LA TOUR DE NESLE
Au point précis où s’élève aujourd’hui le pavillon oriental de l’Institut se dressait la célèbre Tour de Nesle. La Seine tourbillonnait à son pied, une plaque commémorative indique cet emplacement.
Un seigneur de Nesle, dans la seconde moitié du treizième siècle, acheta à l’Abbaye de Saint-Germain, un terrain sur lequel il fit construire un magnifique palais, vendu ensuite à Philippe le Bel. Sous François Ier, l’hôtel de Nesle fut supprimé et transformé en hôtel des Monnaies.
Brantôme parle d’une princesse qui se tenait à la Tour de Nesle, et faisait le guet aux jeunes gens pour les attirer. Elle se donnait à eux; à minuit ils étaient assassinés, leur cadavre précipité dans la Seine afin de se débarrasser d’eux plus sûrement.
Brantôme tait son nam; Villon qui écrivait un siècle plus tard n’est pas moins discret, comme le prouvent les vers suivants :
Semblablement où est la Reine, Qui commanda que Buridan,
Fut jeté en un sac sur Seine, Mais où sont les neiges d’antan ?
Ce Buridan avait échappé au guet-apens par miracle; les chroniqueurs font peser cette terrible accusa-
tion de luxure et d’assassinats, les uns sur la femme de Philippe le Bel, les autres sur Marguerite de Bourgogne, femme de Louis le Hutin. Le peuple, dans ses veillées, parlait sans cesse des orgies de la Tour de Nesle, et des scènes sanglantes dont elle était le théâtre, on comprend que ces souvenirs aient inspiré un drame. Il y a réellement quelque chose d’attachant et de terrible dans cette histoire de débauche et de tueries princières, consommées le soir entre les murs éteints d’une tour, et n’ayant pour témoins que les lampes qui brûlent, les assassins qui attendent. Il y a quelque chose qui saisit l’âme dans l’égorgement de ces hommes qui tous étaient jeunes et beaux.