait pas à ces rudes chasseurs. Vous savez comment ils vivaient; ils avaient, dans les environs, de grandes constructions imitées des Romains. Le roi chevelu arrivait à. grand fracas avec sa suite nombreuse; c’étaient des festins à n’en plus finir, de véritables orgies de barbares; cependant ils venaient quelquefois à Paris. Dans ces temps rustiques, Eginhard nous l’apprend, leurs entrées n’ étaient pas celles de Louis XIV ou de Napoléon : ils étaient montés sur un chariot traîné par des bœufs que conduisait un bouvier.

Quatre bœufs attelés d’un pas tranquille et lent Promenaient dans Paris le monarque indolent.

Les rois de la seconde race négligèrent beaucoup Paris, n’y firent que de courts séjours; l’empereur (l’Occident, Charlemagne, avait é tabli sa cour à Aix-la- Chapelle. Il est le plus grand des hommes qui ont régné en aucun temps. 11 poussa ses sujets non vers P ignorance, mais en avant vers la lumière ; il avait fondé une école auprès de chaque évêché, de chaque cathédrale, de chaque monastère, de chaque paroisse ; par là il avait établi en France autant d’écoles primaires qu’il en existe aujourd’hui. Il a été un parvenu plus extraordinaire que Napoléon, car il s’éleva non

pas d’un rang obscur au rang suprême, mais ce qui est bien plus remarquable encore, d’un temps de barbarie et de ténèbres à la civilisation. Le mouvement qu’avait imprimé Charlemagne dure encore et ne s’éteindra qu’avec le soleil. Il n’est donc pas un éclair entre deux nuits. Après cinquante ans de règne Charlemagne descendit majestueusement dans la tombe, vénéré des vieilles et des jeunes générations qui pleurèrent ensemble le père du monde.

Paris, capitale sous la première race, tomba au rang de comté sous la troisième ; les Mérovingiens avaient été emportés par une invasion germanique, les Garlovingiens le furent par la féodalité.

Ïïugues-Capet monta sur le trône, moins comme roi, que comme chef de la puissante féodalité qui s’était partagé le royaume ; il fut le premier entre ses pairs, primas inter pares.

llugues-Capet devait son nom à la chape de l’Abbaye de Saint-Martin dont il était abbé ; son empire n’est plus l’antique Gaule, c’est Plie de France. Son territoire n’est plus qu’une agglomération de fiePs grands et petits. Hugues- Capot n’osant pas ceindre la couronne, son pouvoir étant contesté, se contentait dans les jours solennels de porter la chape de Saint-Martin. Son avènement augmente et consolide la puissance de Paris. Depuis lors, rinfluence et l’action de la capitale sur les destinées de la France grandissent sans cesse. Hugues-Capet continue à résider dans le palais de ses ancêtres, les comtes de Paris. Ses successeurs jusqu’à Charles Y et Charles YI, c’est-à-dire pendant un espace de quatre cents ans, fixent également leur résidence

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clans le palais de la cité. Quand on étudie les anciens plans de Paris, la Ari lie apparaît de prime abord massée autour de son berceau, la Cité. Le cercle va s’élargissant ; adroite la ville 'du négoce, du commerce, de l’industrie ; à gauche la Adlle de la science, de l’étude, de l’enseignement.

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