‹ Impressions de voyage vaudeville en deux actesChapitre 43 sur 56 · G AM BILLARD · texte numérisé non relu

G AM BILLARD

Votre pupillet (A part.) C'est à lui cette pupillelà! alors je ne m'étonne plus; elle attire les voyageurs dans le coupe-gorge... voilà une vilaine profession pour une femme.

TORBLLO.

Vous en êtes amoureux ?

gambillard, d‘un air indifférent.

Hou... hou... comme çal.. comme ça!

torbllo, avec mauvaise humeur.

Gomment bou! bout alors, qu'êtes* vous donc venu faire ici?

GAMBILLARD, Urt p£U étOUné.

Mais... la question... (Il tourne sa chaise et se pose bien en face de Torello.) Permettez, monsieur Trombolino: quand un rat est pris dans une souricière, si un magistrat lui demandait ce qu’il est venu faire là, cet animal serait fort embarrassé, fort ennuyé: vous-méme, qu'êtes- vous venu faire ici?

torbllo.

Je suis ici chez moi !

gambillard, avec saisissement.

Nous sommes chez vous! (Il se lève et examine la chambre.) Vous êtes bien logé! (A part.) Où diable ai-je été me fourrer!

11 »e dirige furtivement vers U porte à droite pour s'en aller.

torbllo, brusquement.

Pas de faux-fuyans, Paul Guibert ! Tu vois que je sais qui tu es.

gambillard, revenant.

Moi, Paul Guibert!... 11 donc, j'aimerais mieux m’appeler Cartouche.

torbllo, avec force.

Tu mens!

gambillard.

P«rol« d'honneur! (A pan.) AM bon, il médit

ça à cause de Cartouche qui était un de ses... aïeux! ( Haut et d'un air respectueux.) Je n'attaque pas la mémoire de cet illustre entrepreneur, je la vénère : il avait ses idées sur Ie6 grandes routes, toute opinion consciencieuse a droit au respect des honnêtes gens.

torbllo, d'un air confus.

Tu ne serais pas Paul Guibert î

gambillard, tranquillement.

Je ne serais pas Paul Guibert.

torbllo.

La preuve!

gambillard, tirant son portefeuille.

Voici mes papiers!

torbllo, à part, frappant du pied avec impatience.

Per Bacco!

gambillard, à part.

Il m’appelle père Bacot, il me prend pour mon oncle.

TORBLLO.

Ainsi tu es un étranger, et tu as surpris notre secret, ce secret d’où dépend la sécurité de notre famille!

GAMBILLARD.

Je n'en abuserai pas.

torbllo, d’un ton menaçant.

Oh! tu n'en auras pas le temps.

gambillard, effrayé.

Quoi!

TORBLLO.

Ab! si tu étais celui que je croyais tenir, il pourrait espérer merci, lui, car ma pupille l’aime. gambillard, vivement, en s' éloignant un peu.

Il se pourrait! (Il indique par un geste qu’il vient de concevoir une bonne idée ; il se rapproche de Torello, qui en ce moment a les bras croisés ; il lui dit d’nnton affectueux :) Monsieur Trombolino, vous avez une figure qui me revient, nous sommes faits pour nous comprendre. (Il tend la main à Torello\celui-cine changeant pas de position, Gambillard lui touche successivement le coude et le bras , et ne parvient jamais jusqu’àsa main ; il y renonce enfin, et lui dit avec mystère.) Je le suit!

torbllo.

Qui!

gambillard, hésitant comme s'il se trompait.

Paul Guib... eb bien, oui, Paul Guibert 1 torbllo, à part, avec joie.

Je savais bien l’y amener. (Haut.) Tu l’avoues, à la fini

GAMBILLARD.

Je ne puis m’en dispenser, (Feuilletant ses papiers) Plus je regarde mea papiers, plus je vois que je ne puis être autre chose que l'homme en question.

TOaSLLO.

Voyons ces papiers.

gambillard, tirant une lettre de son portefeuille.

D’abord, je saisis sur moi une lettre adressée à Paul Guibert.

torbllo, prenant la lettre et la dépliant.

La lettre de Maria !

Torello U met dans sa poche.

MAGASIN THEATRAL

oambillard, avec empressement.

Vous voyez bien !... ( Lui montrant une seconde lettre.) De plus, une lettre que je n’ai pas eu le temps de mettre à la poste, (se reprenant vivement) de décacheter, je veux dire.

tof.ello, lisant l'adresse.

A M. PaulGuibert. (.4 part.) C’est bien luit gambillard, à part , en remettant cette lettre dans son portefeuille, et descendant la scène à droite, tandis que Torello est resté dans le haut à gauche. Il donne entièrement dans le panneau. ( Au public, à demi-voix et d’un ton confidentiel.) C’est la lettre que j’avais écrite pour la faire voirà Olympe, {il recommence sa phrase comme pour se faire mieux comprendre) la lettre que j’avais écrite pour la faire voir à Olympe! ( Regardant avec inquiétude Torello, qui l’examine attentivement.) Comme il me toise!... j’éprouve un grand malaise... {Haut.) J’ai un mètre soixante-dix-sept... {A part.) Quel intérêt a-t-il â me prendre la taille?

torello, à part.

Est-ce un rôle qu’il joue?... lui qu’ondit brave et spirituel... ou, comment Maria s’est-elle éprise d’un pareil homme?... PCimporte, par un moyen ou par l’autre, j’arriverai à mon but.

fiiMBiLLARD, à part, se dirigeant vers la fenêtre à pas de loup.

Je m’amuse bien peu en Piémont... 6 France!

fi ma patrie î que je voudrais te presser dans mes

bras I

En disant co dernier mot, il pose le pied sur la banquette qui est devant 1a fenêtre , Torello lut saisit lo bras et le ramène.

TORELLO

Toute tentative d'évasion serait inutile, je t'en préviens... {Il ferme la fenêtre.) Reste là, tu ne languiras pas long-temps.

Il emporte l’échelle de cordes et sort par la droite.

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