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UNE VISITE A UN BUREAU DE PRÊT DU MONT-DE PIÉTÉ

La fondation du Mont-de-Piété de Paris remonte à 1777 ; il était institué pour défendre le commerce contre les usuriers clandestins qui prêtaient à des taux 1 exorbitants. Le siège du Mont-de-Piété est rue des ij Francs Bourgeois ; mais il existe trois succursales et y vingt bureaux auxiliaires.

Pour qui sait regarder et deviner, le public d’un h bureau du Mont-de-Piété est un spectacle fort inté- I ressant. Ces maisons qu’en leur pittoresque langage le |ij peuple appelle le clou, les étudiants, les bohèmes ma j| tante , ont l’aspect de toutes les maisons parisiennes.

Rien ne les désignerait plus qu’une autre à l’attention J de l’observateur, pas même le va-et- vient incessant j des visiteurs, n’étaient les allures particulières que d prennent ceux-ci pour entrer et sortir, une sorte de ! honte d’abord ; on dirait presque que c’est un mauvais : lieu. Ab ! comme on entre avec plus d’assurance à la I Banque de France et comme on sort avec plus de j fierté.

Si vous ne connaissez pas l’intérieur d’un bureau

de prêt, prenez la peine de me suivre, nous allons en visiter un ensemble ; la salle est partagée en deux compartiments : la partie réservée au public et la partie réservée aux employés. Ceux-ci sont graves, couchés sur leurs registres, impassibles sur leur fauteuil; là se rendent -tous les besoigneux de la société de Paris, les hauts comme les plus humbles. A un moment donné, les plus réfractaires à P emprunt, ceux qui se croyaient pour jamais à l’abri de cet ennemi impitoyable qu’on appelle la nécessité, viennent à ce guichet.

Le public d’un bureau de prêt est un spectacle fort intéressant ; on entre par la pensée dans toutes ces existences si diverses, échouées là par des raisons si opposées, par des motifs si différents ; on en sort souriant quelquefois, attristé presque toujours. La misère n’a rien de gai, meme la misère la plus joyeuse, et c’est la misère ou sa sœur honteuse, la gène, qui amène tous ces gens-là, si différents de costumes, d’âge et de position.

L’homme qui engage son matelas, la femme qui engage son linge, sa robe, c’est beaucoup sans doute y cela doit leur coûter de se séparer ainsi d’objets indispensables, et cependant ce n’est rien comparé aux poignantes angoisses de la femme qui, pour nourrir son enfant, est forcée de se séparer de bijoux de famille sacrés comme des vases d’église. La montre de l’aïeul, qui a sonné [tant d’heures de joie et de peine, le médaillon où sont enfermées des boucles de cheveux blancs ou blonds, les hochets d’ivoire du baby, source d’éternels regrets ; enfin toutes ces choses d’une valeur

DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE

inappréciable que l’employé, sans entrailles, estime trois francs, souvent parce qu’il ne peut pas les estimer au-dessous de ce chiffre légal, le dernier échelon du prêt.

Là, des malheureux de tous rangs forcés par une nécessité quelconque, accidentelle ou normale, viennent engager leurs hardes ou leurs bijoux pour ne pas mourir de faim.

Mais à côté de ces visages soucieux, ravagés, désespérés, il y a les visages radieux de ceux qui viennent dégager leurs effets. Ah! ceux-là ne sont pas silencieux comme les autres, ils n’entrent pas en se glissant, ombres furtives, parmi les autres ombres.

Le Mont-de-Piété arrive au chiffre énorme de trente millions d’affaires annuelles, les bénéfices sont versés dans la caisse de l’Assistance Publique.

Si l’imprévoyance ou P inconduite amène des emprunteurs, le plus grand nombre y vient poussé par d’autres causes et par des sentiments honnêtes; l’histoire de beaucoup de nantissements, est une page lamentable du drame de la vie humaine si pleine de misères sans nom et d’infortunes ignorées.

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