LES PONTS
Les plus anciens ponts de Paris sont le Pont an Change, et le Petit Pont qui datent du temps des Gau-
lois; ils joignaient les deux extrémités de la voie tor
tueuse qui traversait la Cité. Le premier, appelé d’abord grand pont, prit en 1140, son nom actuel des Changeurs qui s’y établirent. Ces changeurs étaient presque tous Italiens, Lombards, ils faisaient le commerce de P or et de l’argent, nos rois avaient souvent recours à ces banquiers. On rebâtit le pont complète ment pour qu’il fut dans l’axe du boulevard; il était i autrefois couvert de maisons qui furent abattues en 1788. Pu reste, excepté le Pont-Neuf, les ponts de la Cité étaient autrefois couverts d’habitations qui leur donnaient l’aspect d’une rue; le Pont de Notre-Dame où le Petit Pont a subi une reconstruction à peu près complète.
Quand le quartier Saint-Honoré d’un côté et le fau-
bourg Saint-Germain de l’autre commencèrent à se
bâtir, il fallut les unir par un pont, comme nous l’avons dit dans un chapitre spécial sur le Pont-Neuf,
La suppression de la foire de Saint-Germain en 1806 enleva la vie, la foule à la rive gauche.
Le Pont des Arts traverse la Seine du Louvre à l’Institut.
Le Pont Royal date de 1685. Avant sa construction on traversait la Seine sur un bac.
ILe Pont Solférino, le moins fréquenté de tous, a été construit après la guerre d’Italie en 1859.
Un édit du roi, en 1786, prescrivit la construction d’un nouveau pont, le Pont de la' Concorde en face de la place Louis XV. M. Perronnet, ingénieur architecte, fut chargé de dresser le projet ; en 1787 eut lieu la
I cérémonie de la pose de la première pierre, les travaux furent terminés en 1792, le pont fut achevé avec une partie des pierres enlevées à la Bastille.
Un jour, en 1810, Napoléon traversant le pont fut frappé de sa nudité, de l’absence de toute oeuvre décorative; il donna l’ordre au Ministre de l’Intérieur de lui soumettre un projet de décoration, qui n’eut pas de suite. En 1816 une ordonnance royale porta qu’on élèverait douze statues sur le pont de la Concorde, mais ce ne fut qu’en 1828 que l’on plaça sur les piédestaux de ce pont les statues colossales en marbre blanc de Sully, l’abbé Suger, Duguesclin, Colbert, Tu renne,
| Duguay-Trouin, Suffren, Bayard, Condé, et Richelieu; en 1837 on reconnut que ces statues écrasaient le pontet compromettaient sa solidité. Ces grands hommes du temps passé formaient la haie aux hommes vivants de la Chambre des Députés, qui leur demandaient sans doute de nobles et utiles inspirations ; ces statues furent transportées à la Cour d’honneur du
palais de Versailles. Depuis, les piédestaux sont demeurés vides ; on se demande ce que l’administration substituera à ces statues : la question est à l’étude depuis 1837.
Le pont nous dépose en face de la Chambre des Députés. Mirabeau fonda la tribune française. Que de choses contient ce mot ! Elle est depuis soixante ans la bouche ouverte de l’esprit humain, disant tout, mêlant tout, le bien, le mal, le vrai, le faux; que de talents, d’aptitudes variées elle a produits! La tribune est l’espoir de tout ce qui est opprimé, une prodigieuse turbine d’idées, la garantie des citoyens, la liberté de discussion, le contrôle de l’impôt, la sécurité de chacun, l’éclat de la France.
Le Pont d’Iéna doit son nom à la bataille gagnée sur les Prussiens en 1806. A l’époque de P invasion étrangère, Blücher qui commandait l’armée prussienne, voulut faire sauter le pont, espérant ainsi effacer le souvenir d’une honte et d’une défaite; Louis XVIII s’opposa vivement à cet acte de vandalisme et alla jusqu’à dire : Si vous persistez à détruire le pont vous me ferez sauter aussi; Blücher transigea avec Louis XVIII ; le Pont d’Iéna s’appela Pont des Invalides et fut conservé.
Le quai d’Orsay commence au Pont d’Iéna. Charles Boucher, seigneur d’Orsay, fut Prévôt des marchands de la ville de Paris de 1700 à 1708 et a donné son nom au quai d’Orsay. C’est près de ce quai que fut guillottiné en 1794, l’intègre magistrat Bailly ; la proclamation de la loi martiale et la fusillade qui en fut la conséquence servirent de thème à l’accusation ; il
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
fut condamné à être exécuta le 11 novembre 1793 au Champ -de -Mars, pour purifier par son sang la place où son prétendu crime avait été commis. Bailly fut conduit à pied, escorté par une populace assez lâche pour insulter le vieillard qui l’avait nourrie; pendant Je trajet de la Conciergerie au Champ-de-Mars, on lui brûla sous le nez le drapeau rouge, d’autres lui jetaient des ordures, le bourreau se hâta de mettre fin à ses souffrances, /