LES BOUCHERS; LES CALLIGRAPHES OU ENLUMINEURS; NICOLAS FLAMEL
La Tour Saint-Jacques la Boucherie, ce joyau de pierre, type exquis du gothique flamboyant est une I des plus belles ruines de Paris. L’église fut comrnen- I cée en 149) et achevée en 1522 sous le règne de François 1er. Au sommet on plaça la statue colossale de ^ saint Jacques le Majeur qu’on a refaite de nos jours. J Aux trois autres angles de la plate-forme figuraient les trois animaux symboliques de l’Evangile : le bœuf de saint Luc, l’aigle de saint Jean, le lion de saint Marc. Ces animaux, conïme l’a si bien dit Victor Hugo, semblaient des sphinx qui donnaient à deviner Paris ancien à Paris nouveau. Le temps avait profondément altéré la forme de ces animaux, des copies fidèles occupent leur place ; ils grimacent aujourd’hui dans le jardin de l’hôtel de Cluny.
L’églisn fut démolie en 1795. On stipula dans le procès-verbal d’adjudication que la Tour ne serait pas détruite (indésolus) ; elle fut louée à un fabricant de
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plomb. Son industrie consistait à faire passer à travers un crible des gouttes de plomb en fusion qui en tombant s’arrondissaient pendant leur chute dans le vide.
La tour, remarquable par son élévation, (elle a plus de trois cents marches,) ne l’est pas moins par le goût de ses décorations. Sa restauration fut ordonnée en 1853 ; toutes les masures qui l’entouraient furent détruites. Sa structure fine et élégante émergea d’une place entièrement dégagée ; on mit un tel art à la réparer, à la rajeunir, une telle entente du sentiment historique que tout, jusqu’à la moindre figure, y est un souvenir. Les gargouilles, les guivres retrouvèrent les écailles de leurs ailes, leurs ongles et leur bec.
Quatre porches en ogive forment la base, jadis perdue au milieu des échoppes ; on plaça au centre du portique la statue en pied de Pascal parce qu’il fit du haut de la Tour, en 1633, des expériences sur la pesanteur de l’air ; il n’avait que vingt-trois ans. La Tour Saint-Jacques est maintenant assurée de l’immortalité, y\. Alphand posa à sa base un square de deux arpents. La haute pyramide semble ainsi s’élever air milieu d’une touffe de feuillage qui ajoute à ce qu’elle a de gracieux. Là, où jadis montaient vers le ciel les chants des fidèles ou les gémissements de la place de Grève, on n’entend sous les feuilles que les gazouillements d’oiseaux mêlés au brouhaha de la grande ville. Le surnom de l’église de la Boucherie provient de ce que les bouchers étaient ses principaux paroissiens. Leur corporation était de toutes la plus redoutable. On peut dire qu’ils étaient maîtres et rois, dans l’immense dédale longeant la Seine où s’écoulait le sang de leurs tueries!
dans cet inextricable labyrinthe qui montait jusqu’à Saint-Merry et s’enchevêtrait de la Grève jusqu’au pont au Change. Il n’y avait alors qu’une place, elle s’appelait du nom de l’un d’eux, Saint-Tyon; il ne s’y trouvait qu’une seule église; elle avait des bouchers pour marguilliers. Cette effrayante corporation était si nombreuse, si terrible, quand elle se mettait en mouvement dans les ruelles du bord de l’eau et qu’elle en sortait pour monter à la Grève, avec ses bandes de garçons écorcheurs et ses meutes de dogues au lourd collier hérissé de clous, que les rois avaient dû compter avec elle. Ce premier des Capétiens en faisait grand cas; quand la noblesse lui marchandait son pouvoir, les bouchers de Paris lui valaient une armée. Il aimait à dire qu’il était un des leurs, que parmi ses ancêtres, il y avait un boucher. Les maîtres bouchers étaient i maîtres héréditaires des étaux de la grande boucherie. Ces étaux passaient comme des fiefs d’hoir en hoir, et toujours aux mâles. Les mêmes familles les ont possédés pendant plusieurs siècles.
Nous avons raconté la trahison de Périnet Leclerc et le massacre qui en fut la conséquence. Ce massacre ne peut se comparer à celui du 2 septembre. Ce ne fut pas une exécution par des bouchers à tant par jour, ce fut un vrai massacre populaire exécuté par une population en furie, rien ne pouvait arrêter ses fureurs, ni l’âge ni le sexe.
Les bouchers ne sont plus aujourd’hui ce qu’ils ont été jadis, une corporation puissante, formée d’un certain nombre de familles privilégiées, et imposant souvent leur volonté à Paris ainsi qu’ils le firent sous
le règne de Charles VI, lorsque leur maître Caboche prit parti pour le duc de Bourgogne contre les Armagnacs.
Ayant 1811, à Paris, on tuait partout; à chaque étal était accollé un abattoir. Ces tueries étaient fort dangereuses. Mercier, dans son tableau de Paris, en signale les inconvénients, « le sang ruisselle dans la » rue, dit-il, il se colle sous vos pieds, et vos soulier? » en sont rougis. »
Les abattoirs furent crées en 1810 en dehors de Paris, et remplacés par les abattoirs généraux de la Villette, en 1863.
APombre de la haute tour, se tapit dans des bouges, la paisible et patiente corporation des écrivains et des enlumineurs. Les calligraphes, avec leur pinceau délié imprégné d’or et do carmin, passaient leurs jours à entourer des fleurons autour du vélin de missels, de même que le verrier brodait ses guirlandes en verre colorié autour des hauts vitraux. En 1360 les calligraphes tenaient lieu d’imprimeurs et s’ils avaient le talent d’écrire nettement un livre, surtout de missel, rehaussé d’enluminure ou de dorure, ils devenaient plus riches que les auteurs.
La plus fréquentée de ces échoppes était celle de Aicolas Flamel; il était en même temps calligraphe, habile et savant alchimiste. 11 a forcé l’histoire à répéter son nom, il épousa une digne femme Pernelle; ils devinrent fort riches et en profitèrent pour faire beaucoup de bien. Ils multiplièrent les pieuses fondations et dotèrent l’église Saint-Jacques. Un hommage a été rendu à leur mémoire. Dans le quartier Saint-
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
artin, qui fait le coin de la rue de Marivaux et de ‘lie des Ecrivains, on a donné le nom de Xi colas Flaîel et de Pcrnelle, à deux rues voisines. L’enluminure avait été portée très loin par le faîeux Gringouroux ; il avait colorié en 1392, le pl lis ncien jeu de cartes que l’on connaisse, pour l’amuement du roi Charles \ I.
Dès le treizième siècle, le degré des intelligences ut développé par l’imprimerie, elle' ruina l’industrie les écrivains.