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LA PLACE ET L’ÉGLISE DE LA MADELEINE

Si la place de la Madeleine n’est pas le cœur de Paris, on peut dire qu’elle en est la tête. N’est-ce point là que se termine la ligne des boulevards ? Me sont-ils pas le fleuve gigantesque, toujours animé, qui traverse la ville, où viennent aboutir les riches I affluents des rues les plus populeuses?

Sur les deux côtés de la place de l’Eglise, à droite jet à gauche, deux terre-pleins ombragés servent de [marché aux fleurs, les mardi et vendredi de chaque [semaine. C’est l’entrepôt des fleurs fe plus coquet de (Paris, est-il besoin de le dire, aux matins et aux [soirs de printemps ; les femmes abondent en cet endroit. Plus d’une maison, plus d’un magasin sur la jplace de la Madeleine méritent d’être mentionnés ; à tout seigneur tout honneur : cette construction qui [[porte le numéro 20, *a le privilège d’abriter, depuis |les années déjà, un homme que la philosophie, les lettres et la politique ont rendu célèbre. Les fenêtres jle ce cinquième étage sont celles de l’appartement de

Jules Simon ; à l’encoignure de la place où demeure l’illustre académicien, s’ouvrent deux grands établissements : d’un coté, c’est le célèbre restaurant Durand et de l’autre le vaste et modeste abri des dîneurs à bon marché, le bouillon Duval. L’or, les marbres, les glaces et les fleurs, sont répandus à profusion chez les deux rivaux. Toutefois le prix des repas diffère singulièrement. Avec deux louis on vivrait un mois au bouillon Duval, chez Durand c’est ce que coûte souvent un seul déjeuner. Ce restaurant n’héberge que les riches, les parvenus et les heureux de la

terre.

Encadrée par les monuments du garde-meuhles ef du Ministère de la marine, l’église de la Madeleine termine d’une façon grandiose la perspective de la large et somptueuse rue Royale.

Louis XV posa la première pierre de l’église en 1764, les travaux furent suspendus à la fin du siècle Napoléon Ier décréta en 1806, qu’un temple de 1 gloire, dédié à la grande armée, et portant sur h fronton : « L’empereur Napoléon aux soldats de grande armée » serait érigé sur cette place. Les cons J téuctions étaient fort avancées, quand arrivèrent le désastres de 1814 et 1815. La Restauration écarta naj turellement l’idée conçue par Napoléon : une ordonj nance royale de 1816 rendit au monument son titr primitif d’église de la Madeleine, et l’on s’occup d’approprier l’ancien temple de la gloire à sa nouvel] destination. L’église ne fut consacrée qu’en 1842, p; l’archevêque de Paris. La Madeleine, entourée de s< cinquante-deux colonnes corinthiennes rangées si

DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE

une seule ligne, est empreinte de cette beauté que produit la grandeur, mais un sens manque à l’église, l’appropriation, en un mot l’idéal chrétien : c’est un temple grec.

La décoration intérieure de l’église a été ordonnée avec magnificence; le cintre qui surmonte le maîtreautel est occupé par une magnifique peinture, le sujet de l’œuvre de Ziegler est l’histoire du Christianisme.

Pendant longtemps, à l’église de la Madeleine, s’attachera le douloureux souvenir de l’abbé Deguerry, le pasteur illustre qui, pendant vingt ans, demeura chef de cette paroisse. Ce courageux et inoffensif vieillard, fit le bien jusqu’au jour où aligné contre le mur de la Roquette, il tomba frappé au cœur par un peloton d’assassins.

Dans les magnifiques églises de la Madeleine, de la Trinité, de Saint-Augustin, de Saint-Roch, la pompe des cérémonies religieuses règne avec une rare science de la mise en scène. On se rappelle le mot de Voltaire : « L’église les jours de fête, est l’opéra des gueux. »

I C’est une de ses impertinences philosophiques, mais ce n’est pas un vain mot. L’église enseigne la morale, mais elle initie les pauvres à tous les arts, à la mu- :sique, à la peinture, à l’architecture.

Les exhaussements de terrain qui ont disparu n’étaient pas de formation géologique, ils étaient factices et étaient autrefois des dépôts d’immondices.

Une cause de l’inégalité du sol dans Paris, a con-j sisté dans l’usage, fort ancien, d’entasser sur différents lj points les immondices et les graviers de la ville. Ces amas étaient nommés Buttes, Copeaux,. Monceaux. La! plupart présentaient l’image de petites montagnes, comme la butte de Bonne-Nouvelle, comme la butte de Saint-Roch, aplanie en 1645, comme la butte des Moulins, supprimée en 1879 pour le percement de l’avenue de l’Opéra. Cette percée permit d’en étudier le terrain couche par couche, depuis le sommet jus qu’au tuf. Rieri de ce qu’on y découvrit ne remontai plus haut que le seizième siècle : ce fut en effet l’époqu de sa formation. La butte des Copeaux, au Jardin de Plantes, existe en son entier; c’est le produit d’un agglomération successive d’immondices, de graviersj de terre rapportés ; elle est devenue un des ornement du Jardin des Plantes. On l’a recouverte de plantation1 dessinées en labyrinthe. Le mot copeau dans le vieu

langage signifie butte, on en a fait le nom de la rue Copeau.

Les exhalaisons malsaines qui s’échappaient, dans le faubourg Saint-Marcel, de ces amas d’immondices portaient le nom de Mouffettes. On donna à sa grande rue le nom de Mouffet'ard, ce nom enferme avec lui son étymologie.

A l’époque où Jeanne d’Arc assiégea Paris, il était protégé par des fortifications et parla Seine. Le côté le plus faible était à la porte Saint-Honoré et à la butte des Moulins, à l’endroit où est aujourd’hui la place du Théâtre-Français. Sur la butte on voyait des moulins, ailes déployées, attendant la brise.

Jeanne d’Arc pressa le roi d’ordonner l’assaut; à la tête d’une troupe de gens à pied, elle marcha vers la brèche, chassant devant elle les Anglais que sa vue ; frappait d’épouvante. A ce moment un trait d’arbalète lui perça la cuisse et la renversa baignée de sang sur le talus. La Hire, Dunois, Xaintrailles et l’élite des i chevaliers qui combattaient avec elle, luttèrent pour j l’empêcher de tomber entre les mains des Anglais. Cet échec répandit la consternation parmi les troupes royales et on leva le siège.

Quel charme dans ces deux figures : Jeanne d’Arc ■et Geneviève! Tour à tour ces deux héroïnes ont accompli le même prodige, l’une en faveur de. Lutèce, l’autre à l’égard de la* France. Geneviève empêcha le pillage et la destruction de Lutèce appelé à devenir la grande capitale, Jeanne chassa les Anglais du territoire.

Leur légende, où le merveilleux est étroitement as-

socié à la réalité, a été attaquée et tournée en ridicule par les philosophes du dix-huitième siècle. Aujourd’hui Jeanne d’Arc est une sorte d’idole. Elle est vénérée comme une sainte par ceux mêmes qui ne croient ni à Dieu ni aux Saints.

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