L'ANCIEN HOTEL DE NESLE
L’ancien hôtel de Nesle fut la dernière habitation de Catherine de Médicis ; la nouvelle Bourse de Commerce est construite sur son emplacement.
Avant d’abandonner les Tuileries, Catherine de Médicis choisit pour demeure l’ancienne habitation des seigneurs de Nesle. Cet hôtel avait eu des maîtres différents ; les seigneurs de Nesle en firent présent au roi Louis IX. Le roi le céda à sa mère Blanche de Castille, elle y fit son séjour ; Thibaut, comte de Champagne, ce vaillant capitaine et le plus gentil des troubadours, avait soupiré bien des lais amoureux aux échos plaintifs de l’oratoire de la reine mère. L’hôtel passa ensuite à Jean de Luxembourg, roi de Bohème tué à la bataille de Crécy. Après sa mort il fit retour à la couronne.
Il appartint à Louis d’Orléans, frère de Charles VI ; c’est à ce prince que la rue d’Orléans Saint-Honoré doit le nom qu’elle porte encore. Le roi donna l’hôtel au couvent des filles repenties. Cet état de chose dura
jusqu’à la mort de Charles IX. Toujours obsédée de la prédiction de son astrologue, Catherine de Médicis résolut d’abandonner les Tuileries, elle choisit pour demeure nouvelle T ancien hôtel des seigneurs de Nesle. Mais, comme depuis un siècle et demi il n’avait plus rien de la splendeur des anciens propriétaires, Catherine le fit magnifiquement réparer ; on l’appela l’hôtel de la reine.
Pour remplacer son observatoire des Tuileries, Catherine de Médicis fit élever par Jean Bullant, une longue colonne élancée, haute de cent pieds, cannelée de la base au sommet et percée à l’intérieur, comme la colonne Trajane, d’un escalier à vis ; elle montait à ce nouvel observatoire pour espionner les étoiles, tâchant de deviner les destinées des rois, la sienne propre. Son hôtel devint le rendez-vous de tout ce qu’il y avait de jeune et de beau à la cour de France. Les fêtes s’y succédaient ; à la faveur du masque et des travestissements les chefs de la Ligue y coudoyaient les mignons d’Henri III ; c’est dans une de ces fêtes que Saint-Mégrin puisa dans les beaux yeux de Catherine de Clèves, Duchesse de Guise, cet amour qui devait le perdre. Catherine de Médicis habita cet hôtel quatorze ans ; elle mourut en 1589, chargée de dettes, les créanciers vendirent le palais à Charles de Bourbon, comte, de Soissons, fils du prince de Condé et mari de la fameuse Olympe de Mancini, nièce de Mazarin. Cet hôtel eut la gloire d’être la maison natale d’un des plus grands généraux du siècle si célèbre sous le nom de prince Eugène ; là commença et grandit l’enfance d’un homme qui devait balancer avec le
plus d’avantage la destinée vieillie de Louis XIV, et tirer la plus cruelle vengeance de ses dédains.
En 1779 l’hôtel de Soissons fut mis en vente ; la ville s’en rendit acquéreur.
C’est sur cette souche glorieuse rappelée par nous, que le Prévôt des marchands M. de Viarmes, et ses échevins MM. de Yarenne et Ohlin, greffèrent un rameau plébéien, en construisant sur l’emplacement de l’hôtel de Soissons la halle au blé et aux farines.
On respecta l’observatoire de Catherine de Médicis. La colonne reposait à sa base sur une fontaine aux armes dè la ville et dont les eaux étaient d’une grande utilité pour les habitants du quartier.
La Bourse du Commerce a remplacé l’ancienne halle au blé et aux farines. L’aspect du monument est simple et gai. On a dégagé ses abords, le quartier a été transformé de fond en comble par la percée de la rue du Louvre ; des hôtels somptueux s’élèvent en bordure sur la nouvelle voie. Les constructeurs de la Bourse du Commerce ont teuu à conserver, à leur tour, le seul souvenir d’art de l’hôtel de Soissons ; l’observatoire de Catherine de Médicis est adossé au monument et apparaît, comme une merveille improvisée aux Parisiens, à ceux-là mêmes qui avaient l’habitude de passer par là naguère sans y jeter les yeux.