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LES TUILERIES

Le palais des Tuileries, l’œuvre de Philibert Delorme : et de Jean Bullant, de Du Cerceau, de Fontaine, de Visconti, le palais auquel avaient travaillé Catherine :| de Médicis, Henri III, Louis XIV, Napoléon Ier, Louis- Philippe, Napoléon III, n’est plus rien. Un jardin desij siné par MM. Alphand et Guillaume recouvre son em- ] placement. Mais tout détruit qu’il est, le vieux palais J n’est pas mort tout entier ; trois siècles de souvenirs lui survivent et ces souvenirs dureront ce que durera le monde, dont il raconte l’histoire en racontant l’histoire de France. Il n’y avait pas à Paris d’édifice plus [J essentiellement historique, plus essentiellement mêlé aux événements de toute nature qui ont si profondé- | ment influé sur les destinées de la France. Les autres i monuments, et ils sont nombreux, représentent cha- | cun un certain côté de notre pays et une époque distincte dans les annales de sa capitale. Pour ne parler que des résidences, les Thermes, le palais de la Cité,

1 l’hôtel Saint-Pol, l’hôtel des Tournelles, le palais du Luxembourg personnifient ; l’un la période Romaine

et Mérovingienne, l’autre la période Féodale et Parlementaire, celui-là un caprice de souverain. Seuls, l’ancien Hôtel-de- Ville et les Tuileries, solidaires de toutes nos idées, associés à tous nos actes politiques, gardaient le secret de nos révolutions et ont été les témoins de notre histoire.

Suivons rapidement les destinées des Tuileries à travers leurs grandeurs et leurs vicissitudes, depuis leur construction jusqu’à leur embrasement final.

Les origines du palais des Tuileries sont connues de tous; chacun sait que l’idée première de sa construction appartient à la reine Catherine de Médicis.

Le 3 juin 1559, le roi Henri II fut mortellement blessé par un éclat de lance dans le tournoi qui eut lieu au palais des Tournelles. Ne voulant plus l’habiter, Catherine de Médicis prescrivit de le démolir et de mettre le terrain en vente. Elle résolut de créer, à peu de distance du Louvre, un palais digne de sa grandeur. Elle acquit à cet effet de vastes terrains qui paraissent avoir été originairement une fabrique de tuiles.

Elle choisit pour sa construction Philibert Delorme, un des merveilleux génies de la Renaissance, et Jean Bullant.

Catherine habita le palais avec ses enfants, François II, l’époux de Marie Stuart, Charles IX, Henri III qui fut roi de Pologne. C’est là qu’elle réunissait ses amis, ses partisans, qu’elle préparait les fds de ce qu’on appelait sa politique.

Brantôme nous a raconté des détails de la grande fête qui y fut donnée quelques jours avant la Saint

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Barthélemy, le 14 août 1572, à l'occasion du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, depuis Henri IV. Marguerite de Valois y parut éblouissante de beauté.

Un jour cependant Catherine prit tout à coup en horreur ces Tuileries qu’elle avait fait construire avec tant d’amour et résolut de les abandonner. Le motif de cette brusque détermination était la prédiction de son astronome de Florence, Ruggieri, lequel prétendait avoir lu dans les astres que Catherine mourrait près de Saint-Germain. Or les Tuileries se trouvaient dans la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois.

On sait qu’au moyen-âge l’astrologie exerçait un très grand empire. Les astrologues étaient d’importants personnages; les grands, les princes, les rois, les consultaient. La superstition, dans l’antiquité, soumettait les résolutions humaines au vol des oiseaux, aux entrailles des victimes, aux inspirations des Pythonisses ; au moyen-âge on avait une foi absolue dans certains signes célestes , tels que l’apparition d’un nouvel astre, la conjonction des étoiles, le passage d’une . planète à travers telle ou telle constellation, etc., etc. De cette superstition de l’influence des astres, est venue l’habitude de dire proverbialement qu’un homme est né sous une malheureuse ou une heureuse étoile. Catherine de Médicis était très superstitieuse, elle croyait aveuglément aux pronostics astronomiques ; elle avait fait construire pour son astronome Ruggieri, aux Tuileries, un magnifique observatoire, dominant le palais, pour qu’il pùt étudier les astres et lire dans le ciel à livre ouvert. Cette

Reine croyait à la magie plus qu’en Dieu ; elle abandonna les Tuileries et alla habiter l’hôtel qu’elle avait fait construire, qu’on appela plus tard l’hôtel Soissons. Le hasard fit accomplir la prédiction de Ruggieri et porta au plus haut degré sa réputation d’astrologue. | Le confesseur qui assista Catherine à son lit de mort se nommait Laurent Germain.

Henri IY n’habita que fort rarement les Tuileries, 1 il leur préférait le Louvre et Fontainebleau et c’est alternativement dans ces deux palais que se donnèrent les grandes fêtes de son règne. Louis XIII négligea aussi les Tuileries pour le Louvre, Louis XI Y y donna quelques fêtes, mais il ne s’en servit que comme d’un pied à terre. Le Carrousel de 1662 où Ton fit des merveilles de dextérité, présidé par lui, dépassa en magnificence les plus fameux tournois. Son souvenir est resté attaché à l’emplacement où il eut lieu et qu’il garde encore; ce souvenir donna l’idée à Louis XIY de construire, dans la partie septentrionale du palais des Tuileries, une salle de spectacle. C’est sur ce théâtre, le plus grand que Ton connut alors, que fut jouée pour la première fois la Psyché de Molière et que se vit le triomphe de Yoltaire. Le théâtre avait pour annexe des mansardes dans lesquelles on plaçait les machines, les décors : de là le nom de salle des machines qui lui fut donné. Il était dans la destinée du théâtre des Tuileries de servir de logis intérimaire aux comédiens et aux chanteurs en quête d’asile. L’Opéra, situé au coin de larue de Yalois, fut incendié en 1764, les chanteurs s’installèrent dans la salle des Tuileries. En 1790 la Comédie-Française déposséda

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l’Opéra du théâtre des Tuileries; Corneille y remplaça Lulli ; la troupe comptait dans ses rangs des interprètes d’un grand mérite : Molé, Caron, Lequin, Surville, Dugazon, etc., etc. Elle y séjourna jusqu’à la construction de l’Odéon vers 1804.

Pendant que le Régent était au Palais-Royal le jeune Louis XV habita les Tuileries, mais dès qu’il fut majeur, il courut à Versailles. Après la minorité de Louis XV, les Tuileries restent dpsertes, un silence se fait dans ses grands salons jusqu’en 1789. Ce Palais n’occupe une place importante dans notre histoire politique qu’à dater de cette époque; il joue dès lors un rôle considérable dans les troubles qui ont agité le pays, il devient la résidence officielle des divers pouvoirs qui gouvernent la France. Amené de force à Paris par les bandes furieuses des 5 et 6 octobre, Louis XVI vient habiter les Tuileries, tandis que l’Assemblée Nationale s’installe dans le manège, vaste bâtiment construit par ordre de Louis XV, sur remplacement, des écuries de Catherine de Médicis, et destiné à l’Académie Royale d’équitation des jeunes gentilshommes. Ce manège, si fameux dans l’histoire de la Révolution, occupait avec ses dépendances tout le terrain qui forme aujourd’hui la partie de la rue de Rivoli comprise entre la rue des Pyramides et la rue Castiglione; on y pénétrait par la terrasse des Feuillants qui prenait son nom du couvent des Feuillants de la rue Saint-Honoré.

L’année 1792 vit s’accomplir dans le palais des Tuileries deux des journées les plus néfastes delà Révolution, celles du 20 juin et du 10 août. Les Tui-

leries prirent le nom de Palais National, dès que la famille royale eut cessé de les habiter.

On s’occupa de disposer pour les séances de la future Convention la salle de spectacle dite des machines. Ce fut le 10 mai 1793 que la Convention quitta le manège pour s’installer aux Tuileries; là siégea le comité de dix membres de Salut Public, et quels dix! Barrère, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois, Carnot, Couthon, Robert Lindet, Bon Saint-André, Saint-Just. L’Assemblée Nationale lui avait donné tous les pouvoirs et, comme le Conseil des dix de Venise, qui pouvait décapiter le doge, le comité de Salut Public avait établi un gouvernement révolutionnaire au-dessus de tous les autres; il fit trembler le monde. Mais c’est de ce comité que partirent les grandes mesures qui devaient sauver la France ; c’est de là qu’on vit le 31 mai, la Commune et les faubourgs dicter des lois à la Convention et faire proscrire les Girondins. Le

9 thermidor Tallien et le reste des Girondins renversèrent Robespierre, une populace furieuse envahit la salle en demandant du pain et la Constitution de 1793; c’est là enfin que le 1er prairial la Convention fut assaillie de nouveau et ensanglantée par la mort du député Féraud.

Le 16 février 1800, Bonaparte n’était encore que Premier Consul ; les grandeurs du Luxembourg ne suffisaient plus à ses ambitions et à ses espérances, il donna l’ordre de réparer les Tuileries dévastées. Le

10 août il en prit possession.

Le règne de l’Empereur Napoléon 1er a certainement été l’une des plus glorieuses et plus brillantes périodes

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de l’histoire des Tuileries; le Palais de Catherine de Médicis devint le rendez-vous de toutes les grandeurs et de toutes les gloires, dois de naissance et rois de fortune, princes, ambassadeurs, maréchaux, vainqueurs et vaincus se pressèrent autour de l’homme du destin. Napoléon Ier isola complètement la partie occidentale du jardin des Tuileries et fit percer de ce côté une large voie carrossable qui prit le nom de la victoire de Rivoli.

If ouverture de cette rue eut pour résultat de faire disparaître le couvent des Bénédictins, plus connu sous le nom de Feuillants et la salle du manège qui joua un si grand rôle pendant la période révolutionnaire.

Au milieu des tristesses de l’invasion en J 8 1 o , les Français eurent, au palais des Tuileries, une satisfaction ; on sait que l’idée fixe de la grandeur, de la majesté de sa race donnait à Louis XVIII un véritable empiré. On en sentait la domination. Les généraux de Bonaparte la confessaient, ils étaient plus intimidés, devant ce vieillard impotent, que devant le maître terrible qui les avait commandés dans cent batailles. Quand Louis XVIII accordait aux monarques triomphants l’honneur de dîner à sa table, il passait sans façon le premier devant les princes dont les soldats campaient dans la cour du Louvre. Il les traitait comme des vassaux qui n’avaient fait que leur devoir en amenant des hommes d’armes à leur seigneur suzerain.

Cette superbe du descendant de saint Louis plaisait à l’orgueil national, les Français jouissaient de

voir des souverains qui, vainqueurs, acceptaient l’attitude hautaine de ce représentant d’une grande race.

Les appartements des Tuileries furent, sous Louis- Philippe, les muets témoins de bien des scènes d’anxiété et de douleur. Aucun règne ne fut plus tourmenté par les insurrections, les complots et les attentats : il nous suffit de rappeler l’émeute terrible qui éclata le 5 juin 1832 aux obsèques du général Lamarque, l’épouvantable attentat de Fieschi, plusieurs autres tentatives d’assassinat.

En 1841, il semblait que l’horizon politique se débarrassait peu à peu des teintes sombres qui l’avaient enveloppé jusque-là ; un événement imprévu vint, en quelques minutes, renverser toutes ces espérances. Le 15 juillet 1842, le duc d’Orléans se rendait à Neuilly en voiture, il tomba mortellement blessé sur le chemin de la Révolte ; les chevaux s’étaient emportés, en sautant à terre il s’était fracturé le crâne ; ! le roi et la reine, accourus en toute hâte, n’eurent pas la consolation de recevoir son dernier soupir. Il a manqué un Bossuet au dix- neuvième siècle, pour raconter cette mort fatale, pour faire sortir de cette ca- ; tastrophe de hautes et retentissantes paroles montrant une fois de plus ce qu’il y a de précaire dans les destinées humaines, tout ce qu’il y a de mystérieux dans les volontés de Dieu.

La fin du règne de Louis-Philippe 'se ressentit de ce grand deuil. Le palais des Tuileries redevint triste.

En 1848 la populace l’avait envahi et se livrait au pillage des appartements ; ceux qui ne pillaient pas détruisaient ou brûlaient, peu s’en fallut que le pa-

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lais tout entier ne devint la proie des flammes. Dans [les excès révolutionnaires on s’en prend aux monuments comme s’ils assumaient la responsabilité de ceux qui les 'habitent ou les ont édifiés. L’incendie des Tuileries était arrêté, lorsqu’un inconnu eut l’heureuse inspiration de faire écrire en grosses lettres, sur le mur d’appui de la grille, cette inscription : Hospice des invalides civils. L’inscription plut à la foule qui applaudit avec enthousiasme et le palais ne fut pas brûlé cette fois ; cette spirituelle initiative nous conserva l’un des plus grandioses et des plus curieux monuments de la capitale.

A la naissance du Prince Impérial l’Empire était à l’apogée de sa puissance et rien ne pouvait faire prévoir les événements qui amenèrent' sa chute. Les Tuileries étaient toujours en fête, les bals succédaient aux bals, les réceptions aux réceptions. L’année 1867 fut pour les Tuileries une année exceptionnellement brillante. Attirés à Paris parles splendeurs de l’Exposition Universelle, cinquante-huit souverains, princes et princesses, vinrent successivement rendre visite à l’Empereur et à ^Impératrice.

L’almanach de Gotha défila dans les salons des Tuileries ; les grands bals étaient un magnifique spectacle dont il est difficile de se rendre compte aujourd’hui.

Le 25 mai 1871 au soir, lorsque l’insurrection de la Commune pouvait être considérée comme vaincue, on vit tout à coup une immense lueur rouge s’échapper des divers points du Palais. En quelques minutes les lueurs augmentèrent et l’enveloppèrent

bientôt tout entier. L’incendie dura toute la nuit, et dès le matin il n’était plus qu’une immense ruine.

Le jardin des Tuileries avait été dessiné par Le Nôtre ; il ne commença les plantations d’arbres qu’à une certaine distance du palais ; tout l’intervalle laissé à découvert fut occupé par des parterres enca- 1 drant des bassins, avec jets d’eau, et peuplés des 1 chefs-d’œuvre de la sculpture. Nous avons vu la vaste 1 allée de marronniers déployant leurs arches de ver- : dure ; malheureusement ils ont presque tous péri, et le jardin a perdu le caractère de magnificence que lui donnaient ces arbres. Un d’eux a survécu, c’est ce- ; ; lui que l’on nomme le marronnier du 20 mars ; il a été le témoin impassible de toutes les dynasties de passage au palais. Une légende attribue sa précocité 1 à l’enfouissement, autour de ses racines, des Suisses du 10 août. Edouard Fournier a détruit cette croyance populaire. Le drainage assainit les terres non seulement par l’écoulement des eaux souterraines, mais bien mieux encore par l’introduction de l’air sous le sol. Le fameux marronnier ne doit ses succès qu’à l’influence d’un drainage accidentel ; il se trouve placé près d’un carré dans l’allée circulaire duquel existe un puisard en maçonnerie contenant des tuyaux destinés à l’arrosement. La pierre qui ferme le pui- I sard a été recouverte par le sable de l’allée ; il est hors I de doute que l’air chaud et humide du puisard agit i sur les racines de l’arbre et se trouve ainsi la cause de sa précocité. Voilà qui met fin à tous les contes en cours au sujet de cet arbre phénoménal.

Les Français de 1815 ont vu, entre autres mer-

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il veilles, paître dans les gazons des Tuileries, des chéri: vaux qui avaient coutume de brouter l’herbe au pied || de la grande muraille de la Chine.

Les gazons verdissent, les jets d’eau lancent leurs 4 cascades irisées au soleil, les cygnes, l’aile gonflée au 1 vent, glissent mollement sur les nappes du bassin.

I La grande allée dite des orangers, à cause de la doujble rangée de ces arbres qu’on y place pendant la belle saison, est la plus large et la plus fréquentée de tout le jardin; elle est égayée par les jeux de H l’enfance ; elle est le rendez-vous de la belle compa- Ignie parisienne, devant laquelle on défile entre deux ( rangs de femmes élégantes et gracieuses. On rencontre les enfants jouant au soldat, ou lançant des ballons, criant, riant. Ce tourbillon d’enfants frais et ro-

ses, c’est la France future qui joue au cerceau.

La petite Provence est le centre où affluent les jeu- <nes enfants et les vieillards, tout ce qui a besoin d’un chaud soleil.

Ne quittons pas le jardin sans signaler à nos lecteurs le Panorama du centenaire qu’ils trouveront à il son extrémité : c’est l’œuvre de MM. Gervex et Stévin.

! Sous la forme panoramique les deux éminents artistes y ont groupé les faits historiques d’un siècle entier ; tout cela se développe au regard sans confu- |] sion, animé de portraits ressemblants, c’est l’histoire peinte aux murs, une sorte de résurrection grandiose.

Pendant près de douze ans les Parisiens ont eu de- I vant les yeux les ruines attristantes du palais des Tuileries brûlé par la Commune le 25 mai 1871. C’est

le 4 septembre 1886 seulement que la démolition en fut adjugée après enchère à M. Achille Picard, moyennant la somme de trente-trois mille francs. J M. Picard n’était pas le premier venu ; comme démolisseur il avait attaché son nom à la disparition d’une foule de maisons historiques, parmi lesquelles je me bornerai à citer l’hôtel Lesdiguières, la maison de Corneille, rue d’Argenteuil, la maison où mourut Marat, la maison de la rue des Rosiers, où furent fusillés les généraux Lecomte et Clément Thomas, l’hôtel où descendit Charlotte Corday, rue Coquillière. | C’est lui qui a dégagé les abords du nouvel hôtel des Postes. D’autres ont la passion de construire, il a, lui, celle de la démolition. Mais derrière l’entrepreneur de démolition, il y a l’ardent amateur d’objets d’art et de souvenirs historiques. Ses vastes chantiers sont un véritable musée de choses rares, c’est à lui que Sardou doit d’être devenu possesseur de la porte d’entrée de la maison de Corneille et de la porte du cabinet dans lequel Marat fut assassiné.

J’ai essayé de grouper les souvenirs principaux de trois siècles, de ce palais où chacun a pris sa part de royauté ; il n’y en a peut-être pas qui ait vu plus de drames et assisté à plus de péripéties. Si les révo- f lutions détruisent, l’histoire du moins relève ce qu’elles ont impitoyablemement rasé ; elle nous permet de voir avec les yeux de' l’âme ce que nous ne pouvons plus vpir avec les yeux du corps. Il m’est impossible de passer sans émotion devant l’emplacement des Tuileries ; les grandes figures de la Révolution agitent leurs suaires sanglants ; d’un autre côté un

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éblouissant passé de fêtes se dresse devant vous. Les vers de Victor Hugo remontent à la mémoire :

« O jours évanouis ! ô grandeurs éclipsées ! » O soleil disparu derrière l’horizon !

Vous êtes assailli en même temps par la pensée de Bossuet sur le néant des grandeurs humaines, sur les

icissitudes

du

sort.

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