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LE PALAIS DU LUXEMBOURG

De grands souvenirs le recommandent à notre attention. Passant de maître en maître et d’usage en usage; tour à tour, sanctuaire de plaisirs et sanctuaire de douleurs, poussant des cris d’allégresse ou des cris de terreur, ayant à ses portes des geôliers ou des gardes, tribunal et prison en même temps ; se parant un jour pour une fête, se voilant le lendemain pour un mort. Voilà quelles ont été ses destinées.

Catherine de Médicis, croyant satisfaire un caprice tout personnel, prépara sans s’en douter, les loge! ments d’une longue suite de souverains ; il est curieux que ce soit à deux femmes de la maison de Médicis que Paris ait du ses plus beaux palais : les Tuileries, bâties par Catherine, le Luxembourg, bâti par Marie. Il est remarquable aussi que lorsque nos rois allaient demander les Boccador, les Primatice, les deux Princesses Italiennes qui occupèrent vers le même temps le trône de France s’adressèrent de préférence au génie français ; Catherine de Médicis avait mis à l’ceu-

vre Philibert Delorme, Marie de Médicis mit à l’œuvre Jacques de Brosse.

A l’endroit où s’élève le Palais du Luxembourg, il n’y avait, sur la fin du seizième siècle, qu’une grande maison de campagne entourée de jardins, qui appartenait à un gentilhomme, M. Harlay de Sancy. Le Duc de Piney-Luxembourg l’acheta quelques années après, elle devint alors l’hôtel du Luxembourg.

En 1612, deux ans après l’assassinat de la rue de la Ferronnerie, Marie de Médicis voulut rompre avec les tristes souvenirs du Louvre. Devenue régente et maîtresse absolue d’elle-même, elle voulut se construire une demeure plus commode que le Louvre; elle acquit d’abord l’hôtel du duc de Piney-Luxembourg et y joignit de vastes terrains qui formèrent un magnifique emplacement; la reine confia la construction de son j palais à un architecte de grand mérite, Jacques de Brosse; les jardins furent également dessinés par lui. Il s’occupades moyens de faire arriver l’eau nécessaire aux services généraux et à l’embellissement des jardins. Dans l’ancien village d’Arcueil se trouvaient les | restes d’un aqueduc romain, construit sous Constance Chlore, destiné à conduire les eaux de Rongis au palais des Thermes. Jacques de Brosse fit élever un nou- 1 vel aqueduc, c’est celui que l’on voit aujourd’hui; le ; palais fut terminé en cinq ans ; on dit qu’il est une I copie du palais Pitti à Florence, c’est une erreur; il ne présente aucune ressemblance avec le palais italien. L’architecte de Brosse lui a donné une disposi- ! tion complètement française ; il est un des plus beaux palais qui existent. Son architecture extérieure porte

un remarquable caractère de grandeur et de force imposante.

Marie de Médicis eut à peine le temps de l’habiter; le Cardinal de Richelieu, en qui elle avait cru d’abord trouver un instrument docile, la persécuta. Elle fut forcée de s'exiler et alla mourir de misère dans une auberge de Cologne à Page de soixante-neuf ans. Les titres d’honneur de Marie de Médicis, aux yeux de la postérité, sont d’avoir bâti le Palais du Luxembourg, et construit l’aqueduc d’Arcueil , œuvres vraiment royales; d’avoir commandé à Rubens cette splendide galerie de tableaux qui retracent les principaux actes de sa vie et de celle d’Henri IV ; d’avoir pensionné Malherbe et construit l’hôpital de la Charité.

M. Louis Favre, archiviste du Sénat, ancien secrétaire du vieux chancelier Pasquier, a publié en 1882 un livre couronné par l’Académie française sous ce titre : « Récits et confidences sur un vieux palais, le » Luxembourg 1700-1882. » M. Louis Favre est doué de ces qualités aimables qui font aimer l’homme autant qu’on estime le savant. Son ouvrage est un nid vivant de souvenirs; j’en ai peu lu d’aussi instructifs, d’aussi curieux. Personne mieux que M. Louis Favre ne connaît le palais, ses hôtes, ses origines, ses traditions ; faisons un court récit des principaux événements qui s’y sont passés :

En s’exilant, Marie de Médicis donna le Luxembourg à son second fils, Gaston, duc d’Orléans, toujours occupé de trahisons. Gaston avait épousé en premières noces une héritière immensément riche, mademoiselle de Montpensier Guise; il en eut une

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fiile connue sous le nom de la grande demoiselle qui, à quarante-deux ans, s’éprit de Lauzun. Le Luxembourg passa en ses mains ; c’est là qu’elle recevait les frondeurs qu’elle excitait à la révolte ; elle mourut sans enfant et légua le Luxembourg à Louis XI Y. A sa mort, le Palais retourna à la famille d’Orléans. Sous la régence, on sait qu’il était de bon ton d’avoir sa petite maison, Richelieu et le duc d’Orléans en comptaient au moins une dans chaque quartier. Ces petits harems étaient indispensables à un homme né. La petite maison fit donc fureur et les dames elles-mêmes voulurent prendre exemple sur les hommes; la fille du Régent, madame de Berri, tenait beaucoup à avoir la sienne ; son père le Régent, lui donna le Luxembourg : que de débauches alors, que de dîners le palais ne vit-il pas ! La noblesse française y célébra ses dégoûtantes saturnales, y épuisa tous les raffinements de la luxure.

Le Luxembourg et ses dépendances furent donnés [en apanage par Louis XVI à son frère le Comte de [Provence, qui l’habita jusqu’à son évasion de Paris.

La Terreur arrive; le Luxembourg devient prison : Ides grilles aux fenêtres, des gardiens aux portes, il remplace la Bastille démolie; tout est plein jusque sur les toits. Plus de mille prisonniers y sont écroués. De pauvres inconnus, des hommes célèbres, des noms qui rappellent d’émouvants souvenirs, y viennent attendre successivement les arrêts du terrible tribunal. Les Girondins, Beauharnais le mari de Joséphine, a future impératrice, Fabre d’Eglantine, Danton, Candie Desmoulins y sont enfermés, etc. Camille Des-

moulins, le journaliste ardent, Fauteur de pamphlets qui égratignaient jusqu’au sang les abus et ceux qui les commettaient, le mari de la belle Lucile, douce figure qui jette la poésie de l’idylle au travers des journées sanguinaires de 1793.

La chambre où il fut enfermé était située au-dessus du cabinet occupé aujourd’hui par le président du Sénat, prenant jour sur l’allée des Platanes. Sa jeune femme errait à toute heure autour de la prison de son mari, elle s’ était épuisée en vaines tentatives pour le sauver ; son désespoir passa pour une conspiration, elle fut arrêtée, condamnée et exécutée.

Le Petit Luxembourg qu’habite le Président fut bâti en 1629 par Richelieu, il lui servit de demeure en attendant que le palais Cardinal fut construit.

Af >rès le 9 Thermidor, le Luxembourg ferma ses J portes et redevint désert; on lava, on nettoya les vestiges de ce triste passé. Les monuments comme les cités ont leurs périodes de prospérité et de décadence. La Convention vota la Constitution de l’an III (16 mai 1795); elle décida la division du pouvoir 1 législatif en deux Chambres : Conseil des Anciens,; Conseil des Cinq Cents et P institution du pouvoir exé-jj cutif, prenant le titre de Directoire. Ces dispositions irritèrent les royalistes qui prirent les armesTe 13 ven j démiaire et marchèrent contre la Convention. Bona-I parte, nommé général, foudroya les insurgés en face:] de l’église Saint-Roch. Son énergie, sa rapidité d’ac-J tion sauvèrent la Convention. Le Conseil des Anciens] prit possession du local des Tuileries que venait d’a ] bandonner la Convention. Le Conseil des Cinq Cent j

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alla s’établir dans la salle du manège situé sur la terrasse des Feuillants (aujourd’hui rue de Rivoli). Les cinq Directeurs s’installèrent au Luxembourg. À cette période de l’histoire du Sénat se rattache une mémorable solennité : la réception triomphale du jeune vainqueur d’Italie. La fête eut lieu dans la cour du palais, elle fut splendide; les Directeurs étaient rangés sur une estrade; autour d’eux les ministres, les ambassadeurs, les membres des deux Conseils, la magistrature, les chefs des administrations étaient placés sur des sièges rangés en amphithéâtre. Des trophées, formés par les innombrables drapeaux pris sur l’ennemi, s’élevaient tout autour de la cour, les galeries portaient la plus brillante société de la capitale ; des corps de musiciens étaient placés dans l’enceinte du Palais. Après avoir été harangué par M. de Tallevrand, ministre des affaires étrangères, le jeune vainqueur remit au Directoire le traité de Campo-Formio, au bruit des acclamations et des détonations de l’artillerie.

Les cinq Directeurs vivaient au Luxembourg sans faste; un seul, Barras, le héros du 9 Thermidor, tenait une véritable Cour; il donnait des diners, des concerts, de magnifiques fêtes nocturnes. Alors se renouvelèrent les saturnales, et les orgies dont le palais avait été déjà le théâtre, Barras était un fort bel homme, un Alcibiade de caserne, aimant les roses et les vins, les musiques, les parfums, les femmes, brusquant l’amour, pressant les fêtes, oubliant la France, cueillant l’heure présente, n’ ayant nul souci de sa dignité, méritant l’épithète que Napoléon lui donna

plus tard de chef des pourris. Là trônait la belle madame Tallien, l’idole de la jeunesse dorée de l’époque- Madame Tallien était de la famille des Cléopâtres, en-

chanteresses qui charment la postérité. Quel rôle ne joua-t-elle pas sous le Directoire : elle reconstitua Yer- | sailles; tout, autour d’elle, prêchait les dépenses, l’a-

mour j les élégances. Elle entraînait à la danse, à la musique, elle avait la tutelle des théâtres et de leur monde. Gircé, au temps des échafauds et des bonnets rouges, elle obligeait les bourreaux à se poudrer à la poudre d’œillets, elle protégeait les proscrits. La révolution de Thermidor fut sa victoire : c’est elle qui mena dans les salons de Barras, madame Récamier, madame de Staël, Joséphine de Beauharnais; c’est chez Barras que Joséphine et Bonaparte se rencontrèrent pour la première fois. Madame Tallien fut vraiment la fée du Directoire, ce fut elle qui fit adopter le costume des courtièanes grecques, le déshabillé des Phrynés et des Laïs. Une tunique de gaze, dessinant la taille, découvrait la gorge, les bras, les jambes, et laissait voir le reste sous la transparance du tissu.

Quelle mode singulière chez les femmes 1 Quelquesunes étaient à demi nues, elles se chaussaient de cothurnes qui laissaient briller à chaque doigt de leurs pieds nus des diamants ou des émeraudes.

Une autre mode, chez les femmes, était de desserser le nœud des ceintures avec affectation. Les femmes simulaient la grossesse, on appelait cette mode demiterme; beaucoup de demoiselles portaient cette enseigne, espèce de promesse de la bonne volonté des femmes de réparer les pertes que venait de subir la

mit

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génération française, sous la hache du bourreau. Les muscadins et les incroyables portaient leur habit haut et court, le pantalon attaché sous les aisselles; plastronné? de gilets à dix-huit boutons de nacre, ils axaient la jambe pavoisée de jarretières flottantes, Je menton engouffré dans une' cravate énorme, qui masquait le aez; leur costume donnait une vague ressemblance xvec l’autruche. De leur bouche minaudière on entenlait sortir un petit zézaiement, mouillé, flùté, dont les rr étaient bannies ; leur suprême bon ton était d’affecter un gosier si faible qu’une lettre sonore l’aurait iéchiré. Leur exclamation ordinaire était : en vérité , c’est incroyable, de là le nom d’incroyable qui leur fut lonné. Leur chanteur attitré était le fameux Garat, le nodèle d’un incroyable ; son langage fit école, on parla e garatisme. Garat était l’Orphée moderne, la musique faite homme, son gosier était un opéra, il conrefaisait toutes les voix et tous les timbres. Barras ’ envoyait chercher à six chevaux; on le payait dix nille livres pour chanter deux ariettes. Ce joli insolent le menaçait-il pas M. de Talleyrand de ne plus venir liner chez lui pour l’avoinfait attendre une demi-heure, larat fut l’enfant gâté du succès.

| La hache même avait donné une mode, c’était chez ifies jeunes royalistes celle de porter les cheveux de ffllerrière très courts, à la victime; ils savaient imiter, i||ans un salut où le front ne s’inclinait qu’une fois et qrusquement, la convulsion d’une tête qui tombe, il On pénètre dans le palais du Luxembourg par deux ■liçades principales, l’une qui regarde la rue de Tourlion, l’autre qui regarde le jardin. Comme le palais

a bonne façon et grand air de ce côté ! Devant la façade un parterre garni de fleurs et de gazon, renferme un bassin octogone; de chaque côté le bassin se relève en talus ; ce talus porte de vastes terrains plantés d’arbrisseaux, qui laissent tomber avec leurs fleurs une douce pluie de parfums ; puis dans le grand massif des marronniers, toutes les gloires du Panthéon féminin de la France divinisées dans le marbre. Avant toutes les autres, comme la plus pure et la plus rayonnante, saluons Jeanne d’Arc, cette jeune fdle qui fut un grand homme; sainte Glotilde, Anne de Bretagne, Anne de Provence, Anne d’Autriche, Anne de Beaujeu, Valen-1 tine de Milan, mademoiselle de Montpensii demoiselle, Jeanne Hachette, Clémence Is; rine de Médicis; n’oublions pas la grande }

Gaules, la Druidesse sacrée, couronnée de a A certaines heures de la journée, des cer fants envahissent le jardin. Quelle gaieté jeux! Les uns lancent le ballon, les autre ou poursuivent le cerceau qu’ils font ro eux; des groupes s’attellent; leur joie est J rance, (vous n’avez pas souffert et vous ne Qu’elles sont jolies, ces petites filles si blan elles, si rieuses, qui sautent au milieu d’un tournent deux bonnes, et celles-ci qui < rondes; les vers de Victor Hugo remonte]

moire :

Dansez, les petites filles, toutes en rond ; Vous êtes si gentilles que les bois riront, Dansez, mes toutes belles, toutes en rond, Les oiseaux avec leurs ailes applaudiront.

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Allez voir ces enfants, ils parviendront à dérider votre front soucieux.

Tous ceux qui aiment les belles promenades pleines de fraîcheur et d’ombre, au milieu des souvenirs et des fleurs, passeront des heures entières dans ce magnifique Jardin du Luxembourg. Les vastes terrains qui occupent aujourd’hui la grande allée de l’Observatoire étaient la propriété des Chartreux; ils résidèrent sur ce sol pendant plus de cinq siècles. Leur monastère étant devenu en 1792 bien national/ comme toutes les propriétés des couvents, la Convention en profita pour annexer leur enclos au Jardin du Luxembourg.

Deux des trois pièces d’eau que renferme le Jardin, celle qui. forme la fontaine de Médicis et celle qui se trouve en face du nouveau Musée sont, depuis peu de temps, peuplées de nombreux canards de toutes espèces, plus jolis les uns que les autres, les petits surtout.

L’existence de ces palmipèdes, est en somme une fête continuelle, car ils ont tout ce qui peut satisfaire la félicité des canards : onde pure, nourriture excellente et assurée, friandises fournies par les promeneurs, cabanes élégantes et commodes pour s’abriter la nuit, enfin gazon toujours vert pour folâtrer à sec. Quand les baignades et les plongeons les ennuient, ces palmipèdes fournissent un spectacle amusant aux spectateurs qui regardent leurs ébats.

Les fastes judiciaires du Sénat abondent en procès célèbres, ils sont dans toutes les mémoires. Le souvenir de celui du Maréchal Ney est le plus pénible et le plus triste; on est tenté de s’écrier : Anathème aux 3orps politiques jugeant des délits politiques.

Le général s’était trouvé un jour entre un serment solennel et une affection de quinze ans. L’affection l’emporta; il fut condamné à mort par la Cour des Pairs et fusillé le 7 décembre 1815, à huit heures du matin, au bout de l’allée de l’Observatoire. Le général qu’on immola était le pacificateur de la Suisse, le conquérant du Tyrol, le héros d’Elchingen, de Friedland, de la Moscova; c’est lui que la grande- armée avait salué du titre de brave des braves ; son corps avait été abandonné au milieu des ordures parmi lesquelles il était tombé, comme le cadavre d’un animal immonde. Rappelons ici la protestation éloquente et indignée que prononça Armand Carrel, aux applaudissements du pays dans la circonstance que voici : le 10 décembre 1834 le National publia au sujet de la compétence de la Cour des Pairs un article injurieux à l’excès; la Chambre des Pairs s’en offensa et elle traduisit le journal à sa barre dans la personne de son gérant; celui-ci se fit assister par Armand Carrel, ils comparurent l’un et l’autre devant la Chambre des Pairs, Dans sa plaidoirie Armand Carrel cita des paroles de M. Thiers et de M. Migne.t dont la violence dépassait celle qu’on imputait au National. En même temps il reprocha à la Cour des Pairs d’opposer une fin de non recevoir à des lois votées par la Chambre des députés, et notamment à la révision du procès du Maréchal Ney. « le » je m’arrête, dit Armand Carrel, par respect poui » une glorieuse et lamentable mémoire. Les temps » ont prononcé, aujourd’hui le juge a plus besoin d< » réhabilitation que la victime. » Le Président debou1 et alarmé : « Défenseur, vous parlez devant la Cou

» des Pairs, vos expressions peuvent être considérées » comme une offense. » Alors, avec un accent d’admirable fierté, de courage, d’indignation : « Si parmi » les Pairs qui ont voté la mort du Maréchal Ney, si » parmi les Pairs qui siègent dans cette enceinte, il » en est un qui se trouve blessé de mes paroles qu’il » fasse une proposition contre moi ; qu’il me dénonce » à cette barre, j’y comparaîtrai, je serai fier d’être » le premier homme de la génération de 1830 qui I » viendra protester ici, au nom de la France indignée, I » contre cet abominable assassinat. » Les auditeurs

s’étaient levés dans les tribunes, saisis d’un transport d’enthousiasme, les Pairs étaient consternés : « Défenseur », s’écrie le président Pasquier, « je vous retire la parole. » Mais à ce moment même, le général Excelmans s’écria à son tour : « Je partage l’opinion lu défenseur, oui, la condamnation du Maréchal Ney, i été un assassinat juridique, je le dis, moi! » Des ipplaudissements répétés se firent entendre, la séance ut suspendue. La Cour fut cruelle, la Chambre des 3airs lâche comme un sénat des mauvais jours de tome ; que chacun prenne sa part du sang d’un Iléus, la France n’en veut pas.

La petite chambre où fut enfermé le Maréchal, penant son procès, existe encore; elle est contiguë à la paierie des Archives du Sénat, au deuxième étage du •alais. Je l’ai visitée et fait AÙsiter à plusieurs de mes mis. La pièce est triste, éclairée par un plafond en erre dépoli; elle a conservé la petite cheminée qu’elle vait à cette époque.

Mentionnons aussi un épisode dramatique du fa-

meux procès d’avril 1835 qui produisit une forte sensation. Les républicains parlèrent par leurs organes les plus énergiques et les plus éloquents, Michel de Bourges, Trélat, Raspail, Jules Favre, etc., etc. Parmi les juges du procès d’avril figuraient plusieurs Pairs! qui avaient trempé autrefois dans les conspirations formées par les sociétés secrètes contre la Restaura- j tion. Parmi eux était M. B... qui avait appartenu à la secte des Carbonari. Dans sa défense, Trélat évoqua des souvenirs de complicité et de solidarité, qui leur étaient imputés, avec les principes professés, formulés en doctrine et en serments par les hommes qui tenaient , actuellement le pouvoir : « Oui, Messieurs, il y a ici » tel juge qui a consacré dix années de sa vie à déve- » lopper des sentiments républicains dans l’âme de » ces jeunes gens. Ne sent-il donc pas qu’il a une part ; » de responsabilité dans leurs actes; et qui lui dit que » nous serions ici sans son éloquence républicaine.

» Voilà, M. B... le poignard sur lequel vous avez juré » haine à la royauté. »

De nombreuses modifications ont été apportées à l;i distribution intérieure du palais pour la création du; Sénat actuel. L’habile architecte M. de Gisors, s’acquitta de cette tâche avec beaucoup de tact et de goût ; Parmi les œuvres d’art exécutées pour décorer l’inté j rieur, figure dans la coupole de la bibliothèque, mu ; des plus belles pages que le génie de Delacroix ai j écrites sur les murs de nos monuments.

La salle des séances est très favorablement dispoj sée pour l’acoustique, elle joint à la beauté toutes le douceurs du confort; un vaste système, de chauffage

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et de ventilation y entretient une chaleur toujours égale. Le palais est magnifique à l’extérieur, il ne l’est pas moins au dedans.

Louis XVIII décida que le musée du Luxembourg serait consacré aux ouvrages des artistes nationaux vivants. C’est donc un musée de passage, habité temporairement par des artistes plus ou moins célèbres, au milieu desquels s’élèvent quelques glorieuses renommées. Les génies et les talents, les grands et les médiocres, attendent tous dans ce vestibule que le |temps ait jugé leurs œuvres et les ait pesées. S’ils résistent à cette longue critique, si l’admiration ou la faveur que leurs ouvrages avaient obtenues survivent aux modes de leur époque, ils sont admis dans les sal- [les du Louvre, cet auguste Elysée de l’art. Si l’épreuve

Ine leur est pas favorable, leurs ouvrages rentrent dans l’obscurité des musées de province ou des monuments de l’Etat.

Le Palais a été appelé tour à tour le palais de la reine, le palais Médicis, le palais d’Orléans, le palais le Monsieur, le palais de la Chambre des Pairs, le palais du Sénat. Tant que le monument restera debout, 1 sera le palais du Luxembourg.

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