‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 63 · LA PENSÉE DU PAYS · texte numérisé non relu

LA PENSÉE DU PAYS

19 novembre.—Le jeudi n’est pas un jour ordinaire dans notre collège, car c’est celui du courrier canadien. Ce matin donc, l’un de nous était au piano, et nous étions à chanter des chansons du pays, lorsque arriva le porteur galonné. A l'instant toute musique cesse, et nous entourons celui de nous qui s’improvise distributeur du courrier. Chaque fois qu’un nom est prononcé, on voit un sourire rayonner sur une figure. Pour moi, je reçois en tremblant d'émotion plusieurs

lettres, et je vais me renfermer dans ma chambre pour jouir tout à mon aise.

La matinée s’est passée à dépouiller ma correspondance et à écrire. IJ’avoueraije? par instants je sentis des larmes humecter mes paupières ; elles :sent les douces compagnes des sentiments de âme, Vraiment je deviens par trop sensible, Mais quand il sagit des siens, on reste toujours quelque ,peu efant. dt

MA ETTES TTE

La véritable patrie de tout homme est ce petit coin de terre qui l’a vu naître, et où s’est écoulée son enfance. C’est celui qui tient le plus à sa nature, et qui s’imprime le plus profondément dans toutes les facultés de son âme à mesure qu’elles se développent. Pour détruire en nous le sentiment du lieu natal, il faudrait chanver notre être, L'habitant des monta:

La pensée du pays 33 gnes aimera toujours les terrains accidentés, tandis que celui de la plaine se plaît dans les contrées où la vue peut s’étendre. Dans l’intérieur des terres le riverain ‘ressent un malaise dont il ne se rend pas compte quelquefois, mais qui existe ; et l’homme qui a grandi dans la solitude d’une campagne silencieuse, se fatiguera vite dwbruit d’une rivière qui se précipite en cascades.

De‘même, la modeste église du village ne s’oublie jamais. Petit enfant, comme on est impatient d'y accompagner ses parents ! Le prêtre à l’autel, les chantres au chœur, les cérémonies avec leur caraättère de nouveauté et de grandeur, le peuple si nombreux dans la nef:

toutf"à cet âge, produisait une impression durable. .: On pourra plus tard habiter des grands centres, être témoin des pompétises cérémonies de nos cathédrales, mais lorsqu'on reviendra au pays, on sera

toujours heureux d'assister aux offices de la paroisse. Les souvenirs se presseront dans esprit, et produiront une émotion inconnue partout ailleurs.

Seul le son de voix d’un vénérable curé qui guida nos premiers pas dans la vie, suffira pour nous attendrir. Ce saint prêtre a béni le mariage de nos parents, versé sur notre front l’eau sainte du baptême : c’est lui qui préaida à notre première communion, lui peut-être qui assista à la mort d’un père vénéré ou d’une mère chérie,

Dui, j'aime la Malbaïe avec sa paisible vallée qui s'enfonce dans les Laurentides ; je l’aime avec ses renforts de montagnes, son sol tourmenté, et ses nombreux mamelons qui donneït à son aspect tant d'originalité et d'agrément ; jaime la rivière qui la traverse en la fécondant, j'aime le grand fleuve et le mouvemcnt périodique de ses eanx: la marée, c’est la

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variété, c'est la vie, Lorsque les eaux du fleuve envahissent la baie, c’est alors que les barques légères la sillonnent en tous sens, et que les goélettes partent pour des voyages de long cours.

Les rivages sablonneux de la Pointeau-Pic, à l’ouest; à l’est, les rochers de la Pointe-à-Gaz, de la Baleine et du Heu; les panoramas incomparables qui se déroulent du haut du Cap-Fortin et du Cap-à ? Aigle forment un ensemble de beautés qu’on rencontre rarement ailleurs.

Mon cœur est attaché à la Malbaïe, car c’est là que repose sous le gazon du cimetière ma tendre mêre. Quel souvenir !

Je ne puis l’évoquer en vain, La mort de ces personnes qui tiennent au plus intime de notre être laisse un vide que rien ne comble plus. La vie cesse d’être ce qu'elle était ; il en coûte moins après cela de mourir, car une partie de nous-

Pen

mêmes est déjà rendue de l’autre côté: et l’on comprend mieux le besoin d’une patrie où les liens brisés ici-bas se forment de nouveau pour ne plus se dénouer. :

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