LES CONDÉ
L’hôtel des Coudé était situé dans le vaste emplace ment qui comprend aujourd’hui la rue de Coudé, la rue, la Place et le Théâtre de l’Odéon, jusqu’à la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince.
Le vaste et beau domaine de Chantilly viut aux Coudé par Charlotte de Montmorency.
Montmorency, le Grand Coudé, ces deux omîmes vivront à jamais dans l’histoire de notre pays, tant que restera parmi nous quelque piété patriotique,: quelque orgueil national. Ces noms sont ceux des deux plus grandes familles militaires de l’ancienne France. | Après la bataille de Rocroi, où tout fut merveille. | la jeunesse du général, la hardiesse et la nouveauté! des manœuvres, la grandeur des résultats; où les des seins de Henri IV et de Richelieu furent justifiés par J; victoire, et qui fit succéder la France à l’Espagne danla suprématie morale et militaire de l’Europe, on ap-j pela Condé, le héros de Rocroi, Monsieur le Prince une rue porte encore ce nom.
Louis de Rourbon trouva l’hôtel de la rue de Vaugf
rard trop modeste; il se fit. bâtir un superbe château, une retraite d’été, sur le terrain qui faisait partie du fameux Pré aux Clercs, dans un site incomparable, sur les bords de la Seine. Les Coudé en firent leur demeure favorite; elle était princière, port majestueux, riche colonnade, vaste cour, élégant portique.
L’étincelant marquis de Lassay, cet émule des Lauzun et des Grammont, fit construire un hôtel à côté, il était l’ami de la duchesse. Sainte-Beuve parle de lui avec délices, il cite quelques-uns de ses mots entre autres celui-ci à propos de Louis XIV : « Roi c)e )) théâtre pendant la paix, roi d’échecs pendant la » guerre. » Tous les frondeurs n’étaient pas morts. Son hôtel est aujourd’hui l’hôtel de la présidence de la Chambre des Réputés.
Ce fut en 1795 que le palais Bourbon, devenu propriété nationale à la suite de, l’émigration des Coudé, reçut la destination qu’il a toujours conservée depuis; l’asile de nos assemblées législatives.
Ce qui manquait aux deux Coudé en 1814, à leur centrée en France, c’était le Duc d’Enghien, leur fils et leur petit-fils, leur souvenir et leur avenir. La Révolution et le champ de bataille l’avaient épargné, l’ambition l’avait immolé. Depuis le Grand Condé et Rocroi, l’héroïsme du sang des Bourbons semblait s’être perpétué dans cette race. La gloire militaire de leur aïeul était pour eux une seconde noblesse qu’ils préféraient même à leur parenté avec le trône. Le Duc d’Enghien était né soldat, il ne respirait que la bravoure. Sa belle figure, mélange de la grâce féminine des d’Orléans et de l’enthousiasme martial des Condé,
son ardeur au plaisir, en avaient fait le favori de Par mée à vingt-deux ans.
Dans son testament à Sainte-Hélène, Napoléon re vendique sa mort pour lui seul. On lui pardonne millions d’hommes que la guerre a moissonnés ; il en a tué un seul lâchement, cruellement, par la conscience dé jugés prévaricateurs. Ni les hommes, ni Phistoire ne lui pardonneront cette goutte de sang.
Rien de plus dramatique que Phistoire des Condé que la vie de ces héros de tant d’aventures, rivaux des rois, et tous, l’un après l’autre, de père en fils, assassinés, emprisonnés, exilés, embastillés, fusillés, pendant trois siècles.