LE CARNAVAL, BŒUF GRAS, LA MI-CARÊIYIE
Le Carnaval à Paris a changé depuis plusieurs années : plus de mascarades courant les rues, plus de
descentes de la Courtille. L’âge d’or du carnaval a été
« • ■ sous le règne de Louis-Philippe. C’est de cette époque
que date la grande vogue et la renommée de la des- Mi cente de la Courtille. Les masques populaires, qui avaient passé la nuit du Mardi-Gras dans tous les ca- | barets et les bals, descendaient tumultueusement des j hauteurs de Belleville, le matin du mercredi des cendres, au petit jour, et les curieux venaient assister à ce spectacle hideusement pittoresque, à ce long chari- j vari du carnaval. Pendant deux ou trois heures, le long du faubourg du Temnle, le flot infect coulait sans interruption. C’était comme un débordement d’égout, un déballage insensé d’oripeaux et de bail- j Ions, un vomissement de masques avinés, débraillés, les uns à pied, les autres en voiture, ou juchés sur le hqut des. voitures d’où les masques insultaient les pas- ( sants. Les disputes, les ripostes grossières, les chansons obscènes, s’élevaient de cet océan fangeux de j
pierrettes, de laitières, de vivandières, de marquises, de bergères, de débardeuses, d’arlequins enfarinés, souillés de vin et de boue, coiffés de claques prodigieux à plumets gigantesques. Les folies du riche et excentrique anglais lord Seymour, sont demeurées légendaires ; il a été le dernier des viveurs carnavalesques.
Sous le second empire, le Carnaval alla toujours en déclinant. De diurne il s’est fait nocturne; on danse sur tous les points de Paris. Les bals de l’Opéra sont toujours très suivis. Pour avoir une idée de ces bals, il i faut se placer dans une loge et dominer cette vaste cuve où fermente, pendant six heures, la folie du carnaval. Les mille couleurs des costumes, papillonnant dans un fourmillement perpétuel, offrent un spectacle ; des plus étranges. La foule est si compacte qu’il faut renoncer à toute individualité. Qui que vous soyez, vous n’êtes qu’un atome de plus dans le tourbillon, j Mais le moment splendide du bal, c’est le galop ; la ! ronde du sabbat est quelque chose de mesquin en comparaison de cette ronde infernale ; quand ce galop court et bondit, une charge de cavalerie enfonçant un front de bataille ne ferait pas un bruit plus sourd et
pesant. Des masques quelquefois tombent; ils
foulés aux pieds, car le galop une fois lancé ne
| peut plus s’arrêter. Ce galop final, c’est la danse macabre moderne, la ronde irrésistible qui entraîne tout ! dans sa course, le symbole des puissances de la foule
La promenade du bœuf gras est supprimée depuis la guerre de 1870. A-t-elle définitivement vécu ? fautil lui dire adieu pour toujours? Elle amenait à cette
formidable dans sa joie comme dans sa colère.
fête un million de badauds. Que de Parisiens demeuraient plantés, des heures entières, sur un trottoir du boulevard, pour y apercevoir les cornes dorées du successeur du bœuf Apis. 11 était la joie, la passion de nos enfants. Pourquoi ne rétablirait-on pas ces promenades ?
Les masques ne sont plus qu’à l’état de souvenir, si ce n’est à la Mi- Carême. Le corps des blanchisseuses est riche et, depuis quelques années il déploie, ce jourlà, une grande magnificence. Chaque lavoir de Paris élit une Reine; celles-ci choisissent à leur tour l’une d’elles pour être la Reine des Reines. Elle est en général jeune et jolie. Placée sur le plus beau des chars, elle est entourée d’une cour élégamment costumée. Tous les lavoirs, tous les marchés, envoient à cette fête un char avec sa Reine et un brillant entourage® Chacun rivalise ch' goût dans l’ornementation de ces chars et d’originalité dans les costumes. Car un coucours a été ouvert par le Conseil Municipal qui accorde ! des récompenses à la Reine des Reines et aux décorations les mieux réussies. Grâce à ces encouragements, : cette fête, très populaire, prend chaque année plus j d’éclat. Les innombrables curieux, dont les boulevards ! sont bondés de la Madeleine à la place de la République, se battent gaiement, à coups de confetti en papier. Cette pluie multicolore, qui tombe des balcons, des voitures, des mains du voisin qui passe, inonde la foule, produit un charmant effet, et ajoute encore à l’animation générale, surtout au moment du passage ! de ce brillant cortège.