LE BOIS DE BOULOGNE
Au temps des premiers rois de France, tout l’espace ompris entre Paris et Saint-Cloud était occupé par une aste forêt qui s’appelait Rouvray. Ce mot venait de ouvre (en latin robur), espèce de chêne qui y était en rande abondance. Elle fut longtemps le théâtre des xploits cynégétiques des rois mérovingiens chasseurs t chevelus, des souverains du Moyen-Age et de la Reaissance. La forêt résonna du cor des piqueurs, sonant l’ hallali et la curée ; elle conserva ce nom jusqu’à e que quelques pèlerins, qui revenaient de Roulogneur-Mer après un naufrage, obtinrent en 1319, la perlission d’élever sur les bords de la Seine une église l’instar de celle de Roulogne-sur-Mer. Le nom de loulogne resta à la forêt et au village. Ce qui contribua donner de la notoriété au bois et à y attirer ce que ’ar'is avait de plus riche et de plus élégant, ce fut une bhaye de religieuses, établie dans un village appelé iOngchamps ; elle avait été fondée par madame Isabelle e France, sœur du roi Louis IX. Les recluses étaient
jeunes et jolies, c’en était assez pour attirer l’attention des Muguets et des Verts galants de la Cour ; voilà donc la jeunesse en pèlerinage. Voici les regards l travers les grilles, les billets doux par dessus les portes, les visites nocturnes par dessus les murs. L’ar chevêque de Paris mit fin à ces scandales, on cess; ces pèlerinages à l’abbaye; mais on vint à parler de concerts spirituels qui s’y donnaient le mercredi, 1 jeudi et le vendredi saints. Les voix les plus mélodieu ses et les plus fraîches chantèrent les saints cantiques bientôt ce ne fut plus une mode, mais une frénésie j tout Paris, toute la Cour se ruèrent dans l’allée qu conduisait à l’abbaye, les femmes éblouissantes de pa rures, les équipages dorés, c’était Paris représent par ce qu’il y avait de plus noble et de plus riche. E 1793, les religieuses furent proscrites; mais la mod ne voulut pas que la promenade subit le sort de l’ai baye, elle continua à être la réunioïi de toutes b aristocraties; on y faisait assaut de fraîches toilettede modes nouvelles. C’était comme un tournoi de toute les élégances mais, hélas! les promenades, comme 1< empires, ont leur grandeur et leur décadence, la mon abandonna celle de Longchamps.
En 1852, M. Varé fit subir au Bois de Boulogne ui transformation générale; son sol était entièremei plat, les anciennes routes, monotones et à perte de vu furent remplacées par des chemins en labyrinthe, d échappées, des pelouses et des massifs combinés < la manière la plus ingénieuse. M. Varé perça deux la et du produit des déblais forma la butte Mortema cette charmante terrasse d’où la vue embrasse le me
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Valérien et sa forteresse, Saint-Cloud, puis Paris dans le lointain. Ces lacs, bordés de chalets, couverts de gaiers embarcations charment le paysage, et l’on évolue cette image du poète norvégien qui appelle les lacs les yeux bleus de la terre. Le Bois de Boulogne est un parc que tout l’Europe vient admirer et nous envier; il est le lieu le plus enchanteur et le plus délicieusement complet qui soit sur la terre.
Presque toujours, un sentier latéral permet au piéton solitaire et rêveur une promenade que ne trouble ni la roue étincelante des équipages, ni le galop fougueux des cavaliers; on y éprouve la plus agréable impression de solitude. Que d’illustrations politiques j’y ai rencontrées, n’étant plus condamnées à la pose d’une attitude, aimant à passer inaperçues, regardant et non regardées ! C’était leur joie.
Le Pré Catelan forme à lui seul une charmante promenade, tous les plaisirs s’y donnent rendez-vous; on a groupé autour, des théâtres, des salons de toutes sortes. Catelan était un troubadour, un élève de la gaie science, célèbre par ses lais, ses fabliaux, ses poésies; mandé à Paris par Philippe le Bel, il quitta la Cour de Provence et fut assassiné par des routiers et des malandrins. Au quatorzième siècle, le Bois de Boulogne était infesté de voleurs et d’aventuriers et longtemps sa réputation ne valut guère mieux que celle de la forêt de Bondy, de sinistre mémoire. D’après la légende, Catelan fut assassiné sur l’emplacement où s’élève la pyramide enveloppée de plantes grimpantes et de lierre touffu.
On sait des voyageurs qui se sont écriés à l’ombre
MPRESSIONS DE VOYAGE
du Vésuve : Voir Naples et mourir! Combien de femmes de Lisbonne à Moscou ont dit en soupirant : Voir le Bois de Boulogne et s’y promener ! Ce bois représente quelque chose comme les Jardins d’Armide oii tous les luxes, toutes les coquetteries, toutes les élégances, toutes les aristocratiques oisivetés et tous les caprices, se mêlent dans un perpétuel tourbillon.
François 1er, la plus brillante personnalité de cette race élégante et fastueuse des Valois, à son retour de Madrid, voulut qu’ane partie du Bois de Boulogne lui rappelât sa captivité et se fit bâtir une maison de plaisance qui fut une des plus merveilleuses du temps ; elle fut avec Chambord sa retraite favorite. Louis XIV fit jeter le château par terre et sur ses débris s’est élevé un restaurant très à la mode. Qui pourrait calculer le nombre de petits pieds, finement chaussés, que le restaurateur a vus traverser gaiement son enceinte? On remplirait un fleuve avec le vin de Champagne qu’on y a consommé.
Les rochers de la cascade de Longchamps furent amenés par eau de la forêt de Fontainebleau que traverse la Seine; tous ceux qui étaient trop énormes furent divisés en soixante ou quatre-vingts fragmentsj afin d’en faciliter le transport; on numérota les morceaux pour les rajuster et conserver aux rochers lem forme primitive. La cascade se brise sur eux de la manière la plus pittoresque. ^
Le bois appartient à la ville de Paris depuis 1852,. il contient plus de sept mille hectares, il a seize portes : la ville ne tolère aucune habitation particulière dans l’intérieur.
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
L’arc-de- triomphe de l’Etoile est la porte triomphale u Bois de Boulogne, il voit passer chaque jour toutes îs pompes, toutes les folies, toutes les fureurs du luxe arisien.