LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE
Paris possède un grand nombre de bibliothèques dont l’ensemble représente, sans aucun doute, la plus vaste collection qui existe au monde des œuvres de l’esprit humain. La plus importante est notre grande Bibliothèque Nationale.
Quelle en fut l’origine ? Le cardinal Mqzarin s’était préparé une immense et somptueuse demeure à peu I de distance de celle que le cardinal de Richelieu avait fait élever au Palais-Royal. L’hôtel et les jardins couvraient l’emplacement aujourd’hui occupé par la rue des Petits-Champs, la rue Yivienne, la rue Richelieu, la rue Colbert. À sa mort l’hôtel se vendit et se mor- Icela. La plus grande partie fut affectée à la Bibliothèque Nationale vers 1720. Le premier fondateur ij de cette Bibliothèque fut Charles Y : une des tours de lia redoutable enceinte du Louvre était la tour de la Librairie ; ses neuf cents volumes, ont été le premier
i noyau de la Bibliothèque Nationale. On doit à la suppression des ordres religieux en France une* grande ■partie de ses richesses, elle hérita en effet de la plu-
part des livres et manuscrits, accumulés dans les bibliothèques des couvents et des monastères, elle s’est enrichie de dons, de legs, d’achats. Louis XV acquit le cabinet de d’Hozier, recueils immenses de documents généalogiques pouvant intéresser quatrevingt-dix mille familles. La Bibliothèque est divisée en quatre départements. Celui des imprimés se compose de plus de deux millions de volumes ; dans le département des estampes, un des plus riches qui existent, sont réunis depuis la sainteté la plus mystique, jusqu’à la caricature la plus libre, tout ce qu’ont produit le burin des graveurs, la plume ou le crayon des lithographes. La seule division des portraits renferme plus de quatre cent mille pièces. Le département des médailles est fait pour éblouir ; il y a là des trésors provenant de toutes les nations et de tous les temps.
La salle de lecture est garnie de trois cent quarante places, elle est fermée par un hémicycle où sont placés les bibliothécaires charges de recevoir les bulletins des demandes et de transmettre leurs ordres aux commis préposés aux recherches. Si l’on est quelquefois embarrassé, les bibliothécaires, gens érudits et d’une inépuisable complaisance, sont toujours disposés à vous aider de leurs lumières.
On entre maintenant à la Bibliothèque par une porte monumentale qui fait face à la place Louvois ; elle a pris possession de tout le quadrilatère, compris entre les rues de Richelieu, Yivienne, Colbert et rue des Petits- Champs. L’expropriation des maisons en retour de la rue Yivienne l’a isolée. Cet agrandissement s’imposait doublement si l’on réfléchit à l’insuffi-
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
sance des locaux actuels, aux accroissements de plus en plus considérables des collections, et aux périls d’incendie qui sont moins à craindre. La Bibliothèque est désormais garantie contre tous accidents extérieurs. L’éminent directeur de l’établissement a besoin d’espace pour loger tant et de si beaux livres, toutes les richesses enfouies dans les greniers de l’ancien palais Mazarin.
On garde sous clef une certaine quantité de volumes qui ne sont jamais donnés en lecture ; ils sont au fond d’armoires cachées que l’on nomme l’Enfer. Ce sont des ouvrages de pornographie (sept cent cinquante volumes). Dans la réserve de la Bibliothèque, il y a deux cent mille volumes dont chacun est une merveille sans prix. Les Aides, les Etiennes, les Elzévirs y sont innombrables ; le premier livre imprimé par Guttemberg est là.
On peut se rendre compte de l’immensité des richesses de la Bibliothèque, quand on saura que la superficie des rayons occupés intégralement par les volumes ne mesure, pas moins de cinquante-cinq kilomètres.
Quand on parcourt ces salles immenses, on est ému par la pensée de tout ce qui est dans cette vaste nécropole de l’esprit et du génie humain.
La Bibliothèque Aationale est pour moi un lieu aussi sacré qu’un champ de sépulture. X’ est-ce pas là, en effet, que sont déposées les pensées immortelles des hommes dont les cimetières n’ont que la dépouille périssable ?