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LES CONFRÈRES DE LA PASSION ; ORIGINE DU THÉÂTRE FRANÇAIS

Au moyen-âge, à la suite des croisades, se manifesta un goût très vif pour jouer ce qu’on appelait des mystères. Les premiers essais de l’art dramatique furent puisés dans l’histoire de l’ancien et du nouveau testament. Des pèlerins qui revenaient de la terre sainte, s’organisèrent pour représenter ces événements : des personnages figuraient l’un Jésus- Christ, l’autre la Vierge, d’autres tel ou tel saint. Pendant le xni® et 1er xi\e siècles on représenta les mystères dans toute la France. C’est surtout à l’uu d’eux, celui de la Passion, qu’est due la création du Théâtre-Français ; les confrères de la Passion, tout à fait organisés, acquirent un terrain sur l’emplacement de l’hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil. En 1447, l’hôtel fut réuni à la couronne, François Ier le démolit à J/ exception d’une grosse tour qui subsiste encore. Jeansans-Peur l’avait fait bâtir * elle est percée de haies ogivales et couronnée de mâchicoulis, à l’intérieur un

large escalier à vis, monte en serpentant. Cette tour, un des plus précieux spécimens de l’architecture du xive siècle, a sa façade sur la rue Marcel ; à l’imitation de ce qu’on a fait pour la tour Saint-Jacques, on l’a dégagée des constructions qui l’obstruaient.

Le Parlement ayant fait défense aux confrères de la Passion de jouer les mystères sacrés, ils abandonnèrent leur salle à une troupe de comédiens qui ont marqué dans l’histoire dramatique, sous le nom bien connu de comédiens de l’hôtel de Bourgogne. On n’y représentait plus de mystères, mais des tragédies et des comédies interprétées par la troupe de Molière. Quand celui-ci commença à jouer en 1648, son théâtre s’appelait le petit Bourbon; il était situé en face du Louvre, dans la salle de l’ancienne résidence du connétable de Bourbon. Sous François Ier cet hôtel était en quelque sorte une annexe du Louvre et les ballets de la Cour s’y donnaient. Il fut démoli; la troupe de Molière vint alors s’installer au théâtre du Palais-Royal, ancien palais Cardinal. Forcée d’abandonner cette salle pour la laisser à la troupe de Lulli, celle de Molière s’installa sur la rive gauche de la Seine, d’abord rue Mazarine, puis rue’ Guénégaud, près du passage du Pont -Neuf. Le Roi décida alors qu’il n’y aurait plus que deux troupes de comédiens français à Paris, l’une à l’hôtel de Bourgogne et l’autre à la rue Mazarine. La réunion s’opéra en 1680; la troupe y séjourna 80 ans, elle alla ensuite dans la salle des machines des Tuileries, puis à l’Odéon ; en 1799 elle prit possession des bâtiments de la Comédie- Française.

DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE

Les usages, en fait de théâtre, étaient bien différents autrefois de ce qu’ils sont aujourd’hui ; les représentations n’avaient pas lieu le soir, mais bien dans l’après-midi, de quatre à huit heures.

La Comédie-Française a l’honneur d’ètre, après l’Académie française, la seule institution de l’ancien régime qui ait mérité de lui survivre. Elle compte deux siècles d’existence, longévité de plus en plus rare chez nous ; elle est non seulement un monument national, mais un monument historique qui se lie intimement à l’histoire de notre littérature. Cette vitalité de la Comédie-Française, au milieu de tant de théâtres éphémères qui naissent et meurent autour d’elle, s’explique d’un mot : elle est un établissement d’utilité publique, le conservatoire d’un art cher aux Français, l’art français par excellence. Elle a eu, en même temps, une influence heureuse sur la profession des comédiens ; leur conférant en quelque façon un caractère de fonctionnaires, elle les a rattachés à l’ordre social et n’a pas peu contribué à détruire l’absurde préjugé qui les frappait.

Le foyer des acteurs au Théâtre-Français a été un des plus brillants salons de Paris ; c’est encore un des plus agréables parloirs delà capitale. Le foyer, depuis l’escalier jusqu’au corridor, conserve un air de grande maison qu’on ne trouve pas ailleurs ; partout on voit des bustes ou des portraits des ancêtres et l’on a sous les yeux la glorieuse généalogie de la famille : Molière, Baron, Préville, Lekain, Pugazon, Molé, Fleury, Thomas, Lafon, Firmin, Monrose père, Armande Béjard, Champineslé, Adrienne Lecouvreur, Clairon,

Contât, Mars et Rachel, etc., etc. Yoilà les images illustres qui protègent la Comédie -Française.

Une autre série de bustes et de statues, exposées celles-là dans le foyer public, complètent le musée rétrospectif de l’art dramatique en France ; c’est la famille des auteurs. Quelques-uns de ces marbres sont des chefs-d’œuvre, en première ligne la statue de Voltaire, par Houdon, puis le buste de Molière par le même.

Les artistes actuels n’ont pas dégénéré, ils figureront avec leur contingent de noms célèbres à l’arbre généalogique de la maison.

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