SAINTE-MARIE IN VIA LATA
Dimanche, 6 décembre, —Depuis trois semaines, je commence la journée du dimanche par un pêlerinage souterrain.
Le 22 novembre, je parcourais les étroits et sombres corridors des Catacombes ; dimanche dernier, je descendais dans les )
profondeurs de la prison Mamertine ; aujourd’hui, j'ai visité la prison de saint Paul, placée sous l’église de Rate” hrutte in Via lala.
Le converti de Déidé avait été arrêté en haine de la religion qu’il prêchait, Le gouverneur Félix, par la crainte des Juifs, le laissa languir pendant deux ans en prison ; son successeur Festus reconnut l’innocence de son prisonnier, mâis celui-ci, en ayant appelé à César, à titre de citoyen romain, fut envoyé à Rome pour y subir un nouveau procès.
Son voyage fut une longue marche triomphale, On venait de toutes parts pour le voir et l'entendre. Parti de la Judée à la fin de l’été de l’an 60, il arriva à Rome au printemps suivant. Il entra dans la ville escorté de nombreux fidèles qui avaient fait plus de quinze Hieues pour aller à sa rencontre.
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On lui assigna pour prison la demeure de son gardien Martial, et il lui fut permis de sortir, en restant toutefois attaché par le bras droit au bras gauche de son geôlier au moyen d’une chaîne. Il profita de cette demi-liberté pour précher Jésus-Christ. Mais les Juifs, au lieu de l’écouter avec docilité, se mirent à disputer entre eux. ‘Eh bien ! leur ‘‘ dit l’apôtre, sachez que la nouvelle ‘‘ que vous repoussez sera envoyée aux * Nations.’ Il tourna alors tout son zèle du côté des Romains, et les conversions se multiptièrent sous le souffle de sa parole ardente.. Elles s’étendirent dans les premières familles, et jusquesur les marches du trône. Paul lui-même, dans son épître à Philémon, présente à son disciple des saluts de la part de ceux qui sont de la maison de César.
N’était-ce pas la Providence qui avait amené de si loin dans la capitale du
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monde l’Apôtre des Gentils, atin qu’il pôût répandre au cœur du paganisme la semence féconde de l’Evangile ?
C’est de sa prison que, rempli de sollicitude pour les églises qu’il avait fondées, il envoya ses admirables lettres aux chrétiens d’Ephèse, de Philippes, de Colosse et de la Judée, ainsi qu’à Philémon et à Timothée. C’est encore durant le temps, de sa captivité qu’il dicta à saint Luc, son disciple, ‘* Les Actes des A pôtres.”?
La prison de saint Paul est aujour:
d’hui divisée en deux pièces. Dans l’une est l’autel orné d’un bas-relief représentant les apôtres Pierre et Paul, saint Luc et le geôlier Martial. Dans l’autre on voit encore la colonne à laquelle Martial, avant sa conversion, attachaitson prison nier. Elle est surmontée d’un vase sur lequel sont écrits ces mots: verbuin Dei non est alligalum, la parole de Dieu n’est pas enchaînée. Tout auprès est la.
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source qui jaillit miraculeusement pour le baptème de Martial et de plusieurs catéchumènes.
C’est dans ce lieu à jamais mémorable, témoin des souffrances et des travaux apostoliques de saint Paul, où se réunirent tant de fois les premiers chrétiens, que j'ai eu le bonheur de célébrer ce matin les saints Mystères.
Nous sommes au niveau de la Rome ancienne, à une douzaine de pieds audessous de la Rome actuelle. On entend le bruit des chevaux qui battent le pavé du Corso au-dessus de nos têtes, et par d’étroites croisées on a vue sur la rue.
On peut presque apercevoir la place Codonna où s'élève la célèbre colonne que surmontait autrefois la statue de Marc- Aurèle, et qu’a remplacée celle de saint Paul.
Le prisonnier de Martial, l’homme mépr'sé, a détrôné, auprès du théâtre même
de ses humiliations, l’orgueilleux philo-
sophe, le: puissant empereur. : Empruntons le langage de l’Apôtre pour nous écrier : .Znfirma mundi eligil Deus, ut confundat fortia, Dieu a choïsi ce qui est faible #1 on: À le mue seul. confondre ce: qui est fort...
| UNE FROMENADE
“Dimanche soir. “petit à petit à je ais connaissance ‘avec la : Villé étérnelle, D'abord je me familiarisai avec les environs du Collège canadien, et avec les quartiers de la “Minervé et du Collège romain où je me rends pour les cours de théologie : puis j'agrandis le champ de
mes excursiôns; non cependant sans m’é-
‘garer parfois dans les rues tortuéuses de la vieille cité. ‘IL'n'èst pas rare dans ces courses qu’on arrive tout à coup au ADN Le 44 une bonne tarde car il
Une promenade 91
nous fournit des points de repère pour nous remettre sur la bonne voie.
Cet après-midi j’ai voulu faire une promenade sans but déterminé. Laïissant derrière moi Sainte-Marie-Majeure, je gravis la montée dx Quirinal. (C’est au sommet, à l'intersection des rues des Quatre-Fontaines et du Vingt-Septembre, que sont placées les quatre célèbres fontaines qui donnent leur nom à la rue.
A cet endroit, on a le palais du Quirinal à sa gauche ; à droite, on aperçoit au loin la porte Pie, par où les troupes de Victor-Emmanuel entrèrent dans Rome le 20 septembre 1870 ; j'ai été de ce côté la semaine dernière ; j’ai vu l'endroit où la brèche a été pratiquée ; j'ai lu les noms des Garibaldiens morts en combattant contre les zouaves pontificaux, et l'inscription qui le proclame ; jai détourné les yeux des couronnes de laurier «attachées à la muraille, Un jour pour-
tant on fera disparaître ces marques, hélas ! trop évidentes, du triomphe passager des loges maçonniques.
Je descends le versant nord-ouest du Quirinal ; j’admire, en passant, la facade du palais Barberini ; je traverse la place de ce nom, et j’entre dans la rue Sixtine qui est le prolongement de celle des Qua-
tre-Fontaines. Arrivé à l’église de la
Trinité-des-Monts, au lieu de continuer au Pincio, je descends par le vaste et imposant escalier d’Espagne jusqu’à la ‘place desormais célèbre par la colonne de l'Immaculée - Conception qu’inaugura ‘Pie IX, le 8 décembre 1857.
Jemedirige enfin vers l’église de Saint-
‘Joseph «a Capo le Case. C’est à peine
si je puis y pénétrer, tellement nombreuse
‘est la foule qui se presse pour entrer
ét sortir. On y célèbre, en effet le troi-
‘siéme centenaire de la mort de saint Jean -de la Croix, réformateur de l'Ordre des
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Carmes; ces religieux desservent cette église ainsi que celle de Notre-Dame-des- Victoires. Un prédicateur était dans la tribune et la parcourait en tous sens en faisant force gesticulations, L’auditoire paraissait prêter attention au discours ; pour moi je ne pouvais suivre l’orateur qui parlait en italien. Mais que cette déclamation me parut théâtrale ! Comme l’homme apparaissait avec l'ambition de produire de l’effet, et, combien peu l’on sentait le prêtre simple et sans prétention qui ne cherche que le bien des âmes et la gloire de Dieu! Il faut avouer que le
caractère italien se prête volontiers à ce
genre d’éloquence qui peut nous sembler
quelque peu exagéré.