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LE GRAND SIÈGE DE PARIS PAR LES NORTHIYIANS EN

Une légende représente le vieux Charlemagne, quelles jours avant sa mort, debout devant une haute enètre de son palais à Aix-la-Chapelle, écoutant dans e lointain la rumeur confuse et croissante de l’invaiou des hommes du Nord, les Northmans. Les yeux ixés sur l’horizon, Charlemagne prévoyait les calarniés qui allaient se déchaîner sur son empire.

Les Northmans ? mot affreux pour les hommes du Leuvième siècle, qui résumait pour eux toutes les tereurs, toutes les abominations, le feu, le sang, et les armes.

C’est une histoire bien étonnante que celle des blasions normandes. Voilà des bandes de pirates, féroes hommes de guerre, hardis bateliers qui se sont faits ois de la mer parce que la terre leur manquait, loups urieux, bien autrement redoutables que les Germains ui les ont précédés, lis arrivent en masse du fond es mers septentrionales sur nos côtes. Des branches e l’Escaut, de la Garonne, de la Loire, de la Seine, ils

pénètrent au cœur du pays, ils s’y abattent comme 1 des oiseaux de proie ; à chaque halte le pays est ravagé, j (pillez, incendiez, point de quartier, disent les chefs, 1 tuez, brûlez). Les Xorthmans envahissent les bourgs, \ les villes, les villages, les abbayes ; ils massacrent les | enfants, les femmes, les jeunes gens, les vieillards. : Dès que retentissait le son aigu et sinistre des cois d’ivoire et qu’apparaissaient le serpent et le dragon, enseignes de leurs chefs, les populations fuyaient éperdues ; les paysans poussaient devant eux leurs troupeaux, ils se réfugiaient dans les bois, dans les souter- . rains ; les moines emportaient sur les épaules les reliques des Saints. Les Xorthmans se chargent de butin, emplissent les barques et disparaissent.

Les Parisiens les connaissaient de longue date. Dans l’espace de quatre cents ans ils avaient apparu cinq j fois sous leurs murs, ils y avaient apporté la ruine et l’ incendie.

En 880 ou annonça une invasion formidable, des- ; tinée à anéantir Lutèce ; mais cette fois les Parisiens avaient organisé la défense, ils avaient réparé leurs : murs, fortifié leurs tours. De l’enceinte, se détachaient deux ponts qui la reliaient à la rive droite et à celle du nord. C’est ce que nous appelons aujourd’hui le pont au Change et le petit pont ou pont Notre-Dame. Deux , grosses tours, entourées de fossés profonds gardaient la double entrée de la Cité. Elles firent place plus tard au grand et au petit Châtelet.

En novembre 885 les Northinans arrivèrent devant Paris, ils étaient quarante mille guerriers ; leurs sept cents navires étaient suivis d’une multitude im-

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inense de barques ; le fleuve, dit le poète historien Abbon, semblait avoir disparu dans quelque gouffre qui le cachait à tous les regards. Dans une de mes visites au musée de Saint-Germain, j’ai cgntemplé avec une véritable émotion une de ces longues barques formées d’un seul tronc de chêne. C’était un dernier débris de cette flotte immense qui lors du siège de Paris en 885, couvrait la Seine sur une longueur de deux lieues ; en faisant le curage nécessaire pour l’établissement des culées du pont des Invalides, on trouva cette barque dans Pile des Cygnes' à huit pieds sous terre.

Le 25 novembre le siège commença. Deux hommes héroïques sauvèrent Paris et la France : le comte de Paris, Eudes, fils de Robert le Fort et l’évêque de Paris, Gozlin, l’un des hommes les plus distingués et. les plus braves de son temps. Il avait jeté sur sa chape de prêtre son habit de guerre, la cuirasse sur sa poitrine, le casque entête. Ils firent l’un et l’autre des prodiges de valeur, toujours au premier rang, ils animaient les assaillants par leur présence, ils enflammaient tous les courages. Dès que les barbares s’approchèrent des tours, les assiégés lancèrent d’énormes quartiers de roche qui écrasaient les soldats, en même temps on versait à flots sur eux l’huile bouillante, la poix fondue.

Ce qui ajoutait à P acharnement de cette lutte, c’est qu’elle était à la fois nationale et religieuse. Francs et Danois, chrétiens et sectateurs d’Odin, se combattaient irrités par une double passion. Les Yalkiris, divines messagères d’Odin, planaient sur les guerriers danois

prêtes à emporter sur le Wahalla les âmes héroïques.! Les patrons de Paris, saint Germain et sainte Geneviève, au dire du poète Abbon, descendaient aussi du ciel pour soutenir les cohortes parisiennes. Ce siège mémorable a trouvé comme celui de Troie son Homère barbare dans le moine Abbon. Devant une telle résistance les Northmans se retirèrent.

Il était facile au roi Charles le Gros d’anéantir les restes des bandes danoises, mais il n’avait pas plus d’intelligence que de cœur. Au lieu de combattre il négocia avec les barbares et consentit à leur payer une ! énorme rançon ; les Parisiens et les seigneurs indignés le déposèrent et donnèrent la couronne au comte de Paris, Eudes. Le dénouement d’une admirable lutte ne déshonora que Charles le’Gros, la gloire des Parisiens resta pure et garda un long retentissement à travers le moyen-âge.

Le siège de Paris fut un événement considérable, non seulement pour l’histoire de Paris mais pour celle de la France, de la chrétienté entière. Ce fut le dernier effort des barbares établis en France et s’ils avaient triomphé, peut-être eut- il fallu dire adieu à la civilisation chrétienne au moins pour quelques siècles.

On dit aujourd’hui que Paris est le cerveau de la France, au neuvième siècle il en avait été le cœur héroïque.

La France n’était pas encore constituée, mais sa capitale était désormais désignée. Le comte Eudes et l’évèque Gozlin surent nous affranchir de l’oppressioi étrangère.

Par quel concours de circonstances avait été ré-

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serve au comte de Paris, Eudes, l’incomparable honneur de fonder la maison de France, et de constituer une France nouvelle, province par province, siècle par siècle, il est intéressant de le rappeler. Les comtes de Paris avaient été créés par Constantin, ils étaient préfets de la Cité. Ces comtes furent les hommes de F empereur, puis du roi quand la monarchie franque eut pris la place de l’empire. Les comtes apparurent à Paris faibles, révocables à volonté, presque inaperçus; bientôt ils vont grandir, se rendre héréditaires. Au neuvième siècle la souveraineté était divisée ; tous les lieutenants, comme après la mort d’Alexandre, étaient devenus rois. Il n’y avait pas encore d’entente, de programme commun. Les seigneurs féodaux agissaient isolés les uns des autres, chacun se confinait chez soi, se retranchait derrière sa forteresse, recrutait des hommes. A cette époque il n’eùt pas fallu parler de dévouement à la cause nationale, ce mot était vide de sens, les seigneurs féodaux ne comprenaient que le dévouement de l’homme à l’homme, de vassal à suzerain. Les attaques fréquentes des hommes du Nord firent comprendre aux seigneurs féodaux qu’il était indispensable d’avoir un roi, à la façon germaine, pour combattre l’étranger, un chef d’un ordre supérieur; iis portèrent leur choix sur le comte Robert, duc de France, qui s’était fait remarquer dans les combats contre les Northmans. Ce Robert avait réuni autour de lui, comme les anciens chefs guerriers germains, une bande de volontaires, dévoués et hardis compagnons qui le suivaient parce qu’il était le plus brave d’entre eux. D’aventure en aventure il avait conquis un grand

renom. 11 avait épousé la fille de Louis le Débonnaire. On le surnommait le brave, le fort par excellence ; il courait partout droit aux envahisseurs, balayant les bords de la Loire, de la Seine et rejetant les pirates qui les infestaient ; sa popularité grandissait de jour en jour; l’Eglise lui appliquait les plus glorieux souvenirs; son historien le nommait leMachabée de France. Le roi ajoutait sans cesse à ces honneurs et distribuait des fiefs à ses compagnons. Il périt dans une rencontre contre les Northmahs; sa mort fut un deuil populaire.

Un tel homme mérite bien d’être le premier ancêtre de la dynastie la plus nationale qui ait jamais régné chez aucun peuple. Son fils Eudes occupe une des premières places parmi les créateurs de Paris.

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