LE JARDIN DES PLANTES
Le Jardin des Plantes est assurément P institution la plus populaire, non seulement de Paris mais du monde entier ; il est le premier monument que visite tout étranger dans notre capitale. Il est pour ainsi dire une réduction de l’univers ; on y trouve le résumé de la création : animaux vivants et morts, toutes les plantes, ornementales et industrielles, sauvages et cultivées, en serre, en orangerie, en aquarium, en caisse et en pleine terre, des spécimens de tous les minéraux. Autour de vous toutes les merveilles accumulées de la nature, tous les mystères, tous les secrets dévoilés par la science, toutes les productions du globe à grands frais ramassées, d’univers dans un jardin.
Le Jardin des Plantes fut créé par Richelieu en 1628, Guy Delabrosse, médecin de Louis XIII en eut la premier la direction ; il a été successivement agrandi, plusieurs portes lui donnent accès, entrez de préférence par la porte d’Austerlitz, la porte d’honneur. Vous pouvez vous abriter sous le premier acacia venu de l’Amérique septentrionale, planté par Pierre Robin,
démonstrateur de rétablissement en 1638. Cet arbre vénérable a pour famille l’innombrable postérité, qui est l’ornement de nos jardins et de nos parcs. La science reconnaissante lui donna le nom de Robinia.
Dans la partie haute du jardin des allées sinueuses sont pratiquées ; peuplées de toutes sortes d’arbres verts, elles forment le grand labyrinthe où l’on voit le cèdre du Liban, qui a couvert de son ombre des générations de visiteurs, on connaît, sa légende : lors de son voyage sur le plateau du Liban, Bernard de Jussieu en rapporta un petit pied ; il se servit de son chapeau pour y mettre le brin de verdure qui devait être plus tard un arbre géant. Le voyage fut long, tempétueux, l’eau douce manqua, on la mesura à chacun, le cèdre fut l’enfant du savant, il lui donna la moitié de son eau et le ranima, Jussieu faillit mourir de soif pour sauver son arbuste. Quand il fut de retour au Jardin des Plantes, il y chercha un coin de la meilleure terre pour y faire sa plantation ; c’est près de la butte dont on a fait le labyrinthe qu’il trouva ce coin béni ; le sol en était excellent. Jussieu savait que pendant des siècles le M'ont faucon de Paris, de la rive gauche, s’était créé là et que le monticule, ou copeau du labyrinthe, avait été formé par un amas d’immondices, qui sont pour la terre un. si merveilleux engrais. Le cèdre qu’on devait y planter devait certainement pousser là 3n ne peut mieux. En effet Jussieu eut le bonheur de le voir croître comme par magie.
Lorsqu’il mourut, quarante-trois ans après, il pouvait admirer la cime de son arbre chéri qui dominait les plus grands arbres. Il serait, beaucoup plus élevé
encore si la flèche n’eût été cassée par mégarde. Ces sortes d’arbres poussent par le sommet des branches et quand ce sommet est coupé ils ne croissent plus. Le vieil acacia et le cèdre du Liban, ces témoins séculaires du passé, sont deux monuments du Jardin des Plantes, car la nature a ses monuments comme les arts.
Engagez-vous dans les spirales du labyrinthe, elles vous mèneront au sommet de la butte de la colline, vous y jouirez du panorama de Paris.
Près de là on vous montre une maison d’apparence modeste : là fleurit un de ces génies qui font époque dans les siècles, la sublime intelligence qui exhuma de la poussière du globe les archives éteintes des créations disparues, c’est là qu’habitait Cuvier.
Dans le voisinage demeurait Buffon; c’est là qu’il recevait les hommages de l’Europe savante et que s’accomplissaient ses immenses travaux.
Dans votre course arrêtez-vous devant la rotonde des singes; ils sont les favoris de la foule, ils amusent le public, ils sont pour lui une source inépuisable de rire et de distractions. Les singes gambadent, jouent, grimacent et mangent; on construisit pour eux en 1836, ce palais à jour soutenu par des colonnettes de fer; à gauche vous avez la ménagerie des animaux féroces : elle est rarement au complet, les tigres y périssent d’ennui, les lions ont la nostalgie du désert. On peut assister à leur diner, en un clin d’œil, chair, os, et peau, tout est englouti. Près de là s’étendent de grands parcs ombragés, divisés en compartiments; ces parcs abritent toute une population d’aninaaux charmants,
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
qui viennent manger dans la main le pain que vous leur tendez derrière les barreaux. Parmi ces espèces de ruminants, je signale à votre attention les yacks ou vaches à queue de cheval, récemment importées du Thibet, remarquables par leurs formes trapues, la queue touffue et par la longue laine qui traîne jusqu’à terre.
Les oiseaux de proie perchent ou volent à leur gré derrière d’élégants treillis. Un condor est à la ménagerie depuis 1826. Les oiseaux aquatiques se livrent aux délices du bain dans une onde transparente ; parmi eux on remarque le pélican et l’ibis sacré; un hémicycle de fils de fer retient prisonniers dans des cages spacieuses de beaux oiseaux de toutes sortes.
Dans le Musée des reptiles vivants, les serpents reçoivent les soins les plus intelligents qui permettent d’étudier leurs mœurs et surtout celles des terribles crotales.
Dans la galerie de la zoologie, vous voyez des squelettes gigantesques d’animaux antédiluviens qui couvraient la surface du globe.
Dans les cabinets d’anatomie comparée sont rangées {toutes les races d’animaux connues. On remarque le squelette du jeune assassin de Kléber, général en chef îde l’armée française en Egypte ; il a été donné au Musée par le célèbre chirurgien Larrey;, le squelette de Bébé, le nain du roi Stanislas, la Vénus hottentote, l’homme préhistorique, etc., etc.
Dans la nouvelle galerie de paléontologie ouverte pu public en 1883, allez voir le squelette de YElephas Yneridionalisy découvert dans un marais du départe-
MPRE SSIONS DE VOYAGE DANS PARIS
ment du Gard; il a été trouvé en place tout entier, ses os très friables risquaient de tomber en poussière, on les enduisit de blanc de baleine, au fur et à mesure qu’on les extrayait; il surpasse Je squelette des plus grands mammouths et des mastodontes.
Par P ensemble des curiosités que renfer me le Jardin des Plantes, il mérite d’être au premier rang des mer- : veilles de Paris ; il est l’abrégé du monde, son prestige il le doit à ses riches collections, mais aussi à Pau- j réole de gloire qui entoure les noms des savants qui I s’y 'succédèrent. Jamais en effet aucune institution ne ! nous offrit une si magnifique pléiade : les Buffon, les Tournefort, les Jussieu, les Bernardin de Saint-Pierre, |j les Cuvier, les Lamarck, les Daubenton, les Lacépède, J les Geoffroy Saint-Hilaire ; de nos jours les Blinville, j les Daubrée, les Milne Edwars, les Fremy, etc., etc;! j continuent avec non moins d’éclat l’oeuvre de leurs | prédécesseurs. .
Une circonstance détourne du Jardin des Plantes le ; courant des classes riches. C’est la création à l’autre j bout de Paris du Jardin d’ Acclimatation.
LE JARDIN D’ACCLIIVlATATîON
Ce jardin n’est pas seulement une des plus charmantes et des plus agréables promenades de Paris, il t un des établissements les plus utiles ; il est appelé acclimater, à multiplier, à répandre dans le public utes les espèces animales ou végétales, introduites i France et dignes d’intérêt par leur utilité ou par ur agrément.
En mai 1864, une société d’acclimatation se fonda Paris, la ville lui céda vingt hectares du bois de Bou- ^ne; les travaux, sous l’habile direction de M. Geof- Ipy Saint- Hilaire, avancèrent rapidement, et bientôt Jrès le Jardin put être ouvert au public. Il obtint, as le premier jour, un succès que rien encore n’a Imenti et qui ne fait que s’accroître ; les entrées agmentent chaque jour.
ilAprès avoir visité la grande serre vous avez devant xus une immense volière; vous admirez des perroqets superbes, rouges, bleus, jaunes, verts à huppe linche, à front blanc, à gorge rose. Là s’ébattent difn entes espèces volatiles, c’est une cacophonie de
chants variés se croisant dans l’air, un éblouissement de plumage. Visitez aussi la volière des petits oiseaux. Quel groupe charmant que ces petits êtres dans leiu cage sur leur petite tige de bois; on les voit se blotti i les uns contre les autres comme des bijoux animés, comme une brochette multicolore.
Un peu plus loin sont en groupes les palmipèdes les oiseaux d’eau, les ravissants canards de la Chim et de la Caroline.
Le Jardin d’ Acclimatation possède, répandus dan ses volières, toutes les variétés de pigeons domestii ques que les amateurs recherchent, tant pour la tabl que pour l’ornement. Les races varient entre elle autant par les formes que par le plumage. On a établi dans le Jardin un colombier militaire où de pigeon voyageurs ; chacun sait quels furent les services ren dus par ces pigeons pendant la guerre franco -aile mande, ces gentils messagers firent correspond] Paris investi avec les provinces. Ils devinrent les pré deux auxiliaires des ballons. Le Jardin d’Acclimi tation a un conservatoire de ces pigeons. Ils ont merveilleux instinct pour retrouver le chemin de 1er colombier, on s’en sert pour porter les ordres c bourse, les dépêches de la presse et des particulier ils font un kilomètre de parcours par minute.
Dans des chenils spacieux vous voyez des représe tants des plus belles races canines : races de chassj d’utilité ou d’agrément, de fort beaux lévriers, d dogues, des danois de taille colossale, des chiens d IJyrénées et du mont Saint-Bernard.
Visitez les bâtiments consacrés à l’engraisseme
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
mécanique de la volaille. Les poulets sont placés dans les compartiments d’une grande épi nette circulaire et tournant sur un pivot, ce qui permet à l’employé chargé de les gaver, de les amener successivement en face de lui. Les volailles sont saisies par la tête à mesure qu’elles se présentent; il leur introduit dans le bec, au moyen d’un tube de caoutchouc, la ration indiquée par l’expérience, en dix-huit jours un poulet a doublé de poids et peut être livré à la consommation.
Un homme, grâce à ce système', peut gaver à lui seul quatre cents poulets à l’heure; les visiteurs se procurent à l’établissement même des volailles grasses, toutes prêtes à mettre à la broche; on est étonné de la blancheur de leur peau et de la finesse de leur chair.
La laiterie est très fréquentée pendant la belle saiso i, il s’y débite jusqu’à six cents tasses de lait par jour, sortant tout chaud et mousseux du pis de la vache.
Voyez les fameux lions de mer des glaces polaires. Ils se rapprochent des poissons, ne peuvent marcher sur terre qu’en rampant sur le ventre, n’ont point de pattes, s’apprivoisent facilement, ont un goût prononcé pour la musique. Ils montent au sommet du rocher qui surplombe leur bassin et sur un signe de leur gardien, se précipitent dans l’eau la tête la première.
Les kanguroos offrent un spectacle aussi intéressant, Non seulement ces animaux se meuvent sur les pieds de derrière avec une espèce de secousse convuls ve, mais la femelle porte son petit dans une poche
ouverte au milieu du ventre. Le petit kanguroo met le nez à cette fenêtre.
I /attelage le plus merveilleux, c’est celui de l’autruche, le plus haut des oiseaux connus, et devenu un agent de locomotion. Sa voiture est une occasion de grands plaisirs pour les enfants ; ils la préfèrent à une promenade sur l’éléphant.
En Algérie et au Cap, les tentatives faites pour domestiquer l’autruche ont pleinement réussi. On comprend de quelle importance peut être son élex^age au Jardin d’ Acclimatation lorsqu’on songe qu’en 1870 le Cap a exporté pour quatre millions de ses plumes elles provenaient pour la plupart d’oiseaux élevés en captivité.
On sait que la voracité de l’autruche et ses facultés digestivës sont extraordinaires. J’ai été témoin du fait que Aroici : Un jour, un brave soldat qui portait fièrement sur sa poitrine la médaille du Mexique et la croix de la légion d’honneur, s’était arrêté devant le parc des autruches; il racontait à un jeune conscrit, qu’en Afrique il avait vu tuer et manger beaucoup d’oiseaux pareils. Le conscrit écoutait religieusement son ancien; une autruche avança la tête, happa les croix du vieux hrave, les avala et continua paisiblement sa promenade. Laissez des cailloux à la portée des autruches, elles en déjeuneront.
On verrait difficilement un plus bel assemblage de plaisirs et de curiosités. Le Jardin d’Acclimatation est un coin du paradis terrestre.