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FRASCATI; LA CAMPAGNE ROMAINE

20 avril. — Depuis mon arrivée à Rome, je n’ai cessé de parcourir la ville en tous

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nt ee 2 émail rom mintin dd Ha + sens. J’ai fait l'ascension de ses collines.

Appuyé sur la croix qui surmonte Saint- Pierre, du haut de ce piédestal de sixcents pieds d'altitude, j'ai contemplé le vaste panorama qui jette dans l’admiration. Je suis descendu jusque dans les entrailles de Rome ; et, au fond de la prison Mamertine, à trente pieds sous terre, j'ai baisé avec respect ce sol que les apôtres Pierre et Paul ont foulé de leurs pieds captifs. J'ai eu le bonheur de m’agenouiller dans les sanctuaires où venaient prier les premiers fidèles,et de parcourir les catacombes, ces passages ténébreux qui s’allongèrent à mesure qu'on eut besoin de place pour inhumer les millions de victimes des persécutions. J'ai compté les couches de débris amoncelées les unes sur les

autres et qui distinguent la Rome des différents âges.

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Les routes romaines, je les ai parcourues, J’ai fait des pèlerinages sur la voie Nomentane illustrée par la tombe de la vierge Agnès, sur la voie Saint- Laurent qui renferme les restes du grand diacre et du pape Pie IX ; j'ai suivi avec émotion cette voie Appienne par où passèrent si souvent les légions romaines, et qui traverse les champs sous lesquels s’étend la cité souterraine des catacombes, la voie d’Ostie qui vit la fin des travaux de l’apôtre Paul, but son sang généreux, et s’ouvrit trois fois au contact de :a tête tombée sous le glaive du bourreau, pour laisser jaillir trois sources miraculeuses,

Mais je n’avais pas encore parcouru la Campagne romaine ni gravi les monta- &gnes qui la bornent.

Aussi était-ce grande fête ce matin lorsque rous partimes, M. Lapointe et moi, en route pour Frascati, la ville à la

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mode qui attire l'aristocratie romaine dans le temps des chaleurs, à cause de la salubrité de son climat, et des nombreuses villas qui l’entourent d’une ceinture de fleurs, de fruits et de délicieux bocages.

Nous fîmes le voyage en compagnie d’un prêtre de la maison du pape, partisan convaincu du pouvoir temporel et confiant dans son prochain rétablissement, ‘‘ Le système actuel, dit-il, n’amène que misères et calamités ; il faudra bien qu’on finisse par le comprendre, ”

Le vénérable abbé a raison. Rome n’est-elle pas l'Arche d'alliance de la nouvelle Loi ? Elle possède plus que les tables de la loi, la loi elle-même dans la Personne du papeinfaillible. Rome appartient au peuple chrétien ; C’est son patrimoine de famille, sa part d’héritage ; et voilà Pourquoi les zouaves venus de toutes les parties du monde pour la

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défendre combattaient pro aris et Jocis.

Ils ont été vaincus, mais le droit ne meurt pas ; l’Arche est au pouvoir des ennemis de Dieu, mais elle n’y restera pas. |

Autrefois les sacrilèges possesseurs de l'Arche d’alliance s'aperçurent bien vite qu’elle attirait les malédictions du ciel sur leur pays, et que rien plus ne prospérait chez eux, en même temps que des maladies étranges se répandaient parmi les incirconcis et les décimaient. Il en sera ainsi de nos Philistins modernes.

Ils peuvent bien, pour un temps, paraître jouir de leur conquête, mais leur succès n’est qu’apparent ; Rome sera toujours pour eux une cause de malaise et de misères ; ils ramassent sur leurs têtes les charbons ardents de la colère divine:;. un mal secret déjà les mine et amènera leur chute certaine.

Surtout, malheur à eux s'ils osent por-

hd dore me me ter unc main impie sur le pape, l’oin:

du Seigneur. Qu'ils craignent le sort de l’infortuné Oza foudroyé pour avoir touché l'Arche suinte, Ils se verront obligés de rendre Rome à ses légitimes Possesseurs ; et Rome. rendue à l Eglise, Rome, gouvernée par le pape et ses cardinaux, deviendra pour l'Italie et pour le monde entier un gage de paix et une Source de prospérités.

À Frascati nous attendait Pabbé Faticoni, prêtre romain, depuis de longues années minutante à la Propagande. Le père Faticoni, comme nous l’appelons, ne peut se faire, lni aussi, au nouveau régime. Tout le fatigue, tout lui pêse dans la Rome des rois piémontais ; ilne peut s’accoutumer à vivre dans la ville des papes sous un Souvernement étranger ; il n'aime plus les Romains ralliés AUX uSurpateurs ; il vit comme étranger dans la Rome moderne.

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Le père Faticoni a un cœur d’or sh aime celui qui le comprend, celui en qui il peut se confier. Il aime les Canadiens, parce que les Canadiens sont franchement catholiques, et qu'ils détestent comme lui le régime actuel.

Le père Faticoni est l’ami et l’'admirateur de Mgr Bégin ; et notre évêque ne manque pas de lui recommander les étudiants de son diocèse de Chicoutimi.

C’est ainsi que nous avons été amenés à faire sa connaissance,

C'est sur son invitation que nous sommes venus à Frascati, où nous trouvons un carosse tout prêt pour l'excursion, et nous partons pour Albano.

Sur ces hauteurs et à cette heure matinale, l’air était vif ; il descendait des montagnes une brise qui rappelait celles qui nous arrivent du fleuve Saint-Laurent,

Le paysage que nous traversons est des plus variés et des plus pittoresques.

* On voit partout la vigne et l'olivier ; le sol disparaît sous ur: tapis de fleurs et de verdure. L'art s’unit à la nature.

C’est ici que les riches Romains, fuyant la malaria qui habite la rase campagne, ont leurs vas aux frais ombrages, aux vertes pelouses, aux nombreux jets d’eau.

Frascati, située à cinq lieus de Rome, est la reine des monts Albains. Elle est bâtie non loin de l’antique Tuseulum, patrie de Caton le Censeur ; Cicéron y avait sa résidence d'été. La ville ancienne s'élevait sur le sommet de Ia eolline ; on a choisi pour la ville mederm un site admirable sur le versant

Nous passons par Grotta Ferrata eù nous admirons les peintures du Domix:quin. L'artiste n’avait que vingt-meuf ans lorsqu’il fut chargé de décorer l'une

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des chapelles de l’abbaye grecque de Saint- Basile ; ces fresques sont ses chefsd'œuvre, et les plus belles après celles des chambres de Raphaël au Vatican, et de la chapelle Sixtine de Michel-Ange.

Nous voici au lac Albano. Il remplit le cratère d’un volcan éteint. Des collines boisées l’entourent d’une ceinture de deux lieues de circonférence, et, à travers la forêt verdoyante, on voit çà et là surgir des villages aux allures fraiches et riantes. Au nord s'élève Murino ; à l’ouest, Castel-Gandolfo, séjour favori des papes qui l'avaient choisi pour leur résidence d’été. De là ils pouvaient contemaler leur chère ville de Rome qui confond ses dômes, ses églises et ses obélisques dans le lointain. Un seul monument grandit avec la distance, c’est la coupole de Saint-Pierre ; elle semble vouloir abriter sous son vaste pavillon la ville tout entière : image de

la papauté qui couvre Rome de sa protection après l'avoir faite ce qu’elle est.

La position de Rome dans la campagne romaine m’inspire des réflexions sur les ressemblances qui existent entre la Ville éternelle et notre âme.

Rome est bâtie sursept collines. L'âme fidèle évite le terre à terre des affections terrestres et des intérêts matériels, et se tient sur les hauteurs des vertus chrétiennes. La brute pèse de tout le poids de ses quatre pieds sur le sol qu’elle regarde : l’homme va le front levé. Ne soyons pas les serfs de la glèbe, mais les candidats du céleste héritage.

Rome nous apparaît au milieu d’une vaste plaine qui l’entoure de sa solitude, et la protège contre les envahissements des inventions modernes. Conçoit-on la Ville des papes applanissant ses collines, en adoucissant les versants, pour recevoir des manufactures de laine, des

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fabriques d’allumettes et des usines de toutes sortes ; ses rues, encombrées de gens qui courent aux affaires ; son atmosphère, obscurcie et viciée par la fumée noire qui s'échappe des longues cheminées de brique ; ses monuments, couverts de charbon et de rouille ? Tout cela, c’est bon pour les villes qui passent, dont la destinée est de servir de théâtre au déploiement de l’activité humaine, dont l'existence est attachée aux intérêts du moment, à leur position géographique, aux fluctuations du commerce, au hasard des gisements de houïlle, d’or ou defer. Peut-il en être ainsi de Rome ?

De même l’âme du chrétien doit s’entourer d’une solitude faite de silence, de prière et de méditation. Elle ne doit pas se laisser envahir par les bruits du monde et les fortes clameurs des passions ; son cœur ne deviendra pas le théâtre des 10 | |

Impressions de voyage intérêts mesquins du temps et des affections grossières de la terre, un chemin battu où s’agitent les mille riens du moment, un antre obscurci par les fumées de l’orgueil sans claire vue sur le ciel, une place publique où s’ élèvent les idoles que fabriquent les convoitises humaines.

Car alors l’âme finira par être absorbée par la matière : ses pensées, ses désirs, ses affections se couvriront d’une rouille qui creusera dans le vif et laissera de tristes ruines dans les idées, les principes et les actions,

Au delà de la Campagne romaine, des montagnes s'élèvent en amphithéâtre jusqu’au firmament 3; C’est la figure du sommet des vertus que nous sommes ap-

belés à atteindre. I faut disposer dans son cœur des degrés pour s’élever jusqu’au ciel, nous dit la sainte Ecriture :

Ascensiones disposuit in corde suo ; il faut aller de vertns en vertus, ibunt de

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æirlute in virlutem. Les vertus sont les échelons par lesquels nous montons au ciel ; c’est l’échelle mystérieuse de Jacob.

Sur les hauteurs, l’air est pur et sain ;

du flanc des montagnes s’échappent les ondes qui répandent. l’abondance. La plaine est le séjour des eaux malsaines ; au-dessns s'étendent des vapeurs pestilentielles. |

Rome, que bornent à l’est les monta-

gnes qui vont se perdre dans les nuages, voit à l’ouest le firmament s'étendre aussi loin que la vue peut porter et se replier sur les eaux bleues de la Médi- -terranée. N'est-ce pas une image de l'éternité que le chrétien ne doit jamais perdre de vue? La vie la plus longue a sa limite : la mort. Au delà de l’horizon de cette vie se déploie l’insondable éternité où tout commence pour ne plus finir.

Le château de Castel-Gandolfo appartient au pape. Comme le palais du Vatican et celui de Latran, il jouit du privilège de l’exterritorialité en vertu de la loi des garanties du 13 mai 1871. C'est ‘Un royaume bien minuscule laissé au chef de l'Eglise, en compensation du Pouvoir temporel qu'on lui a injustement enlevé.

À Castel-Gandolfo se trouve l'entrée du fameux tunnel qui sert de Vécharge au ldc d’Albano. Celui-ci se déversait autrefois dans la plaine et causait des dommages considérables. Lors du siège de Véie, quatre siècles avant l’ère chrétienne, eut lieu l’une de ces inondations, Camille venait d’être nommé dictateur, et l’armée était impatiente de combattre:

mais l’oracle de Delphes consulté avait répondu que la capitale des Volsques résisterait aux efforts des Romains, tant qu’on n’aurait pas donné une issue aux

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eaux du lac. Pendant toute une année le général parvint à modérer l’ardeur de ses soldats et employa ses troupes à percer à coups de pics dans le roc et le tuf un canal de six pieds de largeur sur quatre de hauteur. Depuis, lorsque les éaux du lac menacent de déborder, elles rencontrent ce déversoir artificiel et sy engouffrent. Elles en sortent un mille plus loin, après avoir passé sous la montagne, font tourner à leur sortie les roues de plusieurs moulins, et forment un ruisseau qui répand la fertilité dans la plaine et va se jeter dans le Tibre.

Cet ouvrage, gigantesque pour le temps, n’a pas eu besoin de réparations depuis plus de deux mille ans qu’il est construit.

Les anciens savaient travailler pour les siècles,

Nous continuons notre route vers Albano et la L 1rsuivons jusqu’au célèbre viadac qui relie la montagne à un som-

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met voisin sur lequel est perché, comme un nid d’aigle, le village d’ \riccia. Il a mille pieds de longueur, st à trois Tangs d’arcades, et s’élève jusqu’à deux cents pieds au-dessus de la plaine. La route de Naples passait par là, et c’est Pour la rendre plus commode et plus sûre que les papes Construisirent ce pont.

merveilleux. Au pied d’Ariccia reposent, dans le cratêre d’un volcan éteint, à neuf cents pieds au-dessus du niveau.

de la mer, les belles ondes du lac Némioù viennent se mirer les bosquets et les villages environnants. Le lac N emi est:

la perle des monts Albains. Sur ges bords, au sud-ouest, s'élève Genzano. .

C’est là qu’on a coutume, le jour de la Fête-Dieu, de faire la procession du Saint-Sacrement dans une rue jonchée d’un tapis de fleurs naturelles.

Nous primes le dîner à Albano. Le domestique de l'hôtel $e montra empres-

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sé et nous s annonça que ir serait prêt sub'lo ; mais. allez vous fier aux paroles d’un Italien qui promet de se hâter !

Pendant plus d’une demi-heure, il nous fallut attendre ; enfin il arrive avec un plat de macaroni qu’il dépose devant nous ; le vin était déjà sur la table. Que faut-il de plus en voyage, lorsque la pro:

nade a aiguisé l'appétit et que les heures sont comptées ?

Albano est un lieu de villégiature à à la mode, et ne le cède guère à Frascati pour la beauté du site et la salubrité du climat. Elle est située à sept lieues au sud de Rome.

La fondation d’Albano remonte aux guerres puniques. Pour garder la voie Appienne les Romains établirent à cet endroit un camp qui devint la ville actuelle, Pompée le Grand y possédait ses somptueuses maisons de campagne,

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Dès l’an quatre cent soixante elle était le siège d’un évêché.

Le plateau sur lequel s’élève Albano n'est pas l'emplacement d’Albe la Longue, L'ancienne Capitale de la Confédération latine était aussi placée sur les bords du lac, mais plus à l’est ; elle fut bâtie, dit-on, Par Ascagne, fils d’Enée.

Lorsque Rome fut fondée, quatre cents ans plus tard. il fallut décider à qui appartiendrait la su prématie ; et deux peuples unis jusque-là par les liens du sang et de l’amitié se déclarèrent Ja Buerre. Heureusement la voix de la nature se fit entendre au milieu des bruits de guerre et parla plus haut que le langage des Passions. On résolut de confier le sort des denx villes à six guerriers. On montre encore aujourd’hui le champ qui fut témoin du combat des Horaces et des Curiaces. Albe fut sou-

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mise à sa rivale des bords du Tibre, et détruite sous le troisième roi de Rome.

Le Monte Cavo, qui portait sur son versant Albe la Longue, s’élève à trois mille pieds ; c’est le point culminant des monts Albains. Sur le sommet était le sanctuaire de la Confédération latine ; là venait aboutir cette voie célèbre que suivaient les généraux vainqueurs à qui le sénat refusait les honneurs du triomphe, et qui voulaieut en savourer quelque peu les douceurs.

Sur le versant nord du Monte Cavo est Rocca di Papa, et, plus bas, Frascati :

au sud-ouest, est le lac d’Albano audessus de la ville du même nom

Nous prenons le train de Rome à Frascati. Nous nous séparons du Père Faticoni, non sans lui témoigner notre vive reconnaissance. Sur le voyage il nous disait souvent : ‘‘ C’est beau, n’estce pas ?....vous êtes contents !....’’

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Autant d’exclamations qui montraient bien son cœur, son désir de nous faire plaisir. |

Il ne voulut pas qu’un autre que lui se

chargeât des dépenses de nos courses à travers les monts Albains.

L’Aventin et le Célius.—Tivoli; montagnes de la Sabine.—Subiaco.—Genaz-ano.—Courses à travers la ville; corso Victor-Emmannel. — Sœurs Francis. caines Missionnaires de Marie.—Le ler mai, --Le Vatican. —Le départ. |

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