‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 63 · CURE · texte numérisé non relu

CURE

Je m’en retournais au Collège lorsque je vis venir un homme quiattira mon at-

tention; sa démarche et tout son maintien

me rappelèrentun de mes paroissiens, et soudain je me trouvai transporté par la pensée au milieu de mes ouailles. En

pays étranger, l'imagination est si facile-

"nent mise en éveil pour raviver le souve-

hir des choses du pays! L'illusion ne dura qu’un instant, la réalité la remplaça bientôt et me’‘laissa seul, coudoyant des

étrangers que je ne connaissais pas et

qui ne parlaient pas la Jangne que j'ai apprise: de ma mère.

LE PLAIN-OHANT 8 décembre. —Je ne suis pas musicien, pt je ne puis sentir toutes. les beautés d’une œuvre de maître,. Ce que j'aime, ce qui m’émeut, c’est le chant grégorien.

Est-il rien de plus solennel que la Messe royale ou celle du Second ton 1 Il ya tel

‘introït, telle antienne qui vous ravissent, “Le: chant des psaumes respire üne sim-

. Le plain-chant 95

plicité pleine de grandeur qui fait passer dans nos âmes les sentiments qui animèrent le saint roi David ; on soupire avec Jui au souvenir de son crime ; avec lui on se latssé entraîner aux élans de la reconnaissance à la pensée. des bienfaits du Seigheur, et l’on:se réjouit du bonheur

“qu’on éprouve ä son service,

Le chant grégorien ressemble aux él ches qui ont le privilège de faire vibrer nos âmes à leur unisson.. . Quelquefois elles rendentun son triste comme la mort,

qu'adoucit cependant une note d’espé- France: ce sont les glas, L'Église compte-t-elle:un enfant de plus, t'est alors un

cri dallégresse que jettent. à tous les

‘échos. les joyeuses volées du carillon.

‘Le plain- chant, les eloches sont, avec

les orgues, les trois grandes. voix de l'É:

&lise qui suffisent à tout et que rien ne peut Remplacer.

Aux jours de réjouissances publiques,

‘-vous avez entendu retentir sous les voûtes de ns temples le chant sublime du

Te Deum, alors que l’orgue de ses puis- Sants accords soutient la masse des voix, et que les cloches portent jusqu’au ciel

les vœux de la reconnaissance. Dites-

moi, y a-t-il rien de plus propre à élever les esprits et les cœurs ? Ù Voilà un bien long préambule pourar-

‘river à dire ma joïe ce matin, en enten-

dant, pour la première fois depuis mon départ de Québec, une messe en plainchant dans notre petite chapelle du Collège. Mon émotion «a été d'autant plus

grande que tout y était canadien ; c'était

le même chant de l’épître, de l’évangile et des oraisons, les mêmes cérémonies qu’au pays.

Je compris en cette circonstance combien l’attsche des Orientaux pour leurs us et coutumes a des racines profondes

Le plain-chant 97:

dans la nature, et comme l’Église agit sagement à leur égard. Dans ses efforts pour les ramener à l’unité, elle s’applique à les convaincre qu’il n’est nullement question de changer leurs cérémonies pour y substituer celles de Rome.

L Église, dans la conquête pacitique des nations, ne cherche pas à détruire les nationalités ; au contraire, elle s’identifie avec elles, et, autant qu’elle le peut sans nuire à l’intégrité de la foi, elle tolère la langue, la loi et les usages de chacun des peuples qu’elle range sous sa bannière.

En Occident, c'est différent ; les souverains pontifes ont toujours travaillé à établir l'unité liturgique là où la chose peut s’obtenir facilement. Il est de fait que ces innovations dans le culte, qui tendent sans cesse à s’introduire chez les peuples, nuisent à l'harmonie universelle,

et sonvent préparent les voies pour l’établissement d’églises nationales, | URBI ET ORBI

= Après lé souper, je sortis faire une promenade. Je fus attiré du côté du Quirinal par les sons d’une fanfare. Une foule peu considérable et sans enthousiasme était attroupée sur la place, pour voir le roi Hnmbert qui devait se montrer quelques inetatits au bacon. de son palais.

Quelle différence, disionei nous, mon compagnon #t moi, avec ce qui devait se passer, lorsque Rome appartenait à son légitime possesseur ! Toute la place était alors encombrée par une foule avide d’ac:

clamer son Pontife et son Roi, et lors, qu’ilapparaissait à la loge papale, revêtu des insignes de sa double souveraineté, les cris d'enthousiasme éclataient de toutes parts, Le silence se rétablissait

L get? :

Urbi et Orbi 99

au milieu de cette foule frémissant sous Je souffle de la religion et du patriotisme, et la main du successeur de saint Pierre se levait sur toutes ces têtes courbées, et donnait la bénédiction d’abord à son peuple bien-aiméde Rome, son peuple-sujet, puis à tous les chrétiens répandus dans l'univers: wrbi et orbi. : Avec les derniers accents de la voix pontificale éclatait le carillon des centaines de cloches de la ville, et, du château Saint-Ange les coups répétés du canon vortaient au loin la bonne nouvelle de ia bénédiction du Saint-Père, en même temps que les vivats s’échappaient de tous les poitrines, mêlés aux applaudissements. de la foule électrisée.

Espérons que cet heureux temps viendra encore réjouir l’Église.

Pour le moment, la situation se tend de plus en plus. T1 faut une solution à

la crise actuelle. Les ins DeN Etes,

: CANADIANA ECS

bre sur la place de la Minerve, la conduite injuste et impolitique du gouvernement français à l’égara des catholiques et surtout des évêques peut l’amener. Déjà la question du pouvoir temporel a été sou.

levée. Les nartisans de l’unité italienne ne sont pas sans appréhension. Et le vieillard du Vatican, du fond de sa retraite, ne cesse de protester au nom de la justice et de la religion, et de montrer au monde les entraves que l’on met à l'exercice de son ministère,

Unissons tous nos prières à celles du Vicaire de Jésus-Christ afin de hâter le jour de la délivrance.

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